mercredi 18 mars 2009

Les USA ouvrent leur parachute de secours, celui de l'Angleterre déjà en torche?


Nous vous rapportions récemment la nouvelle politique d'assouplissement quantitatif ('quantitative easing') mise en place au Royaume-Uni pour combattre le gel du crédit : impression par l'Etat de très grandes quantités d'argent frais, qu'il utilise pour racheter dans le marché de très grande quantités d'obligations d'Etat à long terme, afin de faire descendre le cours de ces obligations et de forcer les banques à investir dans autre chose.

Pourquoi ils le font et comment ça marche (ou pas) : voir ici notre introduction pédagogique : [La Crise pour les Nuls : "La Banque d'Angleterre sort le parachute de secours."]

Pour l'heure, rappelons que, selon l'opinion de la Banque d'Angleterre elle-même sur sa propre politique c'est une manœuvre risquée, dont les effets sont incertains à long terme.

Eh bien, première nouvelle : les Américains tirent aujourd'hui à deux mains sur le même choke, puisque la Réserve Fédérale vient d'annoncer l'extension de son plan d'assouplissement aux 'Treasuries' (obligations d'Etat) à long terme.

A moins de deux semaines d'écart, la Fed monte sur le même ring que la BofE ...pour un montant de 300 milliards de USD.
[Telegraph.co.uk : "US Federal Reserve plans $1.15 trillion injection"]

Et - oh ben ça alors ! - seconde nouvelle, d'après l'éconoblogger Karl Denninger, les effets pervers se sont déjà fait ressentir en Angleterre : les détenteurs d'obligations ont proposé à la vente sept fois plus de titres que nécessaire. Pour Denninger, pas de doute, la BofE épuise ses forces en vain, et les cours vont immédiatement remonter après la vente, forçant la fuite en avant jusqu'à ce que l'Etat possède 100% de sa propre dette. Et là goodbye la solvabilité de l'Etat.
[Market Ticker : "Caution on quantitative easing"]

Mais - aaargh! - retournement prévisible, pour le Financial Times, cette abondance de vendeurs est plutôt une bonne nouvelle :
"The Bank was overwhelmed with offers to sell the bonds by some of the country's biggest investment groups in an early sign of success over its historic quantitative easing move."
[Financial Times : "Stampede to sell government bonds"]
Alors, comment expliquer une telle divergence d'opinion à propos de cette abondance de revendeurs d'obligations d'Etat? C'est une question de conviction dans tel modèle économique ou tel autre.

Les économistes "autrichiens" comme Mike Sheldock, Karl Denninger, Loïc Abadie et nos lecteurs les plus bavards, sont clairement de l'avis que c'est une mauvaise nouvelle : imprimer de l'argent pour payer ses dettes est, de toute éternité, la voie royale vers la faillite de l'Etat.
Un bon article ici : [Financial Sense : "A golden lining in a perfect storm"]

Plus éloignés du bon sens populaire, les économistes "monétaristes", comme Scott Summer, Milton Friedman et Ben Bernanke, applaudissent : pour eux, il est possible de relancer l'économie réelle par l'assouplissement quantitatif, surtout si une telle politique est assortie d'incitants négatifs à la thésaurisation.
Pour les braves, discussion de ce dernier point sur ce blog même, autour d'une proposition de Scott Summer : [La Crise pour les Nuls : "Enfin une idée originale..."]

Vous remarquerez que pour citer des exemples autrichiens, je ne cite que des bloggeurs, ça vous donne tout de suite une idée sur celui des deux camps qui est actuellement au pouvoir.

A part ça, l'incertitude est fatale en la demeure, puisque les autrichiens crient au loup et vous conseillent d'acheter de l'or, là où les monétaristes sont tout contents que l'état se décide enfin à appuyer sur le bouton "relance".

Et les investisseurs ont rendu leur premier verdict, qui ont renvoyé à la hausse les indices Dow Jones et Standard & Poors sur l'annonce de la décision de la Fed.

