vendredi 16 mars 2012

Bientôt la fin des années 80?

L’autre jour, avec un pote et ses enfants ados, on a voulu regarder quelques bons films des années 80.  Etrangement, il n'y en a plus : les années 80 sont enfin en train de devenir terriblement ringardes (mais, comme on le verra plus loin, pour de très mauvaises raisons).

C’est assez évident pour les films d’action. Tout comme les baisers de John Wayne paraissaient complètement dépassés aux yeux de ma génération post-68, les films d’action d’avant Internet sont devenus tout simplement ridicules aujourd'hui : depuis Shining jusqu'à Indiana Jones, les gens qui cherchent de l’information à la bibilothèque ou encore sur une carte en papier, qui doivent se retrouver physiquement ou disposer d’une ‘cabine téléphonique’ pour se parler, ça ne tient tout simplement plus debout. 

Avec un téléphone portable et un e-mail, le scénario tombe en quenouille comme un vieux Jules Vernes. Y a plus rien de crédible, à part les flingues, les chars et les avions... 

Et bien sûr, la ringardise totale des eighties est assez évidente en matières de science-fiction et de technologie : les analyses photographiques dans Blade Runner ne sont plus rien devant Photoshop, Google Street View, le Microsoft Kinnect,  et iPhoto face recognition. Même le scénario  high tech et multi-métaphorique de The Matrix tombe en ruine à l’heure de l’ubiquité immédiate de l’information. 

Le ‘choc du futur’ c’est maintenant.
Ce tournant, celui que seul Avlin Toffler avait vu venir, dès 1970, dans son ouvrage séminal ‘The third wave’, ce tournant donc, c’est peu dire qu’on l’avait imaginé beaucoup moins serré...  Sur le terrain, le ‘choc du futur’ annoncé il y a 40 ans se révèle beaucoup plus scherp que ce qu’on se imaginait il y a seulement vingt ans, lors de la naissance d’Internet.

Résumons: dans les années ‘60, on rêvait encore d’Hôtesses de l’air, de Jungle et de Far-West. Lorsque ça n’a plus été possible, on a bien dû rêver de femmes libérées, de Tiers-Monde libre et là heureusement la crise du pétrole est venue nous remettre les idées en place...

Dans les années ‘80 on est redevenus raisonnables, on a rêvé de gangsters qui se baignent dans le champagne, de traders et de yuppies, de petits hommes verts et de navettes spatiales. C'était beaucoup moins subversif.

Mais depuis lors, Internet et les mont Palomar ont définitivement bousillé les extraterrestres : avant que les pauvres aliens ne parviennent à serrer la main d’un premier humain nous aurions deux mille fois le temps de décoder leurs signaux et d’établir avec eux tous les traités commerciaux et militaires nécessaires, rendant inutile une quelconque rencontre du troisième type avec la population.... 

Eh oui : avec l’ère de l’information, E.T.  est devenu une fable pour les plus de 22 ans! Aussi obsolète qu’un bouquin de catéchisme. La génération de 68 était décalée par rapport à la précédente?... attendez la suivante, là ca ne sera plus un décalage, ça sera un gouffre.

Quand la fiction fout le camp
Mais, comme je le remarquai avec beaucoup de surprise, le pire du déphasage générationnel n’est pas technologique, il est social et politique...
 
C’est avec les vieux films aspirationnels des années ‘80 qu’on le constate le plus cruellement. Ces films sont tout aussi dépassés que les films d'action, mais avec eux s’écroule la possibilité même de l’émerveillement : que représente le culte du talent dans Fame à l’heure de la Starac? que vaut encore  la morale de Tron face à l’amorale de Kevin Mitnic? Que racontent encore les Blues Brothers dans un monde vendu à ClearsStream et à Goldman Sachs? 

Seuls des films asymptotiques, qui touchent à nos limites absolues, comme ‘2001 Odyssée de l’Espace’ et le dernier Eastwood sur les NDE, tiennent encore le coup. 
C’est dire qu’il ne nous reste plus, comme au Moyen-Age, que Dieu et la mort. La fin des temps est proche, vive la fin des temps !


Dans les années 80, n’y avait plus de Dieu et ça arrangeait tout le monde. Personne n’a jamais eu envie de mener une vie d’abstinence pour aller (peut-être) vivre éternellement avec un crucifié au teint cireux, sans enfants, et qui sent la naphtaline. Ouvrez bien les yeux, Jésus revient, il va reprendre la place que lui avait volée John Travolta...


Dans un monde en guerre contre le terrorisme, l’idée même de 'Rencontre du 3e type', où Tonton Spielberg envoie de simples citoyens sans armes et sans agences gouvernementales en délégation à la rencontre des martiens, ne pourrait même plus fleurir dans l’esprit du plouc New Age le plus défoncé. 

Spielberg l’a d'ailleurs très bien compris, qui dans son récent ‘Super 8’ joue le gouvernement contre les citoyens alliés aux extra-terrestres. 


Et sur ce coup-là je suis d’accord avec Steven : l’enjeu du 21e siècle ce n’est plus la science ou la technologie, c’est la violence absolue de l’état sur une planète devenue trop petite pour échapper à l’information.



L’Etat invincible d'une planète trop petite
Les utopies sont devenues illégitimes par le fait même de l’information gratuite et complète procurée par Internet. Le matérialisme historique est dans une impasse parce que les masses, désormais honteuses d'êtres massives, sont devenues le premier problème d'une planète subitement devenue trop petite, et ne peuvent plus légitimement prétendre à en définir la solution...


Mais les dystopies, elles, ont la vie dure : en cette époque opaque, 1984, Le Meilleur des Mondes, Farenheit 451, V for Vendetta, ont des airs de manuels scolaires. 'Nous vivons des temps intéréssants', au sens chinois et fatidique de l'expression. Ce sont malheureusement les films les plus noirs qui semblent le plus porteurs de sens par-delà le tournant du siècle...


La fiction a été brutalement dépassée par la réalité : il n’y a pas encore de film sur le quantified self, sur les réseaux sociaux, et ils sont d’ores et déjà un déterminant essentiel de notre monde humain. Pire, cette noosphère communicante globale et croissante des réseaux sociaux rend peut-être impossible la création d’une utopie crédible qui nous donne un peu d'air...

La révolution elle-même devient de plus en plus improbable. Les guerres sont provoquées au moyen-orient, la révolte Facebook est une mise en scène, un récit médiatique à deux balles (des balles à blanc, un conte de Saint-Nicolas destiné à apaiser les citoyens les plus infantiles.)

La mise en scène de la mort de  Bin Laden par les cowboys, pour nous faire croire que le système a encore un sens, celui de nous protéger contre les sauvages est grossière, peut-être même factice. Et dans tous les cas la vérité est pire : tout le monde s’en fout.


