Beaucoup de mesures improductives à l'international, alors qu'aux USA un train de mesures plus substantielles succède de manière encourageante aux inepties du plan Paulson.
En Belgique, on cherche toujours à savoir ce que font la BNB et le Ministère, et Leterme a trouvé en Citibank le bouc émissaire idéal.
Pendant ce temps-là, la crise s'aprofondit, au point que certains esprits bien faits commencent à craindre non plus pour la solvabilité des banques, mais bien pour la solvabilité des Etats.
En Belgique, on cherche toujours à savoir ce que font la BNB et le Ministère, et Leterme a trouvé en Citibank le bouc émissaire idéal.
Pendant ce temps-là, la crise s'aprofondit, au point que certains esprits bien faits commencent à craindre non plus pour la solvabilité des banques, mais bien pour la solvabilité des Etats.
* Crédit est mort *
On vous avait beaucoup parlé du vide d'air, le voici : en dépit des mesures prises par la Réserve Fédérale US, la Banque Centrale Européenne et les diverses banques centrales, le crédit interbancaire a complètement disparu du marché. Plus rien ne circule entre les banques, plus un radis, pas un kopec, rien, schnoll, niente, nada.
Combien de temps ça va durer? Bonne question! Jusqu'où ça va aller? Jusqu'à ce que tout le monde ait mal, vous et moi compris. Qu'est-ce qu'on peut faire? Pas grand chose dans l'immédiat, ou cliquer ici. Comment on en est arrivés là? fraude, appât du gain, foot, bière, télé.
* D'abord calmer les foules *
En Europe, après une belle démonstration de pagaille, tout le monde est tombé d'accord lundi pour dire que nos petites économies sont garanties par les gouvernements.
Pour ce qui est de savoir exactement comment, jusqu'à combien, et par quel gouvernement, on va bien voir : pour deux ans en Irlande, jusqu'à 100.000 euros en Italie, par trois gouvernements chez Dexia, jusqu'à 60.000 euros en Belgique (c'était vingt mille la semaine dernière - ah maintenant c'est cent mille), et votre compte à la KBC est même garanti par le gouvernement Irlandais (si vous l'avez ouvert en Irlande), mais c'est l'Europe qui doit décider bien sûr.
Bref, je ils on garantit tout en partie définitivement pendant quelque temps, clair?
* Une baisse des taux de peu d'intérêt *
Si elles font toujours leur petit effet à la télé, les baisses de taux synchronisées à l'échelle mondiale, coordonnées par toutes les grandes banques centrales (à l'exception polie mais néammoins notable du Japon), ne font rien pour résoudre le problème fondamental, à savoir l'absence de crédit dans le système interbancaire.
[Mish's economic analysis : "Global Coordinated Rate Cuts Won't Solve Economic Crisis"]
Et les appels à l'ordre de Trichet (Banque Centrale Européenne) résonnent dans le vide, qui fustige le monde bancaire, l'exhortant à 'prendre ses responsabilité' et à comprendre l'intérêt de la baisse des taux 'sur le long terme'.
Les marchés du crédit n'ont tout simplement pas réagi à la baisse des taux, tous les indicateurs du crédit interbancaire (TED, Libor, etc.) restent dans le rouge vif où nous les avions trouvés lundi.
[La Crise pour les Nuls : les indices techniques dans le rouge : "Les bourses tombent, l'Europe capitule"]
[FT alphaville : "CDS update: Desperate measures fail to improve sentiment"]
[Financialsense : "Weapons of Financial Mass Destruction"]
* De l'argent par les fenêtres *
Comme la Réserve Fédérale aux USA et la Banque Centrale Anglaise, qui ont ouvert aux banques une 'discount window' de prêts à court terme à prix plancher, Trichet joue avec le feu du refinancement, qui propose aux banques Européennes de s'abreuver sans compter à la Mamelle Centrale Européenne.
Selon les analystes, ce type de mesure prolonge la survie des banques, mais s'avère contre-productive à terme : l'effet de ce type d'initiative est de décourager plus avant les banques de se prêter entre elles, puisqu'elles peuvent emprunter sans risques et sans compter à la banque centrale. Ce qui contribue à assècher plus profondément le crédit interbancaire : tant que les banques pourries n'auront pas fait faillite, les banques saines refuseront de prêter à qui que ce soit... les autorités ne s'y prendraient pas mieux si elles voulaient accentuer la crise!
[Mish's economic analysis : "Trichet Offers Unlimited Cash"]
[Mish's economic analysis : "Cancerous activity of Fed and Treasury"]
* Dans la souricière du TARP *
Les analystes du monde entier ont fortement décrié le TARP ou "plan Pauslon" par lequel le Congrès a octroyé la semaine dernière au Trésor le crédit et l'autorisation de racheter aux banques 700 milliards de dollars de créances immobilières pourries. Les principaux griefs? Le plan :
- ne fait rien pour garantir le retour vers le citoyen de l'argent libéré par l'Etat;
- a probablement pour objectif premier de garantir les investissements Chinois dans les agences hypothécaires gouvernementales en faillite, Fannie et Freddy;
- va contribuer à faire baisser plus encore l'immobilier U.S.;
- récompense les banques les plus fautives en épongeant leurs ardoises.
