dimanche 22 mars 2009

Dix questions aux économistes


Question 1 : dénoncer l'imperfection des règles bancaires alors que les règles existantes ont été délibérément transgressées, n'est-ce pas là une manière commode d'éviter d'avoir à punir les responsables?

Des exemples nombreux dans le monde entier montrent que les différents acteurs en charge de garantir le contrôle des risques ont failli à leur mission : agences de notation, analystes de risque, cabinets d'audit, contrôleurs.
On est dès lors enclin à penser que le problème ne consiste pas tant dans le manque de règles ou dans le manque de contrôle, mais plutôt dans la non-responsabilité généralisée, sans doute elle-même due à une certitude générale d'impunité.
Dès lors, pourquoi appeler à plus de régulation, si ce n'est pour couvrir l'abondance des manquements aux règles existantes?

Notre avis : [La Crise pour les Nuls : "Toxic-Cafe : le remède contre la crise?"]


Question 2 : que penser des déclarations officielles relatives à l'entrée de l'économie mondiale dans une dépression économique?

Les pronostics officiels des porte-paroles de grandes institutions financières mentionnent à présent la possibilité d'une dépression :
Dominique Strauss-Kahn au FMI, le Cabinet Brown, Paul Volcker au gouvernement Obama, Alan Greenspan en son nom propre, et enfin, tout récemment, la Bank of England. Jusqu'ici, la position généralement partagée était de tabler sur une récession, voire au pire une profonde récession de deux ans. Tout d'un coup, en moins d'un mois, des personnages parmi les plus importants viennent annoncer un pronostic bien pire, pronostics auxquels les gouvernements n'ont pas officiellement réagi.

Notre avis : [La Crise pour les Nuls : "Bientôt à la télé : la très grande dépression de 2009"]
Et aussi : [La Crise pour les Nuls : "My God, it's a Depression!"]


Question 3 : le discours prononcé par Ben Bernanke cette semaine place la reprise en 2010, juste au moment de mettre en route la planche à billets, est-ce un véritable pronostic ou une manière de crédibiliser sa politique d'ajustement quantitatif?

Ben Bernanke, gouverneur de la réserve fédérale américaine, a déclaré, au moment d'annoncer l'impression de mille nouveaux milliards de dollars, que la relance était attendue pour 2010.

Que penser de cette énorme contradiction avec les déclarations négatives des poids lourds mentionnés à la question 2?

Notre avis : [La Crise pour les Nuls : "Le choc du kung-foutre"]


Question 4 : Le démarrage des planches à billets la semaine dernière ne prend-il pas un sens différent si le risque d'inflation est élevé? la déflation est-elle aujourd'hui une hypothèse, un danger, ou déjà une réalité?

Selon la manière dont on les interprète, les chiffres de l'inflation, de la production et de la consommation peuvent refléter les trois hypothèses.

Notre avis : [La Crise pour les Nuls : "Déflation : Les Bears ne se dégonflent pas"]


Question 5 : peut-on assurer la résilience du système au moyen d'une politique monétariste?

L'assouplissement quantitatif ne remplace-t-il pas le risque de déflation par celui d'hyperinflation? Quelle est l'explication qui permet de croire possible la relance par la monnaie alors que les indicateurs industriels continuent de s'écrouler à des niveaux catastrophiques?

Notre avis : [La Crise pour les Nuls : "Un trou d'emplâtre pour boucher le trou de jambe de bois"]


Question 6 : devra-t-on taxer les réserves excédentaires des banques, ou même les nationaliser complètement, pour les forcer à remettre l'argent en circulation?

Les nouvelles politiques d'assouplissement quantitatif ('quantitative easing') mises en place par la Suisse, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis, pourraient échouer à remettre en route la machine du crédit. Dans un tel cas, hypothèses sont envisagées pour relancer le crédit : nationalisation complète des banques, et taxation de leurs réserves lorsqu'elles excèdent le ratio minimum légal requis pour garantir leurs actifs.