Cette impossibilité de la fiction rend plus intolérable les errements de l’Etat global, parce qu’il n’y a aucune alternative à son pouvoir : nowhere to run. Du fait de sa puissance trop grande ses plus petits inconvénients deviennent vite insupportables, ses dérapages entraînent facilement génocides et crimes contre l’humanité dans son sillage.


Le grand malheur de l’humanité c’est d’avoir inventé Internet avant d’avoir inventé le saut spatiotemporel. Avec quelques bonnes fusées capables de passer la vitesse de la lumière, on peut faire tenir toutes les utopies conquérantes d’Asimov, de Philip K. Dick et autres utopistes des années 70... qui n’avaient pas imaginé Internet.

Faute de pouvoir sublimer, la société régresse, revient à un stade plus primitif d’investissement de ses pulsions. La Starac et la télé-réalité sont à l’âge de l’information ce que les jeux du cirque étaient à l’empire Romain : une régression sadique alors que les motivations élevées ne sont plus crédibles.



Et maintenant qu’il ne reste plus rien, on risque bien de voir les gens renoncer à saint Travolta, remettre une majuscule à dieu, revenir à la peur de la mort et de la fin des temps, comme au Moyen-Age. 

Ceux qui ne le feront pas seront condamnés, tels Prométhée, à contempler avec un effroi sans cesse renouvelé l'aporie du système mondial... une dystopie à la Kafka, puissance Wikipedia, exposant Wikileaks. 

Les mythes de ma jeunesse sont détruits par la nouvelle vague. Le réel décrit par Toffler a définitivement désenchanté le monde de Spielberg et s'offre à tous dans toute son horreur sur Internet.   

Le capitalisme global, qui soumet l’homme à la machine, accomplit la dystopie annoncée dans Matrix, et viole quotidiennement sous nos yeux les lois d’Asimov sur la robotique, selon lesquelles un robot ne peut pas faire de mal à un être humain...

La réalité a dépassé la fiction, apocalyptiquement elle dévoile la nudité de la catin politique sur le dragon de la banque.

Une épreuve qui pourra entraîner l'homme raisonnable dans un délire paranoïde (théories de la conspiration et autres) ou le confronter à un banal et cruel constat d'incompétence de nos élites.
Dans un système centralisé informatisé et mondial placé sous le contrôle de la finance, le monde ne changera plus, si ce n’est en pire, parce que le capitalisme global lui a enlevé tout son sens.



Nowhere to run, babe


Depuis la terre promise jusqu’à la face cachée de la lune, il a toujours fallu un ailleurs à l’homme au travail pour qu’il accepte sa condition. Et l'information est en train de tuer l'ailleurs...


Plus de Jungle Amazonienne, juste des réserves de ressources naturelles, plus de territoires à conquérir, autrefois hors de portée de l’état, découverts en pirogue et en ponts de liane, ils sont désormais à portée de téléphone, de satellite ou de drone.


Même le porno était plus trangressif sous De Gaulle. Après trente ans de kits en bois aux noms en “ull”, le catalogue Ikea ne fait plus bander personne, et les derniers paradis sont fiscaux.


Régressivement, alors que la gigantesque tondeuse à scalper les forêts émascule les derniers indiens de la terre, alors que nos belles campagnes se transforment en usine à malbouffe, de l’ailleurs il n’en reste que de moins en moins.

Imaginez-vous ce que ce doit être de se faire arracher à sa terre, à ses traditions, à son identité, sans espoir de retour. Eh bien ça ne concerne pas que les indiens, figurez-vous... 

Avec la globalisation, le système financier mondial et la disparition des nations, c'est cette horreur-là que nous sommes en train de nous imposer collectivement, à l'échelle mondiale, en faisant de la planète chaque jour un monde moins hospitalier, moins naturel, moins mystérieux, dénué de mémoire, de traditions et de racines...

Si on laisse faire la machine, les petits-bourgeois démocrates occidentaux cultivés, travailleurs et attachés à leur vie culturelle seront les indiens du 21e siècle.

Moi je dis : la pétacrise guette au coin de la rue le citoyen lambda, qui va bientôt gerber, avec  l'intégrale de Claude François en guise d'after eight fatal, toute cette nostalgie ‘80 de merde qui, faute de projet collectif intelligent, nous tient lieu de paradis perdu.




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mercredi 4 janvier 2012

Le Monde : on se paie 600 fois votre tête



" Pourquoi faut-il que les Etats payent 600 fois plus que les banques ? " Sous ce titre fracassant, le quotidien Le Monde vient de faire sensation dans la francophonie inquiète, se fendant d'un éditorial flamboyant contre les grands financiers.

Dans un texte bref, direct et édifiant, le très digne Michel Rocard, assisté d'un économiste distingué, pourfend en trois mots l'usure à deux vitesses que les Etats d'Europe acceptent sans révolte depuis vingt ans, et qui saigne les finances publiques aux quatre veines, au profit unique des banques d'investissement. 

Mes amis, que les apories du kung-foutre mondial commencent à ébranler dans leurs certitudes socio-démocrates les plus ancrées, m'ont tous balancé l'article, je l'ai donc lu. Morceaux choisis et autopsie :
"[...] Est-il normal que, en cas de crise, les banques privées, qui se financent habituellement à 1 % auprès des banques centrales, puissent bénéficier de taux à 0,01 %, mais que, en cas de crise, certains Etats soient obligés au contraire de payer des taux 600 ou 800 fois plus élevés ?
'Etre gouverné par l'argent organisé est aussi dangereux que par le crime organisé', affirmait Roosevelt. Il avait raison. Nous sommes en train de vivre une crise du capitalisme dérégulé qui peut être suicidaire pour notre civilisation. [...]

Il faut en finir avec le deux poids, deux mesures : en nous inspirant de ce qu'a fait la banque centrale américaine pour sauver le système financier, nous proposons que la "vieille dette" de nos Etats puisse être refinancée à des taux proches de 0 %. [...]

L'urgence est d'envoyer aux peuples un signal très clair : l'Europe n'est pas aux mains des lobbies financiers. Elle est au service des citoyens."

[Le Monde du 2 janvier 2012 : Pourquoi faut-il que les Etats payent 600 fois plus que les banques ?]
Et vive Michel Rocard ! Enfin un vrai socialiste, qui met des vrais mots sur le vrai scandale. Soulagement général sur les bancs mondiaux de la gauche francophone attaqueuse, atterrée, indignée (biffez les mentions inutiles).

"L'Europe au service des citoyens" Il y a encore des politiciens qui nous comprennent. On a tellement envie d'y croire qu'on culpabiliserait presque d'en avoir douté. On aurait presque envie de pleurer...

Eh bien moi il me fait presque rigoler Michel Rocard, avec ses larmes de dinosaure, le gars qui vient parler de l'iceberg deux ans après l'impact. Où il était, ce Rocard, de 2008 à 2009, et qu'est-ce qu'il a dit? Allons donc voir ça sur le Net...

