dimanche 29 mars 2009

Maystadt : "On n'est peut-être pas au bout de ce qu'on doit découvrir chez Fortis ou chez Dexia."

Le président de la Banque Européenne d'Investissement défend la relance par la consommation durable, la justice sociale et l'assainissement des banques par les subsides publics.

Philippe Maystadt s'exprimait ce lundi 23 mars à Braine-le-Comte sur le thème de la crise, devant un pareterre d'élus régionaux du CDH, le parti centriste francophone belge.

A la fois meeting électoral et conférence de vulgarisation sur la crise, ce mélange des genres s'est révélé instructif... Voici donc un résumé de "La crise financière : pourquoi, comment, et après?", entrelardé des graphiques de son auteur, et, bien sûr, de nos commentaires.

** Le pourquoi : la bulle du crédit **

On a commencé par analyser les causes de la crise. Pour Philippe Maystadt, la crise est avant tout le fruit de la bulle du crédit, bulle qui résulte elle-même de trois tendances importantes qui se sont exercées sur le long terme :

1. Le déséquilibre commercial planétaire. L'Occident surconsommateur, vivant à crédit et qui ne produit plus, contratse avec l'Asie (Chine, mais aussi Inde, Singapour, Taïwan) en excédent commercial et titulaire d'un gigantesque surplus de cash : 10 trillions en réserves de change accumulées, majoritairement réinvesties aux etats-Unis sous forme de bons du Trésor.

2
La politique de taux d'intérêts minimum. Cette politique, mise en place par Alan Greenspan, était particulièrement accommodante pour les consommateurs US et a mis de l'huile sur le feu, accentuant l'abondance de moyens de paiements, au point que les taux d'intérêt, compte tenu de l'inflation, on par moment été négatifs... (graphique ci-dessous)

3. La titrisation : les titres créés aux Etats-Unis sur base de créances hypothécaires étaient paques et mal garantis, au point que Maystadt lui-même ait interdit à ses gestionnaires de la BEI d'en acquérir pour plus de 1% du capital de la banque. Pire, ces titres mal garantis ont été investis avec un effet de levier ["leverage"] qui démultiplie leur incidence sur le système en cas de crise.

Résultat
: durant la période 2007, non seulement le crédit a augmenté mais (suivez bien) le rythme de croissance du crédit a aussi augmenté : c''est la croissance exponentielle du crédit [Note de l'éditeur : c'est ce qu'on apelle une "bulle" du crédit].

Les deux graphiques ci-dessous montrent la variation de la CROISSANCE du crédit octroyé aux ménages et aux entreprises. [éd. : tant que la ligne est au-dessus de zéro, on est dans la croissance du crédit, quand la ligne monte, on est dans la croissance exponentielle, ou bulle. La petite ligne grise sur le premier schéma c'est la bulle du crédit octroyé aux ménages européens, c'est-à-dire vous et moi...]

Il y avait de quoi se poser des questions, au point que Maystadt lui-même, selon ses propres dires, aurait averti les responsables du FMI sur les risques de bulles dans le domaine des cartes de crédit dès le début 2007.


** Le comment : la non-surprise, les impacts sectoriels, les finances publiques **

Une fois la bulle de crédit en place, la crise s'explique facilement. C'est la deuxième partie de la conférence, de Maystadt, qui défend que la chute immobilière n'est pas la cause mais bien la conséquence de la crise du crédit. [éd. : On vous le dit depuis juillet 2008 : La Crise pour les Nuls : "Pourquoi, jusqu'où, la crise du crédit?"].

Et de rappeler que la bulle précitée des cartes de crédit aurait bien pu éclater la première.

Donc la crise n'a pas été une surprise, il y avait des signaux depuis un certain temps. Maystadt cite en exemple un écrit de Jacques de la Rosière, ancien Directeur général du FMI, ancien Gouverneur de la Banque de France [éd. et mis en examen dans le cadre de l'affaire du crédit Lyonnais], qui prévoyait en janvier 2007 très exactement, ce qui s'est passé depuis...
"C'est-à-dire qu'à partir du moment où les prix ont cessé d'augmenter il y a eu un retournement, et ça s'est d'abord produit sur le marché immobilier américain, le système s'est écroulé."

"En Europe, on n'est pas parvenu à trouver le consensus. Les Allemands, sous leur présidence de l'UE, ont exigé de soumettre à la supervision de l'Europe des éléments non contrôlés, comme par exemple les Hedges Funds, mais cette mesure a été bloquée par les Anglais."