A ces objections de bon sens, on a opposé l'urgence et la gravité de la situation, sans toujours se demander comment un gouvernement incapable de voir venir le problème il y a six mois est capable de le diagnostiquer avec certitude aujoud'hui.
Ainsi le plan Paulson, fortement impopulaire auprès ces citoyens américains allergiques aux impôts, est-il passé au forceps moyennant l'achat des voix de certains membres du Congrès, par exemple par l'adjonction de mesures de détaxation clairement destinées à faire basculer l'avis des représentants de l'Oregon au second tour :
"As for the pork, some of the $150bn in tax breaks attached to the Senate version of the bill seemed targeted with laser-precision at recalcitrant legislators. Take the provision that exempts wooden arrows from an excise tax, benefiting a company in Oregon where four representatives - a third of Monday's vote shortfall - voted against the bill. The list of lard goes on and on but seems worth it to secure a deal." [Financial Times : Tarp, the sequel]Un bel exemple de démocratie directe.
* Des mesures américaines plus sensées *
Annoncé ces derniers jours par Paulson, un nouveau train de mesures moins douteuses vient de sortir du bois :
- La liquidation par enchères publiques des contrats CDS douteux de Freddy Mac et Fannie Mae, qui s'est déroulée de manière ordonnée.
- La décision, annoncée à brûle-pourpoint, de faire investir l'Etat US dans les banques.
Cette dernière décision, quoique sans doute excellente en principe, ne va pas sans soulever quelques remarques importantes :
- Le projet d'investir dans les banques se fera-t-il bien AVANT de mettre an batterie le TARP susmentionné? Les banques auront en effet considérablement plus de valeur après qu'avant l'éxécution du plan.
- Va-ton ici aussi diriger l'octroi des fonds vers les petits copains du gouvernement (Goldman sachs, JP Morgan) et laisser tomber les banques moins bien vues par la clique de Paulson (Bear Stearns, Lehman, Indymac).
- A moins d'arriver à 51% de prise de participation, les autorités n'auront pas pour autant les moyens de forcer les banques reprises à se prêter de l'argent entre elles.
Autre bonne nouvelle potentielle :
- La liquidation des contrats CDS [La Crise pour les nuls : explication : "Pourquoi, jusqu'où, la crise du crédit?"] de AIG : à confirmer, en tout cas ils ont brûlé leur ligne de crédit de 85 milliards de dollars d'il y a trois semaine et viennent de repasser au guichet pour 39 de plus.
[Espérons qu'ils ne les ont pas claqués en thalasso : Bloomberg : "AIG, Castigated for Resort Event, Plans Another One "]
* En Belgique *
Pour d'obscures raisons, Mr. Guy Quaden, gouverneur de nosse belle Banque Nationale, ne veut pas qu'on sache combien il a donné à qui. Parce qu'il y a d'autres bénéficiaires que Dexia et Fortis? Parce qu'on ne veut pas nous dire ce que nos fleurons nationaux ont fait avec leur beau capital?
En tout cas :
- Il est envisageable que la BNB ait contribué à refinancer FSA, la filiale 'monoline' de Dexia, responsable de la chute de la banque Franco-Belge, en rachetant aux Etats-Unis les créances pourries garanties par les CDS de FSA.
Pour plus d'explications, voir notre article qui épinglait le problème le 22 juillet dernier [La Crise pour les Nuls, : "Moody's menace de dégrader FSA : Dexia en première ligne."] et les conséquences deux mois après [Bloomberg : "Belgium, France Lead EU6.4 Billion Rescue of Dexia"].
- La pourriture ABN AMRO acquise l'an dernier au prix fort par Maurice le fortiche justifie probablement la 'peau de chagrin' (l'Echo) avec laquelle nous a laissés le gouvernement hollandais : "on vous rachète notre lisier batave en stoemelinckx, vous allez passer pour les dindons et on vous débarasse de cette crasse, mais ne le dites pas, ça doit passer pour une victoire politique hollandaise". On sait déjà que la part d'ABN AMRO rachetée par Royal Bank Of Scotland a entraîné une dépréciation de 2 milliards de livres dans le bilan de la banque anglaise, aujourd'hui en mauvaise posture.
[Bloomberg :"RBS's Credibility `Shot to Bits' Since ABN Amro Deal"]
On vous avait prévenus pour Fortis et ABN Amro il y a plus de trois mois [La Crise pour les Nuls :"Tournoi mondial de valet puant"]
- On ne sait toujours pas où sont passés les 37 autres milliards d'euros de titres pourris dépistés par la BNB en juin dernier...
[La Crise pour les Nuls :"La Belgique cherche ses titres pourris"]
Alors avec tout ça, peut-on encore croire un seul instant ce Reynders minuscule qui nous raconte qu'il a tout appris deux semaines à l'avance? La Crise pour les Nuls saurait des choses qu'il ne sait pas? Hmmm.