Le 10 septembre 2008, à la veille de la crise financière, il soutient publiquement Delanoë et en profite pour pousser un commentaire rageur sur la situation mondiale des économies :

" [...] En 2012, les Français ne choisiront pas le plus habile manœuvrier d'entre nous, mais se détermineront sur le contrat économique et social que nous leur proposerons, et sur l'authenticité de notre comportement.

Il faut, pour cela, qu'un certain nombre de conditions soient réunies, et vite. D'abord, parler vrai. Ne pas cacher la gravité de notre situation économique et sociale, regarder le monde tel qu'il est, de plus en plus dangereux et instable, y compris à nos portes. Prendre conscience de l'immense fracture qui continue d'exister entre ceux qui s'appauvrissent et ceux qui s'enrichissent au sein de chaque nation et entre les nations.

Ne pas, pour des hommes et des femmes de gauche, se voiler la face devant un capitalisme en mutation, en permanente dilatation, de moins en moins industriel, de plus en plus financier. Bref, un capitalisme qui crée les conditions d'une très grave crise économique, écologique et humaine. [...]"

[Le Monde du 10 septembre 2008 : Michel Rocard et ses proches s'engagent en faveur de Bertrand Delanoë]

...Mon Dieu, un socialiste contre les banques, un politicien cohérent ! Pas étonnant qu'il se soit fâché avec Mitterand.  Et le voici dix jours plus tôt, au Congrès du Parti, à La Rochelle, qui regrettait d'avoir troqué la Banque de France contre la BCE :
[...] Il ne peut y avoir de création de richesses sans anticipation monétaire", a dit en substance Michel Rocard, soulignant que les critères de Maastricht nous ont poussé vers une économie extrêmement malthusienne.

"Nous n’aurions pas du céder nos instruments d’intervention dans l’économie, a dit l'ancien Premier Ministre, nous n’aurions pas du céder sur la Banque de France qui permettait à l’Etat d’émettre du crédit, alors qu’aujourd’hui il est contraint de l’emprunter aux banques privées…"

Michel Rocard a battu sa propre coulpe sur cette question où lui-même avait joué un rôle à l’époque, soulignant qu’il avait alors considéré que la création de l’euro, face au dollar, valait bien ce compromis et que l’Allemagne, de toutes façons, n’aurait jamais accepté de concessions sur l’indépendance de l’institut d’émission.

[Solidarité et Progrès : Michel Rocard : nous n’aurions jamais dû céder sur la Banque de France]
...Damned, un politicien intègre ! un politicien qui avoue ses erreurs. Pas étonnant que Mitterand l'ait viré...


Les habits neufs du Grand Emprunt

Intègre, Rocard? oui, au point d'accepter, pour "financer l'avenir de la France", de présider en 2009, aux côtés de Alain Juppé, à la mise en place du "Grand Emprunt" du petit président. 

Pour la fine bouche, voici comment Rocard se justifiait à l'époque dans les colonnes du Monde, de coucher avec la Sarkozie :
" [...] C'est le monde entier que la crise bancaire financière et économique en cours a affecté d'une augmentation spectaculaire et dangereuse de l'endettement. Quelques pays sont en faillite pure et simple, Hongrie, Lettonie, Islande. Les Etats-Unis portent une dette ahurissante (37 trillions de dollars) mais c'est moins grave pour eux que pour d'autres, aussi longtemps que le dollar restera la monnaie du monde, à cela près que justement leur dette met en cause ce règne du dollar.

Aux limites de l'étranglement sont aussi l'Angleterre, l'Irlande, l'Espagne, l'Italie et la Belgique et quelques autres. Les deux pays qui ont le moins mal résisté sont la France et l'Allemagne, même si leur dette à toutes deux est en train d'approcher 80 % du PNB, ce qui est énorme, dangereux, mais moins que la moyenne. Nos deux Trésors publics restent notés AAA, sans annonce de modification prochaine comme ce vient d'être le cas pour l'Angleterre. 

C'est justement cette situation comparative qui laisse à la France la marge de liberté de se poser la question de savoir s'il n'y a pas encore plus d'urgence à renforcer nos positions pour l'avenir, du moment que l'augmentation annuelle de notre dette est acceptable par les marchés. L'emprunt en représente 12 % ; les opérateurs considèrent ce niveau comme acceptable, précisément.  [...] "

[ Le Monde du 13 décembre 2009 via : Social-Liberal : Grand emprunt: Rocard répond au Monde ]
Rocard, Juppé, Sarkozy ça va ensemble? ben oui, expliquent les vrais gauchistes du 'Nouveau Parti Anticapitaliste' : quand il s'agit d'offrir 188 milliards d'argent public au secteur privé, Michel n'y va pas avec le dos de la cuiller :
Il y a eu beaucoup de critiques, dans les médias et dans la classe politique, mais la grande majorité d’entre elles porte sur l’ampleur des déficits que cet emprunt va encore creuser et sur la nécessité de réduire, de comprimer… les dépenses publiques, d’accentuer les politiques d’austérité, de supprimer un plus grand nombre de postes de fonctionnaires, de sabrer encore dans les régimes de retraite. Le Medef et le gouvernement sont les premiers à le dire.
[...] 

Les milliards du grand emprunt seront principalement consacrés à la recherche et au développement de «technologies d’avenir», dépenses parmi celles qui coûtent le plus cher aux entreprises sans assurance de rentabilité immédiate. Mais l’État va les prendre à sa charge sans exercer aucune contrainte en contrepartie.

Deux à trois milliards pourraient ainsi être utilisés pour construire un réseau à très haut débit en fibre optique dans les zones moyennement ou peu peuplées du pays. Un investissement lourd que l’État assurera en confiant la réalisation aux industriels du secteur, auxquels il offre par la même occasion un marché énorme. 800 millions sont réclamés par Airbus pour financer les recherches en matière de « transports d’avenir ».

Les 16 milliards qui seraient consacrés aux universités et à la recherche – encore un vœu du Medef –, s’inscrivent dans le cadre des réformes qui renforcent les partenariats entre le privé et le public, la constitution de campus d’excellence, toutes choses qui conduisent à la privatisation de l’enseignement supérieur et de la recherche.

[Nouveau Parti Anticapitaliste : Grand Emprunt : aux riches pour donner aux riches]
Donc voilà, Rocard a présidé au financement gratuit, par le secteur public, des investissements du secteur privé en France (ne pas lire 'du secteur privé Français', car les titres sont ajourd'hui dilués dans des banques internationales et des fonds de placement globalisés...).

Mon Dieu, mais ce Rocard est un vrai salopard ! pas étonnant finalement, qu'il se soit fait engager par Mitterand Industries quand Tonton mettait en place l'austérité et engouffrait la France dans la machine Europe...
  

