Revoici la crise, et le peuple a peur. Alors que les cabinets ministériels font des coupes sombres dans le budget et sabrent dans le social sur l'autel de la compétitivité, la rue réclame plus de pensions, moins d'impôts, et elle n'a pas vraiment tort.Mais elle n'a pas raison pour si peu. La rue, qui écoute son estomac sans réfléchir, se plaint du symptôme sans comprendre la cause. Elle ignore, ou bien elle refuse de voir, l'essentiel : pour les élites de notre technocratie mondiale, richesse et pauvreté sont un moyen, pas une fin.
Non, les riches n'utilisent pas le pouvoir pour augmenter leurs richesses. A l'inverse, ce sont les puissants qui engendrent la pauvreté pour se maintenir au pouvoir.
L'argent, paravent du pouvoir en place
En réduisant les conflits sociaux à leur seule dimension économique, les discours médiatique et politique masquent la nature réelle des intentions des puissants, qui n'est pas simplement d'être riches, mais avant tout de nous rendre pauvres pour garder le contrôle exclusif des affaires du monde.La doctrine du FMI est la doxa qui sert de fil conducteur à cette ignominie. Elle sert à justifier l'injustice au nom de règles qui sont soi-disant édictées pour garantir le progrès, mais qui sont en fait totalement régressives : nos droits et notre pouvoir d'achat étaient plus étendus en Belgique en 1970 qu'aujourd'hui et je suis pessimiste pour les vingt ans à venir.
Tous les partis modérés d'Europe, y compris les socialistes, les libéraux et les écologistes, adhèrent à cette doctrine. Les politiciens en place en haut de l'échelle refusent de coopter ceux qui mettent sérieusement cette doctrine en cause. C'est ce que j'appelle la "Convergence", qui est d'ailleurs le terme utilisé dans l'Union Européenne par les tenants de la doctrine eux-mêmes (mais ils ne considèrent pas ce terme comme péjoratif ...)
L'avantage de la Convergence autour d'une Pensée Unique c'est qu'elle permet de faire du filtrage par cooptation : les nouveaux venus n'accèdent au pouvoir que si ils adhèrent à la doctrine. Il n'y a dès lors plus besoin de comploter pour assurer le maintien du pouvoir en place et de l'injustice permanente. Il suffit de s'entendre sur les grandes lignes, à l'échelle mondiale, et après ça roule tout seul.
La Convergence a l'avantage de permettre la 'sélection
naturelle' de manipulateurs comme Reynders (Libéral) Javaux (Ecolo) Maystadt (Centriste) et Di Rupo (je devrais écrire 'Socialiste' mais c'est là un terrible abus de langage et une honte sans nom pour le socialisme historique). Tous sont vendus à la Pensée Unique, au détriment des vrais progressistes dans les rangs des mêmes
partis(Les performances de tous ces braves garçons, sont décrites dans nos articles précédents sub verbo 'kung-foutre', articles où nous relevons parcimonieusement les contradictions les plus évidentes dans leurs discours au long de la crise bancaire de 2008).
De la crise comme système
Le premier job des menteurs publics professionnels (entendre 'hommes politiques') est de nous faire croire que les efforts budgétaires vont sortir le système de la crise. Rien n'est plus faux.
Qu'on prenne en considération l'Argentine : en 2002, le système de la dette publique et la doctrine du FMI ont fini par la mettre à genoux [Wikipedia : Argentine economic crisis (1999–2002) : Criticism of the IMF]. L'Europe est aujourd'hui tout simplement sur le même chemin.
On ne peut pas sortir le système de la crise, car le système c'est la crise, et la crise c'est le système : le nouvel ordre
économique mondial est organisé de sorte que chacun soit trop occupé à
défendre son steak pour lever la tête de sa mangeoire et demander à la
cantonade "mais où diantre allons-nous, frêres humains?" Le second job de ceux qu'on appelle 'hommes politiques' (entendre : 'mercenaires médiatiques du pouvoir') est de faire semblant de se disputer à la télé pour vous faire croire qu'il y a un débat de fond, et que Reynders représente une réelle alternative à Di Rupo.