"On a manqué de prévoyance, on a ridiculisé ceux qui lançaient des signaux d'alarme, tandis que les jeunes traders, à la City de Londres où à la Générale à Paris, étaient évidemment beaucoup plus malins et croyaient que tout pouvait continuer, que les arbres montaient jusqu'au ciel."
Les deux graphiques suivants montrent l'impact de la crise sur les secteurs immobilier et automobile. On peut y comparer les situations américaine, anglaise et européenne.





On constate ensuite les conséquences délétères de la crise sur les finances des membres de l'union Européenne : les obligations d'Etat européennes, qui étaient alignées sur un même cours depuis la création de l'Euro, sont en train de se disperser.

Comme on le voit sur le graphique suivant, l'Allemagne se tient désormais significativement mieux que la Grêce et l'Irlande qui ont abusé de l'argent facile durant la période de vache grasses, et voient à présent décroître leur crédibilité :



Et les conséquences de tout cela sur nos finances et notre budget se font déjà ressentir, puisque, tandis que loyer de l'argent coûte désormais 2% plus cher à l'Irlande et à la Grêce qu'à l'Allemagne, la Belgique emprunte désormais à un taux comparable à celui de l'Espagne :



Enfin, les investissements seront très probablement profondément affectés par la crise parce que le raletissement économique (récession) a été précédé par une crise financière.

Dans un tel cas (courbe noire) les investissements se contractent de manière plus significative (10%?) et durant une plus longue période (9 mois?) [éd. : interprétation à confirmer]




** Les solutions : amnistie bancaire, relance ciblée, durabilité **

Dans la troisième partie de son exposé, Maystadt discute de nos options pour sortir de la crise. [éd. : En fait, il se limite aux politiques de relance, voir plus bas nos commentaires critiques].

1. La relance par la politique monétaire n'est plus à notre portée, les taux d'intérêt étant déjà très bas. Par ailleurs, si l'argent reste dans les banques et que le crédit ne redémarre pas, ce n'est pas parce que les banques ont peur de prêter, mais plutôt parce que les débiteurs potentiels (et en particulier les ménages) ont peur d'emprunter.

La cause de la crise étant le désendettement [éd. : 'deleveraging'], les gens ne voudront pas emprunter, même à des taux plus intéressants. Et Maystadt de citer l'exemple rebattu de la crise Japonaise, avec ses mesures de relance monétaire ineffectives pendant dix ans, pour cause de frilosité des investisseurs.

2. La relance par les exportations, elle, n'est pas envisageable dans le cadre d'une crise mondiale...

3. La relance par le déficit budgétaire est désormais la seule voie possible. C'est la voie Keynésienne, celle des stimuli fiscaux et des investissements d'Etat. Maystadt défend donc la relance de la consommation par les subsides publics.

Mystadt passe alors en revue les conditions de réussite dune telle politique. Il en compte trois :
A. Assainissement de banques par la subsidiation des pertes. [éd. : Ouch!]
B. Plan de relance temporaire, rapide et ciblé.
C. Choix de relance qui s'inscrivent dans la durabilité et la justice sociale.
Ces trois points valent qu'on s'y attarde un peu, ce que Maystadt a d'ailleurs fait. Suivons donc son raisonnement, en commençant par la subsidiation des pertes bancaires.
"Il faut d'abord résourde les problèmes du système bancaire et mettre les banques en condition de prêter", a déclaré le Président de la BEI, en s'empressant de concéder que "ça peut paraître étrange étant donné que la cupidité et l'orgueil de certains banquiers est à compter parmi les causes de cette crise."

"Malheureusement", poursuit Maystadt, "on n'a jamais vu un pays se remettre d'une crise sans avoir des banques en ordre de fonctionnement". Il faut donc se résoudre à les faire aider par le secteur public.
Et plus tard, lors des questions, il s'étendra quelque peu sur la situation en Belgique :
"On n'est peut-être pas au bout de ce qu'on doit découvrir chez Fortis ou chez Dexia."

"Le défi en Belgique consiste à revenir à l'équilibre budgétaire" et c'est pour limiter le coût budgétaire qu'on s'est addossé à BNP-Paribas. L'option du standalone (Fortis seule sans BNP) était "envisageable mais plus risquée".