Mais enfin, me direz-vous, plutôt que de financer gratuitement le secteur privé, pourquoi l'Etat, représenté par le citoyen Rocard, n'échangerait-t-il pas plutôt cet investissement contre des participations dans ces mêmes entreprises? Parce que le financement public gratuit c'est ce qui rapporte le plus aux actionnaires de ces entreprises et que l'Etat travaille à leur service.

Et donc, quand le même Rocard s'indigne dans le Monde sur le thème "Pourquoi faut-il que les Etats payent 600 fois plus que les banques ?" il connaît très bien la réponse : "Parce que le financement public gratuit c'est ce qui rapporte le plus aux actionnaires de ces banques et que l'Etat travaille à leur service".


Vers le puits sans fond des 0%

Et donc vous croyez ça un seul instant, vous, que Michel Rocard ce reptile antique et véreux, a l'intention de soustraire l'Europe à l'influence des banques? Non non non, il va faire comme son pote Kermitterand : faire mine de nous mener hors de l'enclos pour nous mener à l'abattoir. 

Suivez-moi bien : avec les 0% d'intérêt qu'il prétend réclamer aux banquiers tout en citant Roosevelt, Rocard va organiser notre soumission définitive aux banques et faire passer cet acte ignoble pour une grande victoire populaire.

Le grand piège Eurocratique va définitivement se refermer sur les citoyens : la dette va être globalisée entre tous les états d'Europe. Globalisée à 0%, mais globalisée et dès lors devenir inattaquable. Les petites dettes des états européens, négociables et révocables taxées à 8% seront remplacées par une immense dette, certes taxée à 0%, mais qui ne sera plus ni négociable ni révocable. 

Elle sera gérée à Bruxelles, place du Luxembourg, dans le camembert métallique de Dark Vader, hors portée de votre citoyenneté...



Le Monde se paie 600 fois votre tête. Le 0% Rocard est un puits sans fond où  nous abdiquerons définitivement notre souveraineté, au prétexte de réduire le taux d'intérêt d'emprunts dont nous n'avons même pas touché le versement.  

En effet, l'argent emprunté par l'Etat sert, au travers du Grand Emprunt et de ses multiples avatars dans toute l'Europe, à financer les entreprises...


Rocard, ceinture noire de Kung-Foutre.

Menteur public professionnel de haute volée, sicaire des banquiers drapé dans les oripeaux vertueux du socialisme, oncle Michel regrette publiquement la disparition de la Banque de France et entend mettre la BCE au service du peuple, par la seule grâce de sa voix tribune, dans la section 'idées' d'un quotidien démocrate de grande diffusion...un voeu pieu.

Avec cet éditorial, Rocardosaure est hors compétition : ce n'est plus une déclaration politique, c'est un Triple Axel de tapinage artisique.

Vive la dette européenne à 0%, vive la Banque de France, vive de Gaulle, vive Bonaparte, mort aux vilain banquiers et passez par ici à la caisse messieurs les entrepreneurs, on va vous financer votre recherche et dévelopement à hauteur de 188 milliards d'euro, rubis sur l'oncle Michel, vive le Grand Emprunt !

En tirant les sonnettes d'alarme après le passage du train, Jurassic Rocard vient de prendre la pole position au classement mondial du Kung-Foutre avec la figure du voeu pieu, version curieusement inversée de la figure du fait accompli.
Pour les nouveaux arrivés sur ce blog, voir ici les figures de base et les règles du jeu : [La Crise pour les Nuls : Le choc du kung-foutre : discours économique et manipulation].  
Rocard part en campagne contre des faits prescrits (les taux accordés aux banques), réclame ce qui devra de toute manière être concédé (la BCE devra obligatoirement renégocier les dettes européennes) et exploite les peurs du  peuple bêlant après son fric (pension chômage, économie) pour mieux l'amener à la boucherie finale (abandon des souverainetés économiques) où là on pourra relancer, tranquilou, la fatale mécanique de l'endettement.

Voilà pour le moyen terme. Là, à court terme, après l'Espagne, les USA, la Grêce et la Belgique, je me demande si on ne va pas encore une fois nous infliger un socialiste au pouvoir en France juste au moment de la tonte sociale et de la castration politique, histoire de mieux faire passer la pilule.

Quoi de plus pratique, en effet, pour définitivement précipiter la France dans l'Euroreich, qu'un Premier Ministre Hollande, subtilement coopté dans un gouvernement Sarkozy II d'Union Nationale, décrété dans l'urgence pour faire face à quelques coups de boutoir placés au bon moment par nos bienveillantes agences de notation?

Si la démocratie est la vaseline du capitalisme, les socio-démocrates sont certainement les plus visqueux des politiciens. Hollande mettrait un peu d'huile dans les rouages du projet Merkozyste et de ses eurobonds et, au passage, un peu de bromure dans le calbuth des travailleurs...


Dans son cimetière de Jarnac, ce joli toponyme qui résonne d'outre-tombe comme un ultime pied de nez Mitterandien, la prostate de Tonton doit se retourner sept fois dans sa tombe de jalousie.  Venenum quasi in cauda...


C'est pas tout ça, il faut que j'aille manger... mais quand même, encore une marrante pour la route, ramassée sur un blog d'inquiété : “Le Prix Nobel d’Economie 2008 est décerné à Madame Bruchon qui a gardé ses économies”. Qui a dit que les gauchistes ne savaient pas rigoler?




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vendredi 9 décembre 2011

Sortir l'Europe de la crise

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Revoici la crise, et le peuple a peur. Alors que les cabinets ministériels font des coupes sombres dans le budget et sabrent dans le social sur l'autel de la compétitivité, la rue réclame plus de pensions, moins d'impôts, et elle n'a pas vraiment tort.

Mais elle n'a pas raison pour si peu. La rue, qui écoute son estomac sans réfléchir, se plaint du symptôme sans comprendre la cause. Elle ignore, ou bien elle refuse de voir, l'essentiel : pour les élites de notre technocratie mondiale, richesse et pauvreté sont un moyen, pas une fin.

Non, les riches n'utilisent pas le pouvoir pour augmenter leurs richesses. A l'inverse, ce sont les puissants qui engendrent la pauvreté pour se maintenir au pouvoir.


L'argent, paravent du pouvoir en place 

En réduisant les conflits sociaux à leur seule dimension économique, les discours médiatique et politique masquent la nature réelle des intentions des puissants, qui n'est pas simplement d'être riches, mais avant tout de nous rendre pauvres pour garder le contrôle exclusif des affaires du monde.

La doctrine du FMI est la doxa qui sert de fil conducteur à cette ignominie. Elle sert à justifier l'injustice au nom de règles qui sont soi-disant édictées pour garantir le progrès, mais qui sont en fait totalement régressives : nos droits et notre pouvoir d'achat étaient plus étendus en Belgique en 1970 qu'aujourd'hui et je suis pessimiste pour les vingt ans à venir.