L'avis de Scott Summer, un monétariste intelligent : [La Crise pour les Nuls : "Le Chuck Norris de la Réserve Fédérale"]
Notre avis : [La Crise pour les Nuls : "Les USA ouvrent leur parachute de secours, celui de l'Angleterre déjà en torche?"]
Et aussi : [La Crise pour les Nuls : "La Banque d'Angleterre sort le parachute de secours."]


Question 7 : Belgique : les déclarations de MM. Servais et Reynders en septembre étaient-elles leur reflet de leur incompétente bonne foi? Sinon quel était leur objectif, et doit-on les poursuivre?

Pour rappel, les déclaration faite à la RTBF par MM. Jean-Paul Servais, porte-parole de la CBFA (régulateur belge), et Didier Reynders ministre belge des finances, quelques jours avant la saisie de Fortis :
  • Servais : "aucun problème de solvabilité ni de liquidité".:
  • Reynders : "Il y a plus de chances pour que le ciel nous tombe sur la tête que de de voir un jour des problèmes de solvabilité dans une grande banque belge".
Notre avis : [La Crise pour les Nuls : "La crise du crédit éclate au grand jour."]


Question 8 : Belgique : on ne sait rien d'officiel sur les actifs problématiques du SV Scaldis de Fortis et de la filiale monoline FSA de DEXIA. Est-ce normal alors que des doutes légitimes peuvent être émis sur les bénéficiaires des versements consentis par l'Etat Belge pour compenser les pertes liées à ces actifs?

Pour rappel, les raisons principales de la chute de Fortis et Dexia sont floues et tiennent entre autres aux actifs toxiques détenus par leurs filiales. Aujourd'hui, les déficits de ces filiales sont garantis par l'Etat Belge.
Dans le cas de l'assureur américain AIG, on sait que l'essentiel de l'argent injecté par Bush et Obama a servi à rembourser les banques d'investissements qui ont provoqué la chute d'AIG en la gorgeant de produits toxiques.
Cette "prime à l'agresseur" provoque un scandale énorme aux USA et incite à mettre en question le voile pudique jeté par les autorités belges sur les avoirs toxiques présents dans nos banques.

Notre avis : [La Crise pour les Nuls : "Système bancaire belge : les actif toxiques mènent la bal"]


Question 9 : Belgique : le renflouement de la KBC par l'Etat Flamand fait contraste avec le démembrement de Fortis par l'Etat Belge. Voit-on, derrière ces "deux poids, deux mesures", s'esquisser le futur de la Belgique?

Il semble que l'autonomie flamande se soit très concrètement manifestée dans le sauvetage de la KBC, pour lequel le ministre belge des finances, le francophone Reynders, n'a même pas été consulté. Et la solidarité des du gouvernement flamand, dans les cas de Dexia et de Fortis, n'a pas vraiment impressionné les foules.

Faut-il y voir une manifestation du séparatisme ou est-ce une manière raisonnable de gérer les problèmes du pays?

Notre avis : [La Crise pour les Nuls : "Fortis : les ordures de Lippens aux bons soins du contribuable"]


Question 10 : Où placeriez-vous aujourd'hui votre argent en bon père de famille?

(sans commentaire)



Voilà nos dix questions, que vous êtes libres d'utiliser avec votre banquier, votre notaire, votre prêteur sur gage, votre syndicat, votre caisse d'assurances sociales, votre patron et tous vos amis...

En attendant, nos questions sur la crise iront à Philippe Maystadt, à lissue d'une conférence publique et gratuite, à laquelle vous êtes cordialement invités à assister.
.

16 commentaires:

  1. J'ai quitté Bruxelles et travaille aux Pays-Bas (les débouchés dans mon domaine et l'avenir du pays ont été des incitants pour cette décision), je ne peux donc assister à cette soirée avec Maystadt. Je vous soutiens pleinement, et attends avec impatience les réponses. Mais je ne me fais pas trop d'illusions, cela risque d'être langue de bois, commme Didier et consorts. Surtout si les modérateurs sont des nains.

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  2. Excellent post !