Or voici l'atterrante vérité : la gauche et la droite roulent en fait pour la même cause, celle de la Convergence, et mettent en avant les détails du débat (un milliard en plus ou en moins, la légitimité du chômage, le port du voile à l'école, Bart de Wever, et autres clowneries) en sorte qu'on ne pose surtout pas les vraies questions, celles liées à la souveraineté du peuple, au pouvoir des élites et aux objectifs de fond de notre société.
Lisez donc les textes du FMI. La doctrine économique communément acceptée valide la violence au nom de la paix, l'abus au nom de la justice, le corporatisme au nom de la démocratie. C'est de la perversion pure et simple. Le Fonds Monétaire International joue à notre époque le rôle que la Très Sainte Inquisition jouait au quinzième siècle, garantissant l'absolution morale et sociale à tous les criminels en col blanc, imprimant à l'échelle globale un vaste mouvement de régression sociale. Tout le bordel médiévalement foutu au nom de Dieu, on nous le refout aujourd'hui au nom du Progrès !
Le plus dégoûtant dans toute cette pantalonnade esclavagiste, c'est qu'on fait passer le candidat du peuple au moment le plus difficile, afin que nous demeurions médusés en voyant Obama refinancer AIG (oh le vendu !), Di Rupo proclamer l'austérité (ah le salaud !), ou encore Zapatero faire passer la réduction du budget dans la Constitution Espagnole (ouh le traître !). En voilà de jolis gauchistes, qui tirent sur le peuple.
Pour ceux qui comme moi ont eu vingt ans dans les années 80 et ont vécu l'anomalie des trente glorieuse (ces années où l'Europe a connu à la fois prospérité et démocratie participative), la Convergence est une aberration intellectuelle et sociale. Elle maintient le statu quo et réprime violemment toutes les divergences. C'est le règne de la pensée unique, avec ce qu'elle a de plus cyclopéen et, il est temps qu'on le dise, de plus con.
Bienvenue dans l'âge con
Moi, j'ai grandi à l'époque de l'éducation permanente et des comités de quartier. Désolé, mais vous ne m'aurez pas avec votre démocratie RTL + Thomas & Piron, qui réduit le contrat social au Progrès, et le progrès à l'Economie. On ne résume pas un projet de société à son budget.
Et beaucoup de penseurs s'y trompent, surtout à gauche. Trop nombreuses sont les tentative pour donner plus de liberté au peuple qui par ailleurs réduisent le champ du conflit la seule dimension économique.
Tant que le peuple se borne à réclamer de l'argent, non seulement il n'en recevra pas, mais en plus le pouvoir en place aura la garantie que rien ne change. Que je sache, on n'a jamais vu un mouton devenir un loup en mangeant plus d'herbe...
Pour résoudre l'équation, il faut commencer par poser le problème : comment gouverner démocratiquement une société de 7 milliards d'êtres humains, et bientôt plus. En un mot, comment gérer l'homme, qui depuis "2001, L'Odyssée de l'Espace", fracasse le crâne de ses semblables à coups de tibia de buffle?
Imaginez 7 milliards de sauvages. C'est grosso modo là qu'on en est. Vertige. La tentation est grande de les monter les uns contre les autres par un faux débat Nord/Sud, Gauche-Droite ou Flamands-Wallons, et de les maintenir dans l'ignorance, la misère, ou le Prozac.
Nos élites y ont succombé, et achèvent en ce moment même de faire de nous des moutons. Mais ne nous y trompons pas : les politiciens délétères ne sont que les chiens des berger, leurs maîtres qui nous transhument dans la promesse de lendemains qui chantent, nous menant à la tonte ou à l'abattoir, se baladent dans les couloirs du FMI avec leurs doctrines perverses et leurs jeux de domination débiles, qu'on n'accepterait même plus au Carlton de Lille :
Dans les manuels d'histoire du 22e siècle, on parlera assurément de la période 1995-2015 comme on parle aujourd'hui du haut moyen-âge : une période sombre, dure, violente, régressive. Mais nous n'avons pas l'excuse des Francs ou des Wisigoth, qui ne disposaient pas d'Internet et n'avaient pas eu l'occasion d'étudier l'Anschluss au cours d'histoire.