Tous les partis modérés d'Europe, y compris les socialistes, les libéraux et les écologistes, adhèrent à cette doctrine. Les politiciens en place en haut de l'échelle refusent de coopter ceux qui mettent sérieusement cette doctrine en cause. C'est ce que j'appelle la "Convergence", qui est d'ailleurs le terme utilisé dans l'Union Européenne par les tenants de la doctrine eux-mêmes (mais ils ne considèrent pas ce terme comme péjoratif ...)

L'avantage de la Convergence autour d'une Pensée Unique c'est qu'elle permet de faire du filtrage par cooptation : les nouveaux venus n'accèdent au pouvoir que si ils adhèrent à la doctrine. Il n'y a dès lors plus besoin de comploter pour assurer le maintien du pouvoir en place et de l'injustice permanente. Il suffit de s'entendre sur les grandes lignes, à l'échelle mondiale, et après ça roule tout seul.

La Convergence a l'avantage de permettre la 'sélection naturelle' de manipulateurs comme Reynders (Libéral) Javaux (Ecolo) Maystadt (Centriste) et Di Rupo (je devrais écrire 'Socialiste' mais c'est là un terrible  abus de langage et une honte sans nom pour le socialisme historique). Tous sont vendus à la Pensée Unique, au détriment des vrais progressistes dans les rangs des mêmes partis

(Les performances de tous ces braves garçons, sont décrites dans nos articles précédents sub verbo 'kung-foutre', articles où nous relevons parcimonieusement les contradictions les plus évidentes dans leurs discours au long de la crise bancaire de 2008).


De la crise comme système

Le premier job des menteurs publics professionnels (entendre 'hommes politiques') est de nous faire croire que les efforts budgétaires vont sortir le système de la crise. Rien n'est plus faux.

Qu'on prenne en considération l'Argentine : en 2002, le système de la dette publique et la doctrine du FMI ont fini par la mettre à genoux [Wikipedia : Argentine economic crisis (1999–2002) : Criticism of the IMF]. L'Europe est aujourd'hui tout simplement sur le même chemin.

On ne peut pas sortir le système de la crise, car le système c'est la crise, et la crise c'est le système :  le nouvel ordre économique mondial est organisé de sorte que chacun soit trop occupé à défendre son steak pour lever la tête de sa mangeoire et demander à la cantonade "mais où diantre allons-nous, frêres humains?"

Le second job de ceux qu'on appelle 'hommes politiques' (entendre : 'mercenaires médiatiques du pouvoir') est de faire semblant de se disputer à la télé pour vous faire croire qu'il y a un débat de fond, et que Reynders représente une réelle alternative à Di Rupo.

Or voici l'atterrante vérité : la gauche et la droite roulent en fait pour la même cause, celle de la Convergence, et mettent en avant les détails du débat (un milliard en plus ou en moins, la légitimité du chômage, le port du voile à l'école, Bart de Wever, et autres clowneries) en sorte qu'on ne pose surtout pas les vraies questions, celles liées à la souveraineté du peuple, au pouvoir des élites et aux objectifs de fond de notre société.

Lisez donc les textes du FMI. La doctrine économique communément acceptée valide la violence au nom de la paix, l'abus au nom de la justice, le corporatisme au nom de la démocratie. C'est de la perversion pure et simple. Le Fonds Monétaire International joue à notre époque le rôle que la Très Sainte Inquisition jouait au quinzième siècle, garantissant l'absolution morale et sociale à tous les criminels en col blanc, imprimant à l'échelle globale un vaste mouvement de régression sociale. Tout le bordel médiévalement foutu au nom de Dieu, on nous le refout aujourd'hui au nom du Progrès !

Le plus dégoûtant dans toute cette pantalonnade esclavagiste, c'est qu'on fait passer le candidat du peuple au moment le plus difficile, afin que nous demeurions médusés en voyant Obama refinancer AIG (oh le vendu !), Di Rupo proclamer l'austérité (ah le salaud !), ou encore Zapatero faire passer la réduction du budget dans la Constitution Espagnole (ouh le traître !). En voilà de jolis gauchistes, qui tirent sur le peuple.

Pour ceux qui comme moi ont eu vingt ans dans les années 80 et ont vécu l'anomalie des trente glorieuse (ces années où l'Europe a connu à la fois prospérité et démocratie participative), la Convergence est une aberration intellectuelle et sociale. Elle maintient le statu quo et réprime violemment toutes les divergences. C'est le règne de la pensée unique, avec ce qu'elle a de plus cyclopéen et, il est temps qu'on le dise, de plus con.


Bienvenue dans l'âge con

Moi, j'ai grandi à l'époque de l'éducation permanente et des comités de quartier. Désolé, mais vous ne m'aurez pas avec votre démocratie RTL + Thomas & Piron, qui réduit le contrat social au Progrès, et le progrès à l'Economie. On ne résume pas un projet de société à son budget.

Et beaucoup de penseurs s'y trompent, surtout à gauche. Trop nombreuses sont les tentative pour donner plus de liberté au peuple qui par ailleurs réduisent le champ du conflit la seule dimension économique.

Les auteurs comme Habermas, Jorion, Stiegler, Ziegler (à la grosse louche, hein, ils sont bien sûr pas tous pareils, loin de là), qui pensent que la source du conflit est économique et que la solution sera économique, sont à mes yeux des idéalistes, qui feraient bien de relire Marx, Nietzche et Machiavel.

Tant que le peuple se borne à réclamer de l'argent, non seulement il n'en recevra pas, mais en plus le pouvoir en place aura la garantie que rien ne change. Que je sache, on n'a jamais vu un mouton devenir un loup en mangeant plus d'herbe...

Pour résoudre l'équation, il faut commencer par poser le problème :  comment gouverner démocratiquement une société de 7 milliards d'êtres humains, et bientôt plus. En un mot, comment gérer l'homme, qui depuis "2001, L'Odyssée de l'Espace", fracasse le crâne de ses semblables à coups de tibia de buffle?

Imaginez 7 milliards de sauvages. C'est grosso modo là qu'on en est. Vertige. La tentation est grande de les monter les uns contre les autres par un faux débat Nord/Sud, Gauche-Droite ou Flamands-Wallons, et de les maintenir dans l'ignorance, la misère, ou le Prozac.

Nos élites y ont succombé, et achèvent en ce moment même de faire de nous des moutons. Mais ne nous y trompons pas : les politiciens délétères ne sont que les chiens des berger, leurs maîtres qui nous transhument dans la promesse de lendemains qui chantent, nous menant à la tonte ou à l'abattoir, se baladent dans les couloirs du FMI avec leurs doctrines perverses et leurs jeux de domination débiles, qu'on n'accepterait même plus au Carlton de Lille :

Comme d'autres élites qui les ont précédés, ils n'hésiteront probablement pas non plus à résoudre le problème de la surpopulation par la guerre ou par le contrôle arbitraire des naissances.