Quant à savoir qui a raison... encore une question pour Philippe Maystadt...?

Personnellement je crois que les monétaristes se foutent le doigt dans l'oeil jusqu'au f..n, et que les carottes sont cuites, parce que :
- Le club des monétaristes a déjà mis en faillite le Chili, l'Argentine, les tigres asiatiques, la Pologne de Walesa et la Russie de Yeltsine, et se moque du développement économique comme de l'an quarante. En tout cas c'est là la thèse de "La stratégie du choc", de Naomi Klein.
- Si l'assouplissement quantitatif est vraisemblablement mesure désespérée, sinon pourquoi ne pas l'avoir mis en œuvre plus tôt, avant que le 'credit crunch' ne vienne faire un cratère de 10.000 milliards de dollars dans les finances publiques américaines?
[La Crise pour les Nuls : "Visualiser mille milliards de dollars"]

Mais j'ai du mal à garder la tête froide quand on me parle de cette bande de vrais faucons, et je n'ai pas les compétences techniques pour réfuter les excellents arguments de Scott Summer, qui, en dépit du fait qu'il s'abreuve à la même source, me paraît beaucoup plus civilisé que les assassins de Fortis.

A défaut de connaissances, chacun devra juger selon ses convictions...
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12 commentaires:

  1. sur le long terme, le décision de la Fed amenera une inflation galopante en Amérique. Un crach boursier est évité, mais ne risque-t-on pas plutôt un crach sur le dollar...? bien plus grave lui. Si l'inflation est propices aux spéculations boursières à court terme,ce dont beaucoup se frottent les mains,le risque de cette course en avant est énorme. On ressort le moribond et on lui rempli les poches de billets fraîchement imprimés, mais on a surtout oublié de "faire le ménage dans les écuries"

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  2. A suivre: la réaction des chinois face à cette arnaque US.

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  3. Comme disait mon bof-frère, on ne sait pas ou on va mais on est sur qu'on y va.....
    Quand, dans un pays, la planche à billets fonctionne à tout va, on sait par expérience que l'inflation devrait galoper et que le cours de la devise concernée s'effondrer.
    La France en a fait de douloureuses expériences par le passé.
    Les US, après avoir sous-traité leur production à la Chine, veulent certaine faire payer les Chinois pour se refaire une santé.
    Ne serait-ce pas une bonne solution pour détruire l'économie d'un pays sans envoyer de bombardiers ?
    Si l'économie chinoise venait à s'effondrer, il y aura moins de concurrence sur l'achat de matières premières et de pétrole et surtout d'énormes troubles sociaux et politiques contre le régime politique en place.
    Un américain moyen a encore besoin de sa climatisation alors qu'un paysan chinois se suffit encore d'un bol de riz.
    Bush balançait des bombes, Obama des billets !

    Je ferme mon Café du Commerce et allez donc lire ceci qui éclairera, peut-être votre lanterne pour le futur :
    http://www.rgemonitor.com/piie-monitor/

    ou cet article pessimiste sur le futur G 20 : http://www.lepoint.fr/actualites-chroniques/le-g20-est-mal-parti/989/0/324962

    Pour ma part, j'ai investi dans un bois.
    Les chênes vendables à ce jour, me rembourseront son achat.
    Je n'ai donc pas de soucis de chauffage pour les années à venir, j'ai cueilli des jonquilles ce week-end et j'attends les premières girolles pour déguster de bonnes omelettes avec les oeufs de mes poules pendant que la Finance mondiale essayera de soigner ses ulcères à l'estomac.

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  4. @Michelange, il y a tout de même un autrichien au Congrès américain (Ron Paul) ! Et on sait que Paul Volcker n'est pas pleinement satisfait de la devise "fiat". C'est déjà ça de pris !

    Pour le reste, je suis tout à fait d'accord avec le contenu de ton article, rien à ajouter, bravo !