Etant donné les conséquences du vieillissement de la population, qui met la pression à moyen terme sur les finances publiques, "le gouvernement belge a bien fait de jouer la sécurité budgétaire".
Pour ce qui est du plan de relance proprement dit, les possibilités sont nombreuses et trois critères doivent permettre de sélectionner les interventions les plus adaptées :
  1. "Timely" : les mesures doivent avoir un effet immédiat. Par exemple, la politique de primes dans le cas de rachat d'un véhicule moins polluant, déjà mise en place en Allemagne, aurait, selon Maystadt, permis aux ventes de février 2009 dépasser dans ce pays les ventes de février 2008.
  2. "Targeted" : les mesures doivent être ciblées vers ceux qui en ont les plus besoin dans le contexte de la rise actuelle, comme par exemple l'augmentation des allocations pour les victimes de licenciements économiques.
  3. "Temporary" : la durée des mesures doit être limitée dans le temps, sinon les consommateurs vont continuer à attendre la fin de la crise avant de mettre la main au portefeuille.
Pour clôturer son exposé, Maystadt a souhaité inscrire ces mesures temporaires de relance dans une vision à long terme, axée sur la durabilité et la justice sociale

Ca lui a donné l'occasion d'enseigner à son auditoire un nouveau terme technique : le "taux social d'ajustement temporel", qui permet de comptabiliser l'impact sur les générations futures. Et de citer comme exemples le changement climatique, le viellissement de la population, et les réserves d'énergies fossiles, dont la préservation entre en conflit avec certains objectifs de dépollution.
Des thèmes qu'il place dans le cadre de la croissance, la décroissance n'étant pas selon lui une hypothèse envisageable.

Mais pour Maystadt, la durabilité, ne peut pas être complètement séparée de la justice sociale : si il y a beaucoup de risques de dislocation sociale à tolérer trop d'inégalité au sein d'une même classe d'âge, c'est encore pire entre classes d'âges différentes, car une population trop pauvre ne pensera pas à l'avenir et se préoccupera pas des générations futures.


On l'aura compris, le viellissement est le cheval de bataille de Mr. Maystadt.


En attendant, voici le menu de ce qui nous attend (graphique : table des plans de relance en europe, cliquer l'image pour l'agrandir) on constate que les mesures allemandes seront plus généreuses que les belges, déficit oblige :-(







** En non-réponse à notre question **

Devant 150 personnes, on n'a pas eu la place pour un vrai débat, mais on a plutôt assisté à une belle démonstration de rhétorique politicienne
. Je ne vais pas vous raconter ici comment l'orateur, très rompu aux joutes publiques, a rebondi à son avantage sur toutes les questions qui ne cadraient pas dans son plan de relance, c'était vraiment pénible.

Juste un exemple, affligeant : en non-réponse à notre question "les banquiers ne sont-ils pas responsables des excès de risques pris lors de la titrisation?" Maystadt en a simplement profité pour placer une ou deux propositions intéréssantes pour limiter les conflits d'intérêts dans le monde de la finance, je résume :
  • Il propose de payer le bonus annuel des traders trois ans après, sur base des résultats financiers à moyen terme, plutôt qu'en fin d'année.
  • Dans la même veine, il envisage d'interdire que les cabinets d'audit (Price WaterHouse Cooper, Accenture) soient à la fois et réviseurs et consultants pour les entreprises qu'ils révisent...
  • Les agences de notation (comme Standard & Poor's) sont en conflit d'intérêt car elles sont appelées à évaluer des produits financiers que souvent elles on contribué à concevoir.
  • Par ailleurs, ces mêmes agences devraient être payées par les institutions qui demandent à disposer des cotations, plutôt que par les institutions cotées, comme c'est actuellement le cas...
  • Si le plan d'assainissement des banques européennes devait passer par l'isolation des avoirs toxiques au sein d'une 'Bad Bank', Maystadt propose qu'elle soit financée, comme en Allemagne, par un consortium bancaire, plutôt que, comme aux USA et en Angleterre, directement par l'Etat.
  • En matière de titrisation, on devrait imposer à l'émetteur de conserver une partie du risque sur la créance titrisée.
[éd. On retrouvera ici le parfum de toxic-café, feu le blog de notre lecteur et collaborateur occasionnel Coco Lapin.]

** Ce que Maystadt n'a pas dit **

"Mais", aurions-nous pu dire, "à quoi bon une nouvelle réglementation, alors que les règles existantes sont déjà bafouées au grand jour?"
[La Crise pour les Nuls : "Dix questions aux économistes"]

Et je ne fais pas ici allusion à Madoff ou à Kerviel, mais bien aux banquier les plus respectables. Ceux dont on n'a pas honte de serrer la pince.