Dans les manuels d'histoire du 22e siècle,  on parlera assurément de la période 1995-2015 comme on parle aujourd'hui du haut moyen-âge : une période sombre, dure, violente, régressive. Mais nous n'avons pas l'excuse des Francs ou des Wisigoth, qui ne disposaient pas d'Internet et n'avaient pas eu l'occasion d'étudier l'Anschluss au cours d'histoire.

Laissez-moi vous le dire, nous vivons aujourd’hui à l'âge de la connerie. Au nom de nos intelligences il nous appartient à tous que cette époque opaque ne dure pas un siècle entier.




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mardi 4 octobre 2011

Dexia, Elio, DSK, même combat.

En guise de piqûre de rappel, je soumets à nouveau à votre sagacité, deux de nos vieux articles de 2008-2009 :
DSK : "le pire est passé, mais il va repasser." Elio : "le pire, c'est moi !" [La Crise Pour les Nuls] : En 2009, Di Rupo est au conseil d'administration de Dexia depuis quelques lurettes et s'est bien gardé de tirer le signal d'alarme....

Maystadt : "On n'est peut-être pas au bout de ce qu'on doit découvrir chez Fortis ou chez Dexia." [La Crise Pour les Nuls] : Philippe Maystadt nous explique qu'il a vu venir la crise et qu'il n'a rien fait!
C'est marrant comme le temps rend finalement acceptable cette prose naguère excessivement vindicative. Pas de quoi se réjouir...

mercredi 20 juillet 2011

Le vrai hack de Murdoch



Le Daily Mail vient d'écrire un article un peu malin qui prend toute la mesure de l'affaire Murdoch, à l'aune de la crise financière : [REAL scandal MPs ignore: As Murdoch grilling turns into farce, bankers get
£14bn bonuses and IMF warns of euro meltdown
[Daily Mail]

Nous avons donc en Angleterre des collègues intéréssants, observateurs avertis du kung-foutre dans lequel on fait mariner l'opinion publique... [La Crise pour les Nuls : "Le choc du kung-foutre"]

mardi 4 mai 2010

jeudi 1 avril 2010

La Burqa Neuve de l'Empereur


Quand Serge Halimi fait sa petite retape pour le Monde Diplo , il lâche parfois un truc intéréssant (merci @ Gupe) :

Au lieu de subordonner son sauvetage des banques en perdition à une prise de participation dans leur capital, laquelle ensuite aurait pu être revendue avec un joli bénéfice, le gouvernement français a préféré leur consentir un prêt à des conditions inespérées… pour elles. Vingt milliards d’euros de gagnés pour leurs actionnaires, c’est presque autant que le déficit de la Sécurité sociale l’an dernier (22 milliards d’euros). Et quarante fois le montant de l’économie annuelle réalisée par l’Etat lorsqu’il ne remplace qu’un fonctionnaire partant à la retraite sur deux.

Le rétablissement électoral du Front national, et plus généralement de l’extrême droite en Europe, n’est pas tout à fait étranger à cette distribution de l’attention publique entre la poutre des polémiques subalternes qu’on enflamme et la paille des sujets prioritaires dont on prétend qu’ils sont trop compliqués pour le commun des mortels. Le fiasco des élections régionales derrière lui, M. Nicolas Sarkozy va s’attaquer à la « réforme des retraites ». L’enjeu social et financier étant considérable, on sait déjà que le gouvernement français s’emploiera à distraire la galerie en relançant le « débat sur la burqa ».

Jolie leçon de kung-foutre... la suite ici : [Le monde diplo version promotionelle : "Burqa bla-bla"]

samedi 26 septembre 2009

Déflation record aux Etats-Unis

On nous cache tout, on nous dit rien... heureusement nos amis du Back Office sont là, qui veillent au grain dans l'ombre.



Salut Michelange,

La preuve que les US sont en deflation dans ce graphique (consumer price index US d'annee en annee en %) : nous sommes actuellement a -2.1%



Comme tu peux le voir ce n'est plus arrive depuis 1949 et ce n'est pas encore fini...


Merci une fois de plus à nos amis du Back Office.

Quant aux banquiers et aux politiciens, je vous invite à les convier d'urgence collectivement à arrêter immédiatement tout ce kung-foutre...



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jeudi 24 septembre 2009

Quand les banquiers sifflent dans le noir pour se rassurer...

...Richard Anthony voit venir le train de licenciements. Le 21 septembre, le Financial Times, qu'on ne pourra pas taxer de gazette de gauche, mettait en exergue la fragilité du système bancaire, à la recherche de 1.500 milliards de dollars de recapitalisation. Devons-nous nous attendre à la seconde vague du credit crunch? La plume nuancée de Tony Jackson a largement mérité notre traduction maison...

Les problèmes des banques sont peut-être plus graves qu’on ne se l'imagine
[Financial Times 21 septembre : "Maybe the banks are in worse trouble than we realise", par Tony Jackson]

Ca me fait du mal de devoir le dire, mais peut-être que nous nous trompons complètement sur le compte des banques. Certains disent que les financiers reviennent à leurs vieilles mauvaises habitudes et qu'il faut leur imposer des mesures de rétorsion - la première et la plus concrète consistant à revoir à la hausse les exigences de capitalisation.

Toutefois leurs problèmes sont peut-être plus graves qu’on ne le croit. Peut-être que certaines de leurs fautes les plus flagrantes, telle que les énormes primes d'engagement, constituent en fait une action défensive contre la crise du crédit qui arrive. Auquel cas, lutter maintenant contre elles au moyen d’exigences de recapitalisation pourrait ne faire que soulager nos bonnes consciences, aux dépens de nos finances.

Et il est indubitable que de telles exigences sont à l’ordre du jour. En effet, le Conseil sur la Stabilité Financière – représentant les ministères des finances ainsi que les banques centrales mondiaux – a précisé la semaine dernière que c'était là leur priorité.

Afin d’illustrer les risques en jeu, référons-nous à une analyse récente émanant de Institutional Risk Analyst, société américaine de consultance bancaire. Celle-ci classe les banques américaines en fonction de leur niveau d’effort allant de A à F. Le montant, incontournable, des actifs totaux des banques de niveau F – celles qui sont le plus proches du gouffre – est de $4,458bn.

Si ces banques se situent en dessous de ce montant, les coûts de réparation de leur déposants tomberont sur les autres banques américaines, conformément aux règles du Deposit Insurance Fund.

Ainsi que le fait remarquer IRA, "avant que le G20 n’aborde la question de l’augmentation du niveau des capitaux des banques, il nous faut trouver un moyen – et vite – pour stabiliser la base des capitaux existants de l’industrie bancaire".

Rappelons que les sommes nécessaires à la recapitalisation en bonne et dûe forme des banques sont colossales - non seulement à cause des pertes qu’elles ont encouru lors du crash, mais aussi parce qu’elles avaient réduit leurs capitaux propres de façon désastreuse durant les « années de bulle ».