Laissez-moi vous le dire, nous vivons aujourd’hui à l'âge de la connerie. Au nom de nos intelligences il nous appartient à tous que cette époque opaque ne dure pas un siècle entier.
...

Je suis prêt à croire mais je ne vois pas un slogan en une phrase qui résume ce qu'il faudrait faire pour en sortir ?
RépondreSupprimer(Comment l'inquisition a elle pu être arrêtée ?)
Pour démanteler une religion, il faut commencer par arrêter d'y croire. On devrait brûler les journaux qui emploient le mot "austérité" et "compétitivité" dans la même phrase. Les politiciens aussi d'ailleurs...
RépondreSupprimerOui ma ça ne veut pas dire que les gens ont tort de demander plus d'argent. Que les riches prennent tout le fric c'est quand même un peu le noeud du problème, non? Maintenant ça veut pas dire qu'en demandant gentiment on va arriver à ses fins, parce qu'on a un peu oublié la notion de combat social par les temps qui courent. Et puis on est un peu fatigué de répéter toujours la même rengaine. Puis, en bref, ça fait un peu con non de jouer au socialo en 2012? Alors d'accord pour couper l'herbe sous le pied des journalistes à la solde du pouvoir, mais qu'est-ce qu'on met à la place?
RépondreSupprimerMoi perso, j'aime beaucoup le mouvement de la résilience: passer à une économie locale et autosuffisante, ça coupe *aussi* l'herbe sous le pied pied à une industrie moribonde qui de toutes façons va vers sa fin par manque de pétrole. On parle moins de fric aussi, et on est plus "riches" même si c'est pas avec de l'argent. Ça fait d'une pierre 3 coups.
Allez, à demain
Tout à fait d'accord Candide, la résilience c'est bien. Mais il faut des libertés pour pouvoir faire ce genre de choses, et c'est justement cette liberté qu'on rabote en attaquant notre souveraineté. Pas sûr que les GACs et les paniers Bio ne seront pas eux aussi un jour dans le collimateur de eurocrates, comme le sont les homéopathes, les natutropathes.
RépondreSupprimerN'oublions pas que les capitalistes, en Bolivie, sont allés jusqu'à taxer l'eau de pluie, provoquant des drames humains sans précédents dans cette économie essentiellement agricole, et qu'il a fallu une révolution et 200 morts pour faire tomber le gouvernement pro-US responsable de cette ignominie.
A ce propos, sous réserves de confirmation, j'ai entendu parler d'un projet de taxation des citernes en Wallonie, tu vois la dérive...
N'oublions pas que les eurocrates viennent d'abolir le droit de grève, ni vu ni connu, dans une directive européenne qui aurait dû tous nous précipiter dans la rue, plus sûrement que Julie et Melissa.
Gosh!
RépondreSupprimerCeci dit, j'ai tendance à penser que notre aveugle asservissement au capitalisme relève d'un oeuvre beaucoup plus subtil, et redoutablement efficace: la propagande acidulée de la publicité, l'abrutissement hypocrite que nous infligent nos "éducateurs", la sinistre farce que représente le traitement chimique de la dépression et de l'anxiété, plus sûr moyen d'obtenir la résignation des masses laborieuses, Saint-Graal du pouvoir en place. C'est à ces poisons que la résilience se propose de trouver un antidote.
Mais tu as raison à coup sûr sur le fait que notre bon vieux système d'asservissement collectif ne se laissera pas démanteler en silence.
Effectivement, si nous en sommes à se voir taxer nos citernes, il est temps pour nous de réapprendre à parler à la première personne du pluriel!
Bon et moi il est temps que j'apprenne à parler comme en 2012 et pas comme un trou de balle de pseudo-situationniste des années '70 :D
RépondreSupprimer;^D tu veux révisionner ton comment Candide ?