Pour
La Crise pour les Nuls, la cause fondamentale de la crise, c'est l'incurie des agents hypothécaires, des gestionnaires de crédit, des gestionnaires de risque, des agences de notations, de la direction des banques, des organismes de contrôle et des investisseurs institutionnels.
[La Crise pour les Nuls : "Pourquoi, jusqu'où, la crise du crédit?"]

La déresponsabilisation en chaîne, au mépris des règles existantes, a déclenché la crise. Le plaidoyer du Président de la BEI pour une nouvelle réglementation est un voeu pieu, une manière d'excuser l'establishment en bornant la responsabilité de la crise aux apories des inutilisables règles de comptabilité bancaire et à l'absence de règlementation en matière de titrisation.

L'absence de règles dans ces matières ne dispense pas les banquiers de veiller à la bonne fin de leurs investissements "en bons pères de famille" (et non pas en Pasteurs Pandy).

De plus, par la dissimulation de ces responsabilités, Maystadt occulte l'inutilité fondamentale qu'il y a à boucher le trou du crédit par un emprunt supplémentaire. Un plan de relance par le budget ne résoudra pas la crise, il la prolongera aprofondissant le trou des finances publiques.
[La Crise pour les Nuls : "Un trou d'emplâtre pour boucher le trou de jambe de bois"]
[Mish's Global Economic Trend Analysis: "Spend Now Pay Later"]


Les économistes dits "Autrichiens", les seuls à faire preuve de bon sens, réclament l'euthanasie des banques actuellement sous perfusion d'argent public, afin de restaurer la confiance.
On se prend à rêver d'un monde meilleur où les banquiers les écouteraient. Mais ces derniers préfèrent faire tourner leur Moneytron, ça, au moins, ça rapporte!

* La boutique Friedman ferme **

La question la plus pertinente, a sans doute été la suivante
, posée par un Brainois qui mérite son titre :
"Vous mettez sur la selette, comme causes fondamentales de la crise, la balance commerciale mondiale, les taux d'intérêt et la titrisation. Ne faut-il pas surtout mettre ne cause l'économie monétariste et l'école de Friedman, qui a justifié tous ces excès en prônant la virtualisation de l'économie?"
C'est une question fondamentale, car le monétarisme était bel et bien la doctrine offcielle du capitalisme pendant toute la période de "bulle" présentée sur les graphes, période durant laquelle Maystadt mettait le monétarisme en oeuvre, au niveau belge et puis européen.
[Pour en savoir plus : La Crise pour les Nuls : Naomi Klein :
La Stratégie du Choc]

On aurait bien aimé savoir comment le Président de la BEI en est venu à embrasser sa nouvelle foi Keynésienne, et les motivations qui l'ont poussé à renier la doxa de Friedman dont il était l'apôtre.

A cette excellente question, telle
un catadioptre en plein jour, la réponse de Maystadt fut lumineusement opaque, :
"Friedman ne nous intéresse pas, ce que nous envisageons actuellement c'est un plan de relance."
...à ce niveau là de mauvaise foi, ce n'est plus du kung-foutre, on peut carrément parler de révisionsisme.

Pire, cette amnésie complète signifie l'amnistie générale des politiciens responsables du système bancaire, amnistie complémentaire de celle des banquiers, opérée par le truchement de la socialisation des pertes, et
dénoncée plus haut.

Charité bien ordonnée, l'édifice de justice sociale élaboré par Maystadt pour la campagne du CDH couvre une vaste aporie sur la responsabilité des politiciens.

On ne punira personne, tout le monde peut dormir tranquille, en tout cas à Knokke et à Rhodes-St-Genèse.

Pour les autres, il y aura l'austérité budgétaire, la solidarité intergénérationelle, et une nouvelle règlementation bancaire, qui lave plus blanc que blanc.

Cerise sur la pièce montée, Philippe Maystadt nous explique qu'il a vu venir la crise et qu'il n'a rien fait!
(cfr. supra, ses déclaration sur sa "non-surprise")

I
nadmissible? Eh bien en plus, ultime et insoutenable bêtise qui fait déborder le vase par-dessus le marché, il nous demande à nous, électeurs, de continuer à voter pour son parti.

Afin,
sans doute, qu'il puisse continuer à ne rien faire?