    Je ne suis pas économiste ; mais je me permets de donner mon avis :-)

    1. Tout à fait juste ! On peut ajouter que les gens qui inventent les règles bancaires ne rencontrent jamais les gens qui les appliquent (ou qui essaient en tout cas). On ne se rend pas compte à quel point l'application pratique des règles existantes est compliquée (surtout pour des juniors alliés à des informaticiens sans aucun bagage financier), sujete à interprétation et, in fine, facile à présenter avantageusement aux autorités de contrôle. La solution, selon moi, passe par des règles moins nombreuses, plus simples et plus restrictives.

    2. Les "responsables" n'ont pas vu arriver la crise actuelle ; pourquoi faudrait-il croire que, tout d'un coup, ils puissent faire la moindre prévision valable sur l'ampleur de celle-ci ? Je pense qu'ils sont dans le brouillard le plus complet. Et cela durera d'autant plus longtemps qu'ils n'écoutent pas les économistes autrichiens qui avaient annoncé et décrit cette crise !

    3. Il y a certainement une part importante du discours qui a pour objectif de rassurer, tout simplement. Si Bernanke devait dire publiquement que la crise sera très profonde et durera 10 ans, il risque de créer des dégâts assez importants (économiques, politiques et sociaux). En associant la question 2 et 3, je pense qu'il est prudent de ne pas trop tenir compte des déclarations des dirigeants. A la décharge de Bernanke, on peut dire que sa politique monétaire depuis le début de la crise a été marquée par une grande constance et une grande prévisibilité (tout ce qu'il avait dit qu'il ferait, il l'a fait !).

    4. Selon la définition qu'on a de l'inflation et de la déflation, on a des réponses différentes à cette question ! Il convient d'abord de définir l'inflation selon moi (hausse des prix ? hausse de la masse monétaire ? hausse de la masse monétaire ET du crédit ?). Ceci dit, pour moi, la menace de déflation est réelle ; et nous la connaîtront cette année et pour un bon moment.

    5. Excellente question, j'aimerais connaître la réponse. Je suppose que l'avenir nous le dira... A ce sujet, l'article de Willem Buiter aujourd'hui est très intéressant (http://blogs.ft.com/maverecon/2009/03/fiscal-dimensions-of-central-banking-the-fiscal-vacuum-at-the-heart-of-the-eurosystem-and-the-fiscal-abuse-by-and-of-the-fed/). J'espère que la politique monétariste assurera la résilience du système ; sinon, nous sommes partis pour des problèmes politiques et sociaux dont les conséquences seront très pénibles.

    6. Voilà sans doute un point de léger désaccord entre nous : pourquoi vouloir absolument "relancer la machine" du crédit ; alors que c'est celle-ci qui nous a conduit là où nous sommes ? Les banques, en prêtant beaucoup moins que par le passé, font preuve de plus de prudence dans l'octroi du crédit ; ce qui est, à mon avis, une bonne chose (la crise doit faire son chemin et le nettoyage doit s'opérer d'une façon ou d'une autre).

    7. Pour moi, il y a trois explications (1) Reynders et Servais n'avaient pas l'information suffisante pour pouvoir faire ces déclarations (les banques n'étant pas transparentes sur leur état réel) (2) ils n'ont pas saisi l'ampleur du mouvement qui s'annonçait et (3) ils n'ont pas voulu alarmer la population (comme Bernanke au point 3). J'accorde les poids suivants aux explications : 80, 15, 5. Prenons la prise de position de Peter Praet le 20 juin 2008 (quelques jours avant l'augmentation de capital surprise de Fortis) : "Les banques belges traversent la crise sans trop de casse" - http://www.lecho.be/actualit%C3%A9/entreprises_finance/Peter_Praet_veut_resserrer_la_regulation_bancaire.7787954-584.art. Clairement, Praet n'est pas la moitié d'un con ; il n'était tout simplement pas au courant de ce qui se préparait chez Fortis.

    8. Les questions sont légitimes. Selon moi, l'argent du contribuable qui est bombardé sur les banques a pour seul objectif de stabiliser le système bancaire (objectif qui est, selon moi, souhaitable !). Le problème est effectivement que l'argent sert en grande partie à aider les banquiers pourris à se tirer d'affaire ; mais que faire d'autre ? On ne peut pas laisser tomber les banques (sous peine de situations sociales dramatiques) ni du jour au lendemain remplacer tous les banquiers pourris ! Il faut accepter ces inconvénients ; et préparant le terrain pour que cette situation n'arrive plus !