Afin d’effectuer le travail correctement, nous aurions besoin de restaurer les capitalisations sur base des niveaux qu’elles avaient au milieu des années 90. Il y a six mois, le Fonds Monétaire International a fixé le coût pour les banques américaines, européennes et britanniques à $1,700bn (£1,044bn).

Depuis lors, selon Dealogic, ces banques ont levé $135bn en capitaux propres, nous pouvons dès lors ramener le chiffre nécessaire à $1,565bn. Mais le fait que moins d’un dixième de la somme ait été atteint n’est pas des plus rassurant...

Ces six derniers mois, rappelez-vous, ont vu les actions du secteur bancaire grimper en flêche, rendant ainsi les investisseurs plus disposés à payer. Et quelques levées de fonds ont également bénéficié d'aides du gouvernement.

Durant cette période, la valeur marchande globale des banques a plus que doublé, de $1,068m à $2,420bn. Toutefois cela leur laisse encore la possibilité d’atteindre une somme égale aux deux tiers de sa valeur de marché. On dirait qu'on a atteint la limite – spécialement depuis le dernier aperçu de Merrill Lynch témoignant du plus important des consensus, parmi les managers de fonds globaux pour les sept dernières années, selon lequel les actions du secteur bancaire sont actuellement surévaluées.

Pour nous tous, ces résultats pourraient avoir des effets pervers, voire fâcheux. Si les banques savent qu’il leur sera exigé d’augmenter leur capitalisation - et si elles prévoient qu’elles ne pourront pas augmenter leurs capitaux propres – elles disposent d'une seule réponse logique. Elles doivent rétrécir leur base d'actifs – ce qui signifie qu’indirectement elles devront réduire les prêts qu'elles octroient.

Ceci intervient à un moment où les méthodes alternatives de prêt sont toujours en déroute. Les emprunts-titres, par exemple, correspondent à moins de la moitié du sommet atteint en période de pré-crise, étant donné que les banques reviennent à l’intérieur des frontières nationales.

Plus important, le prêt titrisé fonctionne également à environ la moitié des niveaux de pré-crise. Cela signifie que près de $2,000bn de crédit, la plupart du temps fourni non par des banques mais plutôt par des institutions d’investissement, ont été retirés du système.

Malgré les mesures d’urgence prises par les gouvernements afin de pallier à cette situation, la situation ne présage rien de bon. Une large part des demandes a disparu pour de bon, sous forme de véhicules hors bilan tels que des véhicules de financement spéciaux.

Et les nouveaux preneurs se comptent sur les doigts de la main. Les prêts titrisés sont, par nature, des structures complexes, et leur raison d'être était d’offrir des tranches cotées triple A que les investisseurs institutionnels pourraient acquérir. Cela réclame une confiance absolue dans les agences de cotation. Aujourd’hui que cette foi est sérieusement ébranlée, qui d'autre voudrait bien aller mettre son nez dans ce genre de bourbier?

D’autres sources traditionnelles de placement pour les banques elles-mêmes – les marchés de vente en gros, par exemple – se trouvent encore affaiblis. Les marchés obligataires constituent une exception, mais seulement jusqu'à un certain point. Les chiffres de Dealogic démontrent que l’année dernière, les émissions obligataires des banques ont baissé – malgré l’aide du gouvernement – de 14 pour cent par rapport aux niveaux de pré-crise d’il y a deux ans. Les obligations émises par des corporations non financières, entre-temps, ont augmenté de 44 pour cent.

La position des gouvernements dans tout cela n’est pas enviable. Ceux-cis sont certainement conscients des dangers. Mais étant donné le pouvoir immense du lobby bancaire dans le monde entier, chaque gouvernement saura aussi que pour obliger les banques à la recapitalisation – comme cela est certainement nécessaire – il doit exploiter le ressentiment populaire tant qu’il en est encore temps.

Comme pour beaucoup d'autres choses dans crise, tout est dans le timing. Mais nous devrions veiller à ne pas prendre l’apparente satisfaction des banquiers pour argent comptant! Ils sont peut-être juste seuls dans le noir, en train de siffler pour se rassurer.

tony.jackson@ft.com

mercredi 16 septembre 2009

Grippe intellectuelle dans le milieu bancaire.

J'ai passé la journée à lire la presse financière. L'inventeur du vaccin contre la connerie tient visiblement à garder la formule pour lui. Les trois nouveaux cas ci-dessous, observés la même semaine dans diverses institutions, sont révélateurs de la gravité de la pandémie de grippe intellectuelle qui sévit toujours aussi fort dans les banques et dans les ministères.


Exemple 1 : sujet sain, développant des anticorps en suffisance :
Lors de son allocution à la Sibos conference de Hong Kong hier, William White, ancien chief economist de la BRI (Banque des Règlements Internationaux), a également mis en garde contre l'action des gouvernements, qui, en déployant des solutions économiques à court terme, pourraient avoir mis en place la prochaine crise.

"Est-ce qu'on va vers une récession en W? C'est presque certain. Est-ce qu'on va vers un L? Je ne serais surpris en rien," a-t-il déclaré, se référant au risque d'une "double-dip recession" ou d'une stagnation prolongée, du type de celle dont le Japon souffrit dans les années 1990.

"La seule chose qui me surprendrait réellement dans la situation actuelle est une reprise rapide et solide."

[Financial Times : "Leading economist fears double-dip recession", traduction maison]

Exemple 2 : trisomie bancaire afteuse stade 4, très contagieux :
"La récession est très probablement terminée à ce stade", a déclaré le président de la Fed, lors d'une conférence à la Brooking Institution de Washington, un an jour pour jour après le début de la panique financière provoquée par la faillite de la banque Lehman Brothers.

Le président de la banque centrale américaine (Fed), Ben Bernanke, a estimé mardi que la récession américaine qui a commencé en décembre 2007 étaient désormais "très probablement terminée".

[L'Echo: "La récession US est très probablement terminée"]
Une bonne leçon de kung-foutre...

On remarquera que ce cas est amplifié par le phénomène dit "de l'Echo", en référence au syndrôme qui frappe depuis plusieurs années les collaborateurs du quotidien économique :
Les sujets atteints du "syndrôme de l'Echo", frappés de psitacisme indiscriminant, répètent à l'envi les imbécilité de n'importe quel gouvernement.

Selon des sources anonymes bien informées, ce sont les collaborateurs du Dr. Maeschalck qui seraient les plus gravement atteints.

Exemple 3 : sujets divers au stade terminal :
Entonnée par Laurette Onkelinx au creux de l’été (Le Vif du 14 août : « Les banques paieront aussi la rigueur »), reprise par Didier Reynders à la rentrée des classes (son interview au Soir du 2 septembre : « On peut taxer l’activité financière »), relancée de plus belle par Laurette Onkelinx (dans Le Soir du 3 septembre : « Par ici les banquiers ! »), amplifiée par Elio Di Rupo (Le Soir de lundi : « Se servir des actifs bancaires »)… Ce n’est plus une chanson dans l’air du temps, c’est un tube, et pour le dire poliment : l’on pressent que les institutions financières devront contribuer à l’effort budgétaire.