J'ignorais que la BEI se fournissait auprès des FARC en Colombie. Visiblement, c'est de la bonne...
.

17 commentaires:

  1. Merci Michelange !

    On l'a attendu longtemps ce compte-rendu mais ça valait la peine d'attendre ;-)

    Je suis évidemment tout à fait d'accord avec toi.

    Un article intéressant sur la "responsabilité" de la titrisation dans la crise :

    "Paul Krugman is Wrong About Securitization"

    http://www.ritholtz.com/blog/2009/03/krugman-is-wrong-about-securitization/

    Sinon, ce qui me frappe toujours chez ces grands penseurs-dirigeants (au fait, je vais écouter Lamfalussy à la BNB le 30 avril), c'est qu'ils pointent du doigts les déséquilibres mondiaux et les taux bas comme responsables de la crise (et, parfois, la titrisation) et puis, ne disent jamais comment on va faire en sorte que ces phénomènes n'apparaissent plus à l'avenir... ce qui me paraît pourtant le plus fondamental !

    Doit-on espérer que les banquiers centraux et le FMI "retiennent la leçon" et "ne recommencent plus" ? Quid si nous avons une banque centrale mondiale ?

    Ne vaudrait-il pas mieux prendre le temps de réfléchir à ces questions et mettre en place des mécanismes (ou détruire des mécanismes existants, suivez mon regard...) pour éviter que tout ceci se reproduise ?

    De toute manière, je pense que la troisième phase de la crise a commencé. Les plans de relance ne marchent pas, le QE ne marche pas, les EU et l'Angleterre arrivent de plus en plus difficilement à placer leur dette. Ils sont obligés de proposer des taux d'intérêts à long terme plus élevés, les anticipations d'inflation montent... C'est *tout le contraire* de ce que les banquiers centraux souhaient, c'est la dislocation finale entre le monde d'Alice au Pays des Merveilles et le monde réel !

    On ne peut pas réparer un barrage qui fuit avec de l'eau, même si on y met toute son énergie...

    C'est l'heure de vérité ! Il faut espérer que nos dirigeants reprennent leurs esprits, réalisent qu'une grosse crise est (de toute manière !) inévitable, que leurs vielles politiques (à la Maystadt) ne servent à rien, qu'il est temps d'écouter les autrichiens, de revenir à la monnaie-saine, à la discipline budgétaire, au travail, à l'épargne comme source de financement...

    En fait, je pense que cette prise de conscience est inévitable et que nous la connaîtront. Mais plus tard elle viendra, plus dur ce sera...

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  2. DSK faisait campagne sur Antenne 2 et Maystadt aussi dans une bourgade.
    Respectent-ils leur devoir de réserve ? : NON. Ils sont pourtant payés par des organismes internationaux dont les règles ne doivent certainement plus s'appliquer dès qu'ils en quittent les salons dorés aux fauteuils rembourrés.
    Ces Messieurs savaient tout sur ce qui devait arriver et disent comment il faut faire pour nous sortir du bousier.
    Quand les deux disent qu'ils faut plus de règles, il faut savoir qu'aux US, les textes relatifs au secteur bancaire représentent plus de 70 000 pages, soit beaucoup plus que pour le nucléaire ou l'industrie de l'armement.
    C'est la connivence, Etat, financiers et juristes qu'il faudrait dénoncer. Ce sont eux qui fabriquent du gras dont ils jouissent avec gourmandise.
    Ces Messieurs ne vont certainement pas tuer la poule aux oeufs d'or qu'est devenue la crise. Demain ils se recycleront dans le conseil avec leur carnet d'adresses aux noms "prestigieux" et factureront à prix d'or leurs tuyaux plus ou moins crevés ou des conférences dans des Universités dont ils deviendront Docteur Honoris Cosa Nostra.
    S'il est impératif de préserver de la crise, la Veuve et l'Orphelin, il faut éliminer les Saigneurs de la Finance et promouvoir les Chevaliers de l'Industrie réelle.
    Les Etats devraient, tout en garantissant les dépôts des épargnants, faire disparaître les banques pourries. Pour les autres, un peu plus solides, virer les managers N, N-1, voir N-2 ou les promouvoir guichetiers dans des patelins de province.
    Il est inutile de nettoyer les écuries en mettant de côté le fumier et le purin que sont les actifs toxiques, car il faudra les recycler un jour et les Financiers continueront à se goinfrer avec la garantie des Etats comme ils l'on fait avec la fameuse loi sur la discrimination du crédit de l'ère Clinton, associée à des taux presque nuls qui sont à l'origine des subprimes et de la fabrication des produits financiers et assurantiels qui s'en sont suivis avec les conséquences que l'on connaît actuellement.
    Il est anormal de voir encore un Daniel Bouton à la tête de la SocGen, par exemple.
    Pour protéger un arbre, il faut avoir le sourage de couper ses branches mortes, sinon ces Gens la, continueront à sévir avec leur air pseudo-socialement durable de bourge catho conservateur qui entretient ses quelques pauvres en les payant au black tout en mettant des boutons de culotte dans la corbeille de la grand-messe du dimanche.