    9. Pour moi, la situation de Fortis était bien plus dramatique que celle de Dexia et de KBC (c'est une opinion personnelle). Pour moi, cela explique la différence de traitement importante entre Fortis et les autres banques.

    10. Dans l'or.

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  3. tant va la cruche à l'eau....qu'à la fin elle se casse. Quand à l'or, il faut rappeler que le front populaire en France dans les années 36 avait par décrêt de loi, interdit la détention d'or aux citoyens.

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  4. FDR a fait de même aux Etats-Unis. Et l'Argentine a confisqué l'or des argentins pendant la crise... C'est un risque en effet ; mais limité... Que faire d'autre sinon ? Acheter du terrain et commencer l'agriculture ?

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  5. ...ils confisqueront les terrains aussi, ils le font déjà au Brésil...

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  6. Si l'or et les terrains deviennent illégaux,pourquoi pas la cocaïne ou le hashich...

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  7. allez un petit article sur le plan geithner???

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  8. Le désespoir devant la politique financière.

    Les détails du plan de Timothy Geithner ont été révélés par la presse. C’est exactement le type de plan qui avait été largement analysé il y a quelques semaines - et laissait à désirer. La logique des zombies a prévalu.

    L’administration Obama fait maintenant sienne l’idée selon laquelle il n’y aurait fondamentalement aucun problème dans le système financier - que ce que à quoi nous sommes confrontés serait l’équivalent d’une panique bancaire pour un établissement tout à fait sain. Pour reprendre la formule de Tim Duy, il n’y aurait pas d’actifs douteux, simplement des actifs « incompris », mal évalués. Et si nous parvenions à faire comprendre aux investisseurs ce que sont réellement ces actifs jugés douteux, c’est à dire pourvus d’une valeur bien supérieure à ce que quiconque est prêt à les payer, tous nos problèmes seraient résolus.

    À cette fin, le plan propose de créer des fonds dans lesquels les investisseurs privés apporteraient une petite quantité de leur argent et, en retour, obtiendraient d’importants prêts du contribuable sans engager leur responsabilité personnelle [1] , pour se porter acquéreurs des actifs douteux - pardon, je voulais dire « incompris ». Ce montage est censé conduire à la vérité des prix, dans la mesure où les fonds seront obtenus par un système d’enchères.

    Mais il apparaît immédiatement évident, si on réfléchit un peu, que ces fonds vont créer un marché biaisé. De fait, le Trésor s’apprête à créer - volontairement ! - un fonctionnement équivalent à celui des Caisses d’Epargnes texanes durant les années 1980 : des opérations financières menées avec très peu de capitaux, mais avec un large financement garanti par le gouvernement.

    Pour les investisseurs privés, il s’agit ni plus ni moins que d’une invitation à parier : « pile je gagne, face les contribuables perdent ». Alors bien sûr, les investisseurs seront prêts à payer un prix élevé pour ces déchets toxiques. Après tout, ces « machins » pourraient valoir quelque chose, et si ce n’est pas le cas, ce sera le problème de quelqu’un d’autre.

    Ou, pour l’exprimer différemment, le Trésor a décidé que nous étions confrontés uniquement à un problème de confiance, auquel il se propose de remédier par la création massive d’aléa moral. [2]

    Ce plan procurera de grands bénéfices aux banques qui n’ont pas réellement besoin d’aide. Mais il ne contribuera guère à rassurer l’opinion publique au sujet des banques qui sont gravement sous-capitalisées.

    Et je crains que, lorsque ce plan échouera, ce qu’il fera presque certainement, l’administration Obama n’ait tiré sa dernière cartouche : elle ne sera pas en mesure de revenir devant le Congrès pour lui proposer un plan qui aurait une chance de succès.

    Quel terrible gâchis.

