L’autre
jour, avec un pote et ses enfants ados, on a voulu regarder quelques bons
films des années 80. Etrangement, il n'y en a plus : les années 80 sont enfin en train de devenir terriblement
ringardes (mais, comme on le verra plus loin, pour de très mauvaises raisons).C’est assez évident pour les films d’action. Tout comme les baisers de John Wayne paraissaient complètement dépassés aux yeux de ma génération post-68, les films d’action d’avant Internet sont devenus tout simplement ridicules aujourd'hui : depuis Shining jusqu'à Indiana Jones, les gens qui cherchent de l’information à la bibilothèque ou encore sur une carte en papier, qui doivent se retrouver physiquement ou disposer d’une ‘cabine téléphonique’ pour se parler, ça ne tient tout simplement plus debout.
Avec un téléphone portable et un e-mail, le scénario tombe en quenouille comme un vieux Jules Vernes. Y a plus rien de crédible, à part les flingues, les chars et les avions...
Et bien sûr, la ringardise totale des eighties est assez évidente en matières de science-fiction et de technologie : les analyses photographiques dans Blade Runner ne sont plus rien devant Photoshop, Google Street View, le Microsoft Kinnect, et iPhoto face recognition. Même le scénario high tech et multi-métaphorique de The Matrix tombe en ruine à l’heure de l’ubiquité immédiate de l’information.
Le ‘choc du futur’ c’est maintenant.
Ce tournant, celui que seul Avlin Toffler avait vu venir, dès 1970, dans son ouvrage séminal ‘The third wave’, ce tournant donc, c’est peu dire qu’on l’avait imaginé beaucoup moins serré... Sur le terrain, le ‘choc du futur’ annoncé il y a 40 ans se révèle beaucoup plus scherp que ce qu’on se imaginait il y a seulement vingt ans, lors de la naissance d’Internet.
Résumons: dans les années ‘60, on rêvait encore d’Hôtesses de l’air, de Jungle et de Far-West. Lorsque ça n’a plus été possible, on a bien dû rêver de femmes libérées, de Tiers-Monde libre et là heureusement la crise du pétrole est venue nous remettre les idées en place...
Dans les années ‘80 on est redevenus raisonnables, on a rêvé de gangsters qui se baignent dans le champagne, de traders et de yuppies, de petits hommes verts et de navettes spatiales. C'était beaucoup moins subversif.
Mais depuis lors, Internet et les mont Palomar ont définitivement bousillé les extraterrestres : avant que les pauvres aliens ne parviennent à serrer la main d’un premier humain nous aurions deux mille fois le temps de décoder leurs signaux et d’établir avec eux tous les traités commerciaux et militaires nécessaires, rendant inutile une quelconque rencontre du troisième type avec la population....
Eh oui : avec l’ère de l’information, E.T. est devenu une fable pour les plus de 22 ans! Aussi obsolète qu’un bouquin de catéchisme. La génération de 68 était décalée par rapport à la précédente?... attendez la suivante, là ca ne sera plus un décalage, ça sera un gouffre.
Quand la fiction fout le camp
Mais, comme je le remarquai avec beaucoup de surprise, le pire du déphasage générationnel n’est pas technologique, il est social et politique...
C’est avec les vieux films aspirationnels des années ‘80 qu’on le constate le plus cruellement. Ces films sont tout aussi dépassés que les films d'action, mais avec eux s’écroule la possibilité même de l’émerveillement : que représente le culte du talent dans Fame à l’heure de la Starac? que vaut encore la morale de Tron face à l’amorale de Kevin Mitnic? Que racontent encore les Blues Brothers dans un monde vendu à ClearsStream et à Goldman Sachs?
Seuls des films asymptotiques, qui touchent à nos limites absolues, comme ‘2001 Odyssée de l’Espace’ et le dernier Eastwood sur les NDE, tiennent encore le coup.
C’est dire qu’il ne nous reste plus, comme au Moyen-Age, que Dieu et la mort. La fin des temps est proche, vive la fin des temps !
Dans un monde en guerre contre le terrorisme, l’idée même de 'Rencontre du 3e type', où
Tonton Spielberg envoie de simples citoyens sans armes et sans agences
gouvernementales en délégation à la rencontre des martiens, ne pourrait
même plus fleurir dans l’esprit du plouc New Age le plus défoncé. Spielberg l’a d'ailleurs très bien compris, qui dans son récent ‘Super 8’ joue le gouvernement contre les citoyens alliés aux extra-terrestres.
Et sur ce coup-là je suis d’accord avec Steven : l’enjeu du 21e siècle ce n’est plus la science ou la technologie, c’est la violence absolue de l’état sur une planète devenue trop petite pour échapper à l’information.
L’Etat invincible d'une planète trop petite
Les utopies sont devenues illégitimes par le fait même de l’information gratuite et complète procurée par Internet. Le matérialisme historique est dans une impasse parce que les masses, désormais honteuses d'êtres massives, sont devenues le premier problème d'une planète subitement devenue trop petite, et ne peuvent plus légitimement prétendre à en définir la solution...