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  3. @ Michelange, merci!

    @ anonyme, excellent! Défroquons le Grand Prêtre Maystadt et tous ses acolytes! :)))

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  4. @Anonyme, je me permets un parallèle entre votre intervention et le dernier (et à nouveau mythique...) post de Willem Buiter :

    "It is unlikely that those who put together the faulty design are the right persons to clean up the mess after the collapse of the system, and to lead the construction of a new banking and financial system, domestically and globally. The theory that only those who screwed it up can sort it out has no evidence to support it, but continues to exercise a powerful influence."

    http://blogs.ft.com/maverecon/2009/03/the-g20-expect-nothing-hope-for-the-best-and-prepare-for-the-worst/

    Et je suis tout à fait d'accord avec vous sur la surabondance de régulation du secteur bancaire (y compris aux Etats-Unis, j'y ai aussi un peu "goûté"...).

    Je suis encore d'accord qu'il faut sauver l'épargne (et plus généralement, les parties vitales - pour nos économies - des banques) et laisser tomber le reste.

    Encore d'accord qu'il faut éliminer cet aléa moral qui nous pourrit la vie (les banques ne peuvent pas se "goinfrer avec la garantie des Etats" à vie comme vous dites).

    Aussi d'accord qu'on peut sérieusement considérer que les subprimes et produits structurés ne sont que des *conséquences* des politiques économiques/financières de nos chers dirigeants !

    Bref, merci pour votre excellente intervention !

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  5. Bonjour,

    Concernant le nettoyage des banques et de ceux qui sont à leur tête, qui prendra la décision de les virer ? Leurs copains de promo en conseil d'administartion ? Leurs copains de vacances à l'assemblée ? Leurs copains de réseau au gouvernement ? Leurs membres de famille un peu partout ?

    Quand on voit le créateur (et destructeur) de Natixis maintenant à la tête de la caisse d'épargne/banque populaire, on peut douter de la mise en place de mesures coercitives.

    La toile s'est tissée durant 25 ans...

    Maintenant qu'ils se sont enrichis à dizaines voire centaines de millions, l'amnistie est en cours avec le discours du "on a rien vu, c'est la faute à la crise et à ces "cons de pauvres" qui s'endettent". Le temps fera que ces même "cons de pauvres" oublieront en matant tf1 sur leur plasma 127 cm...

    N'oublions pas, qu'en France en 1990, les députés de gauche ET de droite avaient VOTE (!) une loi d'auto-amnistie les concernant !
    Alors "amnistier" des copains financiers, ce sera un jeu d'enfant.

    Concernant les politiques, leur professionnalisme est tel qu'ils ne rougissent même pas en se représentant à une quelconque élection, ou en passant à la TV. Ca fait longtemps que les miroirs ne leur renvoient plus de reflet !

    Le pire c'est qu'ils seront ré-élus à cause de la "peur" des extrêmes...

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  6. Ah, enfin un blog où on parle de régler leur compte aux vrais responsables! ;-)

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  7. Merci de cet excellent compte-rendu!

    Un mot d'explication sur ce "taux social d'ajustement temporel" ? Il a été défini ?

    Thx

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  8. Merci pour vos encouragements. TSAT : je n'en sais pas plus, sorry.

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  9. taux social d'ajustement temporel :
    Exemples possibles :
    faire financer les Restos du Coeur par les citoyens moyens pas encore trop pauvres pour payer l'impôt. Taxer les boites de conserve pour financer la banque alimentaire.
    Autoriser la fabrication de faux foie gras à base de gras de porc pour rendre heureux les SDF, Noël prochain.
    Fabriquer de la monnaie de singe pour pouvoir augmenter les salariés qui se croiront plus riches.
    Autoriser les fonctionnaires (pendant la période électorale) à déduire de leur impôt l'achat de voitures pour relancer l'automobile et aussi, augmenter d'un mois leurs congés et leur donner des bons de vacances pour relancer le secteur touristique.
    Etc....

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  10. Article intéressant (même si un peu superficiel).

    Crise financière: Reynders plaide pour des instruments d'intervention

    http://www.lalibre.be/actu/belgique/article/492266/crise-financiere-reynders-plaide-pour-des-instruments-d-intervention.html

    Certaines informations ne sont pas remontées jusqu'au conseil d'administration des institutions financières, et que par voie de conséquence les organes de contrôle et de régulation n'ont pu en prendre connaissance à temps.

    "Il faut sortir de ces problèmes de gouvernance (au sein des banques) et de gestion des risques, qui ont abouti à une politique de l'auto-consentement" dans ces institutions financières, estime-t-il.

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  11. http://www.rue89.com/files/subprimesRue89.pdf

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  12. Quelles décisions prennent les gestionnaires du fonds de pension des employés de la Bank of England (bien informés sur l'économie donc !) ?

    http://www.order-order.com/2009/03/bank-of-england-pension-fund-surges-betting-on-inflation/

    1. Clôturer TOUTES les positions en actions en 2007 (Bien vu, non ? Et au passage, merci d'avoir fait tout le nécessaire pour tenter d'éviter un crash boursier, hum hum hum...).

    2. Acheter des inflation-linked bonds !

    Ils avaient bien anticipé les mouvements sur les marchés des actions, peut-être qu'ils anticipent déjà l'inflation à venir ?

    Inflation qu'ils vont eux-mêmes créer au passage...

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  13. Dépréciation d'actifs : le pire est à venir.

    10 mars 2009.

    L'agence de notation Standard & Poor's vient de mettre sous surveillance négative l'équivalent de plus de 550 milliards de dollars d'actifs financiers adossés à des crédits hypothécaires américains, appelés Alt-A. Cette catégorie de crédits hypothécaires est intermédiaire entre les crédits subprime, les plus risqués, et les crédits prime, qui constituent l'essentiel des crédits immobiliers accordés aux ménages solvables.
    Cette décision pourrait déboucher rapidement sur une dégradation de la notation de ces actifs, en raison de la chute continue des prix immobiliers aux Etats-Unis. Il y a un mois, Standard & Poor's avait déjà remis sous surveillance négative l'équivalent de 427 milliards de dollars d'actifs adossés à des crédits subprime, dont la notation avait été fortement dégradée. Au total,
    c'est donc près de 1000 milliards de dollars d'actifs supplémentaires adossés à des crédits hypothécaires qui pourraient être dégradés très prochainement, ajoutant de nouvelles pertes aux bilans des grandes banques américaines et européennes.
    Mais on est encore loin du compte, et le pire est à venir.
    Avec l'entrée plus que probable de l'économie mondiale en récession en 2009 - du jamais vu depuis la seconde guerre mondiale ! - , les défauts de paiement vont commencer à se multiplier sur tous les types de crédit accordés aux particuliers et aux entreprises. Les banquiers qui avaient "poussé à la consommation" de crédits pendant les années fastes, pour gonfler leurs bonus de fin d'année, vont se retrouver "collés" avec des montagnes de créances défaillantes.
    Toutes les structures complexes à fort effet de levier, montées dans l'euphorie et la précipitation, les ABS (Asset Backed Securities), les CDO (Collateralized Debt Obligations), les CLO (Collateralized Loans Obligations) et autres CPDO (Constant Proportion Debt Obligations), sont entraînées dans un cycle infernal de dépréciation, à mesure que les actifs sous-jacents à ces structures (crédits hypothécaires, cartes de crédit, prêts étudiants, dette LBO, crédits syndiqués, etc) sont touchés par la crise.
    Les pertes sur ces structures sont, en outre, amplifiées par le phénomène du "tranchage" qui concentre les risques dans les tranches les plus mal notées, et par un phénomène non anticipé de "recorrélation" entre les différentes tranches, qui dégrade l'ensemble de la structure dès lors qu'une partie est atteinte. C'est l'équivalent financier du phénomène de "résonance" qui provoque la destruction spéctaculaire de certains ouvrages d'art (ponts, tunnels), suite à une répétition de petits chocs ponctuels. La résonance atteint aujourd'hui l'ensemble du système financier.
    Ajoutez à cela que ces structures complexes ont été, en partie, acquises par des investisseurs (hedge funds notamment) qui se sont fortement endettés pour accroître leur gain potentiel, et vous avez une idée de la réaction en chaîne qui s'enclenche : dépréciations des actifs, pertes multipliées par l'effet de levier, ventes forcées en catastrophe sur un marché illiquide, nouvelles dépréciations d'actifs, et ainsi de suite.
    Les caisses de retraite qui avaient aussi investi dans ces actifs - réputés sans risque -, font alors jouer des assurances - appelées CDS (Credit Default Swaps) - contractées auprès de grandes sociétés comme AIG, elles mêmes en pleine déroute aujourd'hui. L'effet domino s'enclenche. Comme dans une tragédie antique, les différents protagonistes accélèrent leur chute collective en essayant d'y échapper individuellement.
    Fin janvier 2009, le Fonds Monétaire International estimait dans une note que les actifs compromis détenus par les banques américaines dépassaient les 2000 milliards de dollars, après avoir annoncé un premier chiffre de 1200 milliards de dollars en octobre 2008. Au vu des dernières nouvelles sur le front macroéconomique et sur le front financier, le FMI pourrait très rapidement revoir sa copie.
    D'ici la fin de l'année, les dépréciations d'actifs liés à des crédits compromis pourraient atteindre 3000 à 4000 milliards de dollars, rien qu'aux Etats-Unis. Un chiffre à méditer, surtout quand on sait que c'est le contribuable qui paiera la note finale.

    ALEXANDRE KATEB, Economiste, Consultant financier, Maître de conférence à Sciences Po et à l'ESG.

    http://www.blogg.org/blog.php?idblog=71123&tag=actifs+toxiques

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  14. Salut,

    Les solutions de Frédéric Lordon :

    1. Crise : il fallait renflouer les ménages et non les banques !
    2. Pour sortir de la crise, il faut nationaliser toutes les banques!

    http://www.marianne2.fr/tags/frederic%20lordon/

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  15. Lordon (suite et fin)

    Les médias et la crise

    Interview sur les faiseurs d'opinions et les véritables architectes des structures financières qui s'écroulent sur nos têtes (entre autres les gouvernements)

    http://www.acrimed.org/article3075.html

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  16. Monsieur Dupont a déposé toutes ses maigres économies à la banque BNP Paribas.

    Monsieur Dupont est client de la banque BNP Paribas depuis de très longues années.

    Monsieur Dupont a toujours été fidèle à la banque BNP Paribas.

    Monsieur Dupont a été très en colère quand les dirigeants de la banque BNP Paribas ont joué à l’économie-casino avec ses maigres économies.

    Monsieur Dupont a été très en colère quand les contribuables français ont dû verser des milliards d’euros pour sauver la banque BNP Paribas de la faillite.

    Mais aujourd’hui, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase.

    Monsieur Dupont vient d’apprendre que, rien que pour l’année 2008, la banque BNP Paribas avait provisionné une retraite supplémentaire de 28,6 millions d’euros pour les trois dirigeants de BNP Paribas.

    Rien que pour l’année 2008.

    Monsieur Dupont va immédiatement fermer tous ses comptes à la banque BNP Paribas.

    Monsieur Dupont va déposer toutes ses maigres économies à la Banque Postale.

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  17. G20 : Les principaux points traités

    http://www.lecho.be/dossier/g20/Les_principaux_points_traites.8165493-2075.art

    Evidemment, pas un mot sur la responsabilité des Banques Centrales ; encore moins sur la manière dont on va éviter qu'elles agissent encore à l'avenir comme elles l'ont fait !

    On doit *supposer* qu'elles ont "retenu la leçon"...

    Ce G20 ne s'attaque qu'aux *conséquences* (nombreuses et - certes - importantes) des dérives monétaires provoquées par les Banques Centrales, et, plus généralement, par notre système fractional-reserve...

    Aucun mot sur les effets de leviers excessifs des banques, rendus possibles par des règles prudentielles beaucoup trop laxistes ; aucune volonté d'agir de ce côté visiblement...

    Quand les patrons auront trouvé le moyen de détourner la limitation de leurs salaires (ce qui ne va pas prendre très longtemps...) et quand les banquiers auront trouvé le moyen de détourner la nouvelle régulation (normes comptables, paradis fiscaux, hedge funds) qu'on va leur imposer (en plus de celle existante, pourtant déjà volumineuse !), tout ceci va recommencer.

    Quel gâchis.

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