    Paul Krugman.

    http://krugman.blogs.nytimes.com/2009/03/21/despair-over-financial-policy/

    Notes :

    [1] Krugman écrit « non-recourse ». Il s’agit d’un type de prêt où, en cas de défaillance, le créancier n’est garanti qu’à hauteur de la valeur de l’actif collatéral. En l’occurrence, dans ces prêts, le collatéral ce sont les créances douteuses rachetées aux banques. En cas de non remboursement, c’est donc l’Etat qui assumera toutes les pertes.

    [2] Ce terme désigne les situations où un acteur économique augmente sa prise de risque, par rapport à celles où il supporterait entièrement les conséquences de ses décisions.

    http://www.contreinfo.info/article.php3?id_article=2606

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  9. "la débacle fiscale" article à lire impérativement -
    http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=12865

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  10. http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=12865
    il faut aller sur le site www.mondialisation.ca
    et lire l'article récent (23.03.09) qui parle de l'escroquerie inouïe de la FED

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  11. Le système bancaire européen va-t-il à son tour se disloquer ?
    Quand on vous dit subprimes, vous pensez aussitôt à cette traînée de poudre répandue par les Américains, et qui a mis le feu à l'ensemble de la planète économique et financière.
    Et si nous autres Européens avions des subprimes pour l'instant encore bien enfouis ?

    Des subprimes très discrets, encore en couveuse, et qui arrivent lentement mais sûrement à maturité...
    Les banques américaines ont massivement prêté à des Américains désargentés, aujourd'hui pris en étau et incapables de faire face à leurs échéances. En Europe, nos subprimes sont plus subtils encore... Je vous emmène en Pologne... -- Mais notez que la situation est identique en Hongrie, en Ukraine ou dans les Pays Baltes...
    Les banques y ont massivement encouragé les ménages à souscrire des prêts hypothécaires en francs suisses -- dont les taux d'intérêt étaient extrêmement faibles. A tel point que 60% de ces prêts ont été réalisés en francs suisses. Un taux bien plus élevé encore en Hongrie...

    Que s'est-il passé ensuite ? Le zloty a perdu la moitié de sa valeur contre le franc suisse. Voilà qui double le poids de la dette que doivent rembourser les ménages aujourd'hui totalement étranglés et aux abois. Sans compter que ce mouvement des changes destructeur se poursuit...
    La déroute est inexorable et il faut s'attendre à une augmentation en flèche des défaillances, avec saisies des maisons et des mises en ventes forcées pour recouvrement... comme aux Etats-Unis.
    Les banques est-européennes devront provisionner et enregistrer des créances irrécouvrables à merci, sans compter la dévaluation des actifs, le prix de l'immobilier s'effondrant...

    Là où l'histoire se corse, c'est que le capital de ces banques est très souvent détenu par des banques ouest-européennes... nos banques.
    Prenez les banques autrichiennes : elles ont avancé quelque 230 milliards d'euros aux pays de l'Est. C'est 80% du PIB autrichien ! "Un taux de défaillance de seulement 10% des ménages pourrait conduire à l'effondrement du secteur financier autrichien", déclare le quotidien viennois Der Standard.
    Quand on sait que la BERD (Banque Européenne pour la Reconstruction et le Développement) estime que le volume de créances douteuses devrait atteindre entre 10 et 20%... on a du souci à se faire.
    Le subprime est-européen remontera tôt ou tard dans les bilans de nos banques... mais ce n'est pas tout.

    Selon Morgan Stanley, l'Europe de l'Est a emprunté quelque 1 700 milliards de dollars aux pays étrangers (de la dette à court terme de surcroît !). Rien que cette année, ils devront rembourser (ou se refinancer sur les marchés) quelque 400 milliards de dollars, soit un tiers de leur PIB.
    Etant donné leur situation économique et l'assèchement du marché de la dette, je leur souhaite bien du courage... Le risque de défaillance est réel.
    Même la Russie a du mal à faire face aux engagements de ses entreprises envers les banques occidentales. Quelque 500 milliards de dollars de dettes à rembourser... Et comme le rouble dévisse, la valeur de la dette explose ; à ce jour la mère patrie a déjà dilapidé 40% de ses réserves de change pour soutenir sa monnaie, en vain.