Mais les dystopies, elles, ont la vie dure : en cette époque opaque, 1984, Le Meilleur des Mondes, Farenheit 451, V for Vendetta, ont des airs de manuels scolaires. 'Nous vivons des temps intéréssants', au sens chinois et fatidique de l'expression. Ce sont malheureusement les films les plus noirs qui semblent le plus porteurs de sens par-delà le tournant du siècle...
La fiction a été brutalement dépassée par la réalité : il n’y a pas encore de film sur le quantified self, sur les réseaux sociaux, et ils sont d’ores et déjà un déterminant essentiel de notre monde humain. Pire, cette noosphère communicante globale et croissante des réseaux sociaux rend peut-être impossible la création d’une utopie crédible qui nous donne un peu d'air...
La révolution elle-même devient de plus en plus improbable. Les guerres sont provoquées au moyen-orient, la révolte Facebook est une mise en scène, un récit médiatique à deux balles (des balles à blanc, un conte de Saint-Nicolas destiné à apaiser les citoyens les plus infantiles.)
La mise en scène de la mort de Bin Laden par les cowboys, pour nous faire croire que le système a encore un sens, celui de nous protéger contre les sauvages est grossière, peut-être même factice. Et dans tous les cas la vérité est pire : tout le monde s’en fout.
Cette impossibilité de la fiction rend plus intolérable les errements de l’Etat global, parce qu’il n’y a aucune alternative à son pouvoir : nowhere to run. Du fait de sa puissance trop grande ses plus petits inconvénients deviennent vite insupportables, ses dérapages entraînent facilement génocides et crimes contre l’humanité dans son sillage.
Le grand malheur de l’humanité c’est d’avoir inventé Internet avant d’avoir inventé le saut spatiotemporel. Avec quelques bonnes fusées capables de passer la vitesse de la lumière, on peut faire tenir toutes les utopies conquérantes d’Asimov, de Philip K. Dick et autres utopistes des années 70... qui n’avaient pas imaginé Internet.
Faute de pouvoir sublimer, la société régresse, revient à un stade plus primitif d’investissement de ses pulsions. La Starac et la télé-réalité sont à l’âge de l’information ce que les jeux du cirque étaient à l’empire Romain : une régression sadique alors que les motivations élevées ne sont plus crédibles.
Et maintenant qu’il ne reste plus rien, on risque bien de voir les gens renoncer à saint Travolta, remettre une majuscule à dieu, revenir à la peur de la mort et de la fin des temps, comme au Moyen-Age.
Ceux qui ne le feront pas seront condamnés, tels Prométhée, à contempler avec un effroi sans cesse renouvelé l'aporie du système mondial... une dystopie à la Kafka, puissance Wikipedia, exposant Wikileaks.
Les mythes de ma jeunesse sont détruits par la nouvelle vague. Le réel décrit par Toffler a définitivement désenchanté le monde de Spielberg et s'offre à tous dans toute son horreur sur Internet.
Le capitalisme global, qui soumet l’homme à la machine, accomplit la dystopie annoncée dans Matrix, et viole quotidiennement sous nos yeux les lois d’Asimov sur la robotique, selon lesquelles un robot ne peut pas faire de mal à un être humain...
La réalité a dépassé la fiction, apocalyptiquement elle dévoile la nudité de la catin politique sur le dragon de la banque.
Une épreuve qui pourra entraîner l'homme raisonnable dans un délire paranoïde (théories de la conspiration et autres) ou le confronter à un banal et cruel constat d'incompétence de nos élites.
Dans un système centralisé informatisé et mondial placé sous le contrôle de la finance, le monde ne changera plus, si ce n’est en pire, parce que le capitalisme global lui a enlevé tout son sens.
Nowhere to run, babe
Plus de Jungle Amazonienne, juste des réserves de ressources naturelles, plus de territoires à conquérir, autrefois hors de portée de l’état, découverts en pirogue et en ponts de liane, ils sont désormais à portée de téléphone, de satellite ou de drone.
Même le porno était plus trangressif sous De Gaulle. Après trente ans de kits en bois aux noms en “ull”, le catalogue Ikea ne fait plus bander personne, et les derniers paradis sont fiscaux.
Régressivement, alors que la gigantesque tondeuse à scalper les forêts émascule les derniers indiens de la terre, alors que nos belles campagnes se transforment en usine à malbouffe, de l’ailleurs il n’en reste que de moins en moins.
Imaginez-vous ce que ce doit être de se faire arracher à sa terre, à ses traditions, à son identité, sans espoir de retour. Eh bien ça ne concerne pas que les indiens, figurez-vous... Avec la globalisation, le système financier mondial et la disparition des nations, c'est cette horreur-là que nous sommes en train de nous imposer collectivement, à l'échelle mondiale, en faisant de la planète chaque jour un monde moins hospitalier, moins naturel, moins mystérieux, dénué de mémoire, de traditions et de racines...
Si on laisse faire la machine, les petits-bourgeois démocrates occidentaux cultivés, travailleurs et attachés à leur vie culturelle seront les indiens du 21e siècle.
Moi je dis : la pétacrise guette au coin de la rue le citoyen lambda, qui va bientôt gerber, avec l'intégrale de Claude François en guise d'after eight fatal, toute cette nostalgie ‘80 de merde qui, faute de projet collectif intelligent, nous tient lieu de paradis perdu.
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Exemple 1 : sujet sain, développant des anticorps en suffisance :