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  5. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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  6. et l'or a explosé et le dollar c'est effondré hier quand même, c'est quand même bizarre le marché, d'un côté les actions montent et de l'autre l'inflation qui pointent déjà son nez... en fait tout le monde était content hier, mais plus dure sera la chute...

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  7. tout le pb est simple: les gens sont persuadé que la reprise arrive (à la bourse) mais l'économie dite "réel" est au fond du gouffre pour un moment problématique du type "L". enfin bref laissons tout ces gens se cramer encore une fois.

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  8. Dites, moi si je me trompe, mais j'ai l'impression que l'on ne parle pas trop de ces décisions dans la presse et autres médias. Cela m'a toute fois l'air d'un événement majeur.

    Je pense qu'Obama est en train de mettre en place sa politique de restauration de la domination mondiale des états unis, comme il l'a promis lors de son discours d'ouverture.

    Je m'explique :
    Jusqu'à présent, après l'expérience de la crise asiatique, les états qui ont emmagasiné du $ par des politiques mercantilistes disposaient d'un avantage non négligeable sur les marchés internationales. Ils étaient en mesure de s'approprier pas mal de ressources naturelles. Avec une telle politique monétaire, le dollar n'est plus une valeur refuge, vont perdre pas mal de pouvoir économique.

    L'un des états asiatiques qui possèdent une grande majorité de réserve en $, j'ai nommé la Chine. Elle ne peut pas écouler rapidement ses avoirs, car elle précipiterait la chute du dollar vers une monnaie de singe. La Chine pourrait passer en quelques mois de géant économique à un nain économique... Le pouvoir en place sera dans une certaine fragilité, il est difficile de contenir un peuple qui a faim et à qui on a supprimé pas mal de possibilité de subsistance autonome. S’il tire sur la population, un blocus de l'occident est même potentiel, justifiant au nom des droits de l'homme, une politique protectionnisme, et cela sans faire appel au vilain mot.

    Du côté des Etats Unis, la chute du dollars n'est pas nécessairement problématique, car si elle est contrôlée, elle donnera un avantage compétitif à l'exportation. L'importation se fera en dollars et de pouvoir imprimer ces billets, cela facilite les courses.

    Il existe bien évidement des risques que pour les états unis (ou tout au moins pour l'admistration Obama). Une telle politique entraine une "euthanasie des rentiers", et les rentiers aux States il y en a, et il pourrait se fâcher. Je ne sais pas si Obama a autour de lui un Major Butler pour lui sauver la mise.

    La politique monétaire pourrait très bien s'emballer... C'est, si j'ai bien compris l'hypothèse du leap 2010 : http://www.leap2020.eu/USA-2006-2010-la-Chute-du-%E2%80%98Mur-Dollar-ou-la-fin-de-l-autre-superpuissance-nee-en-1945_a137.html

    Je crois qu'il ne faut pas chercher à interpréter cette décision comme une politique d'ordre monétaire, mais y inclure la dimension géopolitique.

    C'est l'erreur qui est commise par les économistes, monétariste ou keynésien, leur théorie, marche "toutes choses égales par ailleurs"...

    En passant un papier pondu par Jorion : [link]http://contreinfo.info/article.php3?id_article=2592[/link]

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  9. Comment on fait des liens ?

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  10. la chine devra passer d'une économie exportatrice, vers une économie basée sur la demande intérieur...

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  11. Je viens de lire un fil Reuters où l'on dit que les chinois et les russes vont se réunir pour en gros décider comment se passer de dollars comme monnaie de réserve.
    J'ai l'impression que les USA viennent de sacrifier leur hégémonie mondiale (de toutes façons intenable) pour éponger leur dette (et éviter une guerre civile).
    En tous cas les grandes manoeuvres ont commencé avant le G20.

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  12. @ Jeanlulu, Anonyme (svp prenez un pseudo, c'est plus amusant),

    Voilà le genre de commentaires que je rêve de recevoir depuis que j'ai créé ce blog. Merci beaucoup.

    Jeanlulu, envoyez-moi un article quand vous voulez, je souhaiterais vivement vous publier sur ce blog!

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