RépondreSupprimerah je ne dis pas non :-)
RépondreSupprimeroui mais on baise à la fin, ou on fait que se faire baiser?
RépondreSupprimerToi ça va on t'a reconnu. vas jouer sur FB. ;-)
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RépondreSupprimerLa vérité c'est que vous êtes rétifs à la modernité d'un gouvernement "technique".
RépondreSupprimer;^D Rétifs? t'as encore rien vu...
RépondreSupprimerZut alors...
RépondreSupprimerhttp://leuwen.perso.neuf.fr/Marx-dette-publique.htm
...serais-je Marxiste?
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RépondreSupprimerhttp://www.dailymotion.com/video/x7z5vc_pourquoi-dans-un-monde-si-beau-jean_webcam
RépondreSupprimerpour rajouter une vidéo à votre soirée, et mieux comprendre ce qu'est l'argent, ce qu'est la dette, ET POUR QU'ELLE RAISON IL Y A PEU DE CHANCE QU'ON S'EN SORTE:
RépondreSupprimerhttp://www.youtube.com/watch?v=VaCoI9CFSPQ
Il était tems d'avoir quelques nouvelles de Michelange... D'autant plus, qu'après le répit de 541 jours sans gouvernement, ça bouge en Belgique...
RépondreSupprimerEt pas seulement dans le mauvais sens :)
http://www.cadtm.org/Invitation-a-une-conference-de
Ah, super de te retrouver en si grande forme Michelange ! J'espère que c'est un retour en bonne et dûe forme (nous en avons besoin) !
RépondreSupprimerC'est une proposition intéressante que tu développes ; mais j'ai tout de même une question...
En effet, l'Histoire nous apprend que, parfois, les périodes des grandes inégalités de redistribution des richesses sont également très instables socialement.
Plutôt que de "garder les masses sous contrôle", ne sont-ils pas plutôt en train de semer les graines d'une grande déstabilisation sociale ???
Merci Michelange de nous faire réfléchir (j'ai pensé à ton post toute la journée d'hier), j'ai quelques éléments à mettre sur la table de la discussion afin de l'enrichir. Mon but n'est pas de contre-dire, mais d'essayer d'affiner l'analyse.
RépondreSupprimerPar rapport à mon commentaire précédent, j'ajoute donc que je suis entièrement d'accord avec la proposition selon laquelle nos gouvernements sont convergents et font tout pour conserver leur place.
Mais n'est-ce pas là le propre de tous les gouvernants dans l'Histoire ? Les moyens sont différents : "le pain et les jeux", la force (dans les régimes totalitaires) et la peur aujourd'hui (popularisée par GWB).
Il ne s'agit que d'une forme différente de tyrannie. Et celle-ci n'est pas apparue "en réponse" à la grande crise.
Nos convergeants essaient aujourd'hui (tant bien que mal) de maintenir un système qui leur est favorable (en écartant les dissidants et contrôlant la presse officielle et subsidiée).
La "peur" semble être un très bon moyen, très efficace. Mais tu prouves par ton blog qu'il ne fonctionne pas sur tout le monde. Les résilients seront les nouveaux résistants ;-)
Mais l'Histoire nous montre que souvent, ces tentatives ne font que retarder une échéance dont la brutalité est proportionnelle à la durée de vie du régime tyrannique.
Dans un monde où la production future de richesse semble faible (fin des énergies et matières premières bon marché, manques d'investissements et de formation, etc.), le maintien des masses dans la pauvreté par la peur sera-t-il durable ?
Entièrement d'accord. Sauf pour le coup des pénuries, c'est juste emmerdant si tu roules en Maserati. On gonfle ça et on nous épouvante avec...
RépondreSupprimer@ Phil : oui, le CADTM fait du on boulot, mais ils ne snt pas assez parano :-)
RépondreSupprimerLeur bouquin sur la dette est excellent.
@ Vincent : je pense que les arguments développés dans ce film sont éxagérés.
RépondreSupprimerMais leur réfutation par Paul Jorion (voir le livre "L'argent mode d'emploi") ne m'a pas comlètement convaincu.
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