En attendant, Leterme 1er a trouvé en Citibank le bouc émissaire idéal, réclamant une enquête sur les produits octoyé aux citoyens Belges par la première banque du monde. Au moins avec Shittybank, comme l'apellent les traders de Wall Street, pas de danger de devoir appeler à la barre l'un ou l'autre camarade du belge gouvernement...
[L'Echo : "Yves Leterme demande une enquête sur Citybank"]
* Les chefs sont tombés sur la tête *
En Islande, on ne sait plus à quel saint se vouer : le gouvernement tour à tour annonce la reprise des banques puis non, un refinancement du pays par Poutine puis non, la couronne Islandaise arrimée à l'Euro et puis non.... du break dance.
[Bloomberg : "Iceland seizes Kaupthing"]
Le petit ballet de "c'est moi qui propose le refinancement" a offert à qui en doutait encore une belle démonstration d'inefficacité pan-européenne, avec Nicolas Sarkozy dans les rôle du bouc (qui a eu raison trop tôt en proposant une ligne de crédit de la BCE et s'est pris un camouflet de la Mère Merkelle samedi), Berlusconi dans le rôle de la lanterne rouge (qui vient dire la même chose que tout le mode, mais bien après tout le monde lundi soir, et en italien) et Angela Merkel dans le rôle du traître (qui a dû retourner sa veste au bon moment, c'est-à-dire dimanche soir, entraînant un a un tous les européens dans son félon sillage).
En Angleterre, on fait (presque) pareil (en beaucoup plus malin), avec un plan d'investissement de l'Etat dans les banques (voir plus haut pourquoi c'est bien mieux qu'un refinancement). Sauf que HSBC dit, "pas besoin de ça chez nous" envoyant le gouvernement dans les cordes et son propre cours de bourse au zénith.
[FT Alphaville : "HSBC to HM Treasury: 'Keep yer money'"]
En Californie, Conan le Gouverneur, qui vient d'annoncer par lettre à Paulson la faillite de son bel Etat, se gratte pensivement le barabre en voyant les autres Etats d'Amérique lui emboîter le pas. Si vous voulez savoir comment on fait pour taper 7 milliards de dollars au Ministère des Finances, voici la petite lettre de Schwarzie [pdf].
Suggestion : la commune de Schaerbeek, qui avait senti le vent tourner chez Dexia et avait tiré la sonette d'alarme dès le 28 juin dernier, pourrait peut-être copier la lettre de Schwarzenegger et l'envoyer à Reynders...
[L'Echo : "Dexia va mal, Schaerbeek est inquiète"]
Ailleurs dans le monde, chez les moins riches, c'est le même cinoche : les Russes ont fermé leurs marchés boursiers pour la semaine, l'Indonésie et le Brésil ont suspendu leurs bourses, le Pakistan est en plein Krach, les banques cenrales d'Amérique Latine vendent inutilement des dollars popur soutenir leurs monnaies, le Mexique a vu le peso fondre de 40% par rapport au dollar mais, pour le bloggueur Denninger, tout ça n'est finalement pas si grave quand on réfléchit bien à ce qui va suivre : les taux d'intérêts pourraient bientôt dépasser le produit qu'on peut espérer tirer sur les investissements. Un scénario déjà vu... en 1929?
[Market ticker : "What The Media *Didn't* Cover"]
* On en apprend tous les jours *
"Non" me dit Christophe "pas 1929, il faudrait plutôt comparer avec la crise de 1873!" Bon ben là, tu me scies Tof, je suis blasto-troué, super lien, une histoire charmante d'il y a 135 ans...
[Le Devoir : "Pas 1929, 1873!"]
Mais, allez, faut que je m'arrête, parce qu'on est déjà bien vendredi... conclusion, donc, avec le proverbe chinois du jour : "ceux qui oublient l'histoire sont condamnés à je sais plus très bien quoi."
Heureusement avec ça qu'il n'y a qu'un jeudi par semaine!
******* Liens généraux et pédagogiques ***************************************
- Pour une introduction générale aux causes profondes de la crise (un savant mélange de technique bancaire, de laissez-faire politique et de cupidité) lire notre résumé pédagogique :[La Crise pour les Nuls : "Pourquoi, jusqu'où, la crise du crédit?"].
- Pour plus de détails sur le processus inévitable de destruction qui vient de s'amorcer, un excellent résumé Australien : [Business Spectator : "Liquidez tout" (en anglais)].
- Pour bien comprendre les impacts sur l'emploi, le pouvoir d'achat :[Mish's economic analysis : "Apprêtez-vous à des licenciements massifs" (en anglais)]
- Pour un résumé en Français des indicateurs techniques, voir l'excellent blog francophone TropicalBear, qui propose par ailleurs d'excellents articles sur la particularité de cette crise : la déflation [TropicalBear : la déflation arrive]
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1 commentaires:
Et je rajouterai ceci a cet excellent intermede:http://www.lemonde.fr/economie/article/2008/10/11/l-indecent-dejeuner-a-150-000-euros-de-fortis_1105757_3234.html
Comme quoi le ridicule ne tue pas..
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