[Le Soir : "L’Etat lorgne les avoirs bancaires"]
Se posant en chevaliers blancs, les politiciens font mine de se ruer sur des moulins à vent. Ils ont pieusement oublié de rappeler combien ils ont versé aux banques en octobre pour les sortir du trou et combien la veuve et l'orphelin vont payer dans les prochaines années pour rembourser la dette publique creusée par toute cette gabegie.

On remarquera que les symptômes s'accentuent Le Soir venu, et que les sujets délirent : mythomanie, illusion de pouvoir et irresponsabilité, relayés par le premier quotidien francophone de Belgique, sans aucune prophylaxie, même la plus élémentaire.


La taille de l'abscès

Retour sur le triste cas du Sarkoland, dont le népote nabot vient se jeter corps et âme dans la bataille contre les salaires des banquiers, salaires dont il n'est plus à démontrer qu'ils ne sont qu'une minuscule goutte de pus dans l'océan pruritaire de la titrisation.

A ce propos, l'océan des titres pourris a été mesuré. Selon les gauchistes de actindependent.org, il ferait 1,5 quadrillons de dollars (1.500.000.000.000.000), soit 1 million et demi de milliards de dollars!

J'ai calculé : il y a de quoi offrir pendant 10 ans une pension mensuelle de 2.000 € à tout le monde sur la planète. 240.000 € pour ne rien foutre, à tout le monde c'est-à-dire y compris tous les papous, tous les dogons et plus de femmes que vous n'êtes capables d'en imaginer dans vos rêves les plus fous.

Rassurons tout de suite nos amis candidats au chômage volontaire, ce montant n'a jamais rien représenté de réel (ça se saurait: on se torcherait avec de la feuille d'or jusqu'en Ethiopie).

Non non non, tout ce bel argent a juste été imprimé pour que les états et les banques soient une fois pour toutes inféodés aux banques centrales. Les banques qui ont osé résister au mouvement s'appelaient Bear Stearns et Lehman Brothers, et à présent, rien n'arrêtera plus Big Brother...

samedi 11 juillet 2009

L'eté sera chaud : grand sursaut créatif dans les milieux financiers


Eh bien voilà, c'est reparti : avec la plus grande obscénité, les banquiers, les administrations et les gouvernements se préparent à presser le citron de la populace et de l'État, au profit de ces mêmes faux-monnayeurs qui ont nourri la plus spectaculaire crise économique de cette génération.
C'est la "socialisation des pertes" dans toute sa splendeur, c'est-à-dire dans la plus grande impunité, et sous les projecteurs complaisants de la presse spécialisée.
Notes de lecture désabusées, prévoir quelques Xanax, tablettes de chocolat, barrettes de shit ou bacs de bière, selon votre style.


* California unter Alles *

A court de botox financier, Schwarzennator continue sa descente aux enfers. Prise à la gorge par son déficit, la Californie vient d'émettre des I.O.U. notes (assignats au porteur sous format papier) et oblige les employés de l'État à les accepter en paiement.

Méfiantes, les grandes banques d'investissements (toujours les mêmes criminels en cravate : Goldman Sachs, JP Morgan et consorts) ont déjà annoncé qu'elles n'accepteraient pas le dépôt de ces chèques-répit. Conséquence : un marché parallèle se développe sur eBay et Craigslist, où les spéculateurs offrent, aux détenteurs involontaires et anxieux, un rachat à bas prix.

Ce qui amène le Schwarzennland publier une règlementation décourageante, genre qui oblige les éboueurs et les profs de chimie à passer devant notaire s'ils veulent vendre leurs chèques-ripoux.

"Tu vas le bouffer, oui, mon papier pourri?" ...difficile de dire non quand on a pour employeur un androïde célèbre et bodybuildé.

Mais, toujours sur la brèche avec ses conseils adéquats, Mish Sheldock suggère aux américains d'envoyer les vautours se faire voir. Et de rappeler que les citoyens américains viennent de sauver ces mêmes banquiers de la faillite avec les fonds publics, il y a six mois à peine :
Every one of those blood sucking banks was bailed out by taxpayers (California taxpayers too) and now will not take an IOU from the State of California for the citizens of California. This is disgusting.

If you have an IOU that the big banks will not cash, I recommend closing your accounts and putting them someplace that will. Please tell Wells Fargo, Bank of America, JP Morgan, and Citigroup to go to hell.

[Mish's economic analysis : "Tell Wells Fargo, Bank of America, JP Morgan, and Citigroup to Go to Hell"]
On en pense ce qu'on veut, mais moi, dès que j'ai cinq minutes, je vide mes comptes ex-Fortis, juste pour faire comprendre à Prot, à Reynders et à Leterme qu'on ne joue pas comme on veut avec l'argent des contribuables.


* Tes états d'âme, Eric *

Selon Infinite Unknown, la Californie ne fait que précéder d'autres états, dont le budget vacille dangereusement :
“Our wallet is empty, our bank is closed and our credit is dried up”, stated Gov. Arnold Schwarzenegger saying this month that he would veto any budget bill that included new taxes beyond what he had proposed.

In Hawaii, state employees are bracing for furloughs of three days a month over the next two years, the equivalent of a 14 percent pay cut. In Idaho, lawmakers reduced aid to public schools for the first time in recent memory, forcing pay cuts for teachers.

And in California, where a $24 billion deficit for the coming fiscal year is the nation’s worst, Gov. Arnold Schwarzenegger has proposed releasing thousands of prisoners early and closing more than 200 state parks.

Meanwhile, Maine is adding a tax on candy, Wisconsin on oil companies, and Kentucky on alcohol and cellphone ring tones.
[Infinite Unknown : "Budget Crisis: States Turning to Last Resorts"]

* Irreal Estates of America *


Adieu vaches, cochons, couvées : selon le Financial Times de ce vendredi, l'immobilier américain, qui a chuté à présent de 30% en moyenne, pourrait bien se reprendre 14% dans les gencives avant de se stabiliser :
The good news is that in some US regions, prices have already fallen so sharply – often by more 30 per cent – that property is already very affordable, relative to incomes and on a historical basis.

But the bad news is that houses are not yet cheap enough to prevent more price falls. On the contrary, this particular team of analysts thinks that when the problems of excess house inventory and rising unemployment are added into the model, average US house prices will still fall by another 14 per cent in the next few years – on top of the declines seen so far.

[Financial Times : "Insight: US property market central to economy"]

Quand on sait que la capacité d'emprunt desdits ménages dépend de la valeur de leur maisons, et que les pertes d'emploi aux USA continuent de s'accentuer, on a compris que les américains n'ont pas fini