    La situation économique de ces pays est désastreuse. Leurs monnaies (florint, zloty, couronne tchèque...) ont dévissé, et ils quémandent des fonds partout, à tout le monde. Les déficits publics se creusent à toute vitesse, la production industrielle chute et le chômage grimpe. Et que dire des exportations en totale déliquescence -- or elles représentent 80% du PIB en République tchèque et en Hongrie.
    Au quatrième trimestre, le PIB de la Lettonie s'est effondré de 10% et le gouverneur de sa banque centrale qualifie son économie de "cliniquement morte" ! Et les 16 milliards de dollars donnés à l'Ukraine pour éviter le pire n'ont produit aucun effet : son PIB se contracte de 12%

    D'après le FMI, les banques d'Europe de l'Ouest sont cinq fois plus exposées que les banques américaines, avec des effets de levier supérieurs à 50% !
    Attendez-vous à une montée en puissance des impayés chez nos voisins, et à tous les niveaux --ménages, entreprises, Etats. Tôt ou tard ce mouvement viendra frapper en plein coeur nos banques, les systèmes bancaires est et ouest-européens étant capitalistiquement intégrés.

    Ce fragile édifice va-t-il, à l'instar de ce qui se passe aux Etats-Unis, sombrer dans les insondables profondeurs des abysses ?
    Par ricochet, risque-t-on d'assister à la banqueroute d'un Etat de l'Union comme l'Autriche ?
    Au point où nous en sommes, plus rien n'est impossible... Ce qui est en préparation chez nos voisins est-européens est de nature systémique pour notre Zone euro...
    Les investisseurs, qui poussent à l'extrême les Credit Default Swap (CDS), l'ont bien compris. Ils parient ni plus ni moins sur l'éclatement de la Zone euro...
    Notre euro a des soucis à se faire... certains vont jusqu'à dire qu'il pourrait imploser !


    http://www.edito-matieres-premieres.fr/0749/economie/actifs-berd-credit-default-swap.html

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  12. @ BA
    Attention! les subprimes est-européens sont sans doute une grossière intox!! Je vous invite à lire l' intro du Globaleurope Anticipation Bulletin (GEAB) n°33 publié le 15 mars dernier, qui parle d'une "tentative délibérée de la part de Wall Street et de la City (…) de faire croire à une fracture de l'UE et d'instiller l'idée d'un risque « mortel » pesant sur la zone Euro, en relayant sans discontinuer de fausses informations sur le « risque bancaire venu d'Europe de l'Est » et en tentant de stigmatiser une zone Euro « frileuse » face aux mesures « volontaristes » américaines ou britanniques. L'un des objectifs est également de tenter de détourner l'attention internationale de l'aggravation des problèmes financiers à New-York et Londres, tout en affaiblissant la position européenne à la veille du sommet du G20."

    Je signale aussi que, vu le risque de dépression mondiale "tragique" faute de bonnes décisions face à la crise, le GEAB publiera aujourd'hui (24 mars) une lettre ouverte aux dirigeants du G20…

    ps: pour ceux et celles qui pensent que ce genre d'intox est irréaliste, GEA nous rappelle opportunement que la guerre en Iraq avait aussi pour base de grossiers mensonges relayés aveuglément à l'époque par les médias de masse …

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  13. @ Michelange

    Et la conf de MM ça a donné kwa?

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  14. Maystadt était en campagne électorale. Des infos utiles mais bcp de langue de bois.

    Examen de solfège demain, rapport attendra.

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  15. Qui a déjà pu examiner un "actif toxique".? J'aimerais savoir de quoi il s'agit effectivement.Pas de termes généraux. Les généralités, je pense connaître.J'aimerais que l'on me dise : cet actif toxique se compose de 1)une créance hypothécaire sur Mister Bean relative a sa maison dans le Massassuchets.
    2) d'une créance sur tel sous traitant de Général Motor qui ne parvient pas à se faire payer
    3) etc etc...

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  16. Merci pour ces questions, il s'agit en effet de points importants que tout individu informé devrait se poser.
    Je tente d'apporter des solutions et des points d'éclaircissement à certaines de ces questions sur mon blog http://www.macrisebienaimee.blogspot.com n'hésitez pas à y jeter un coup d'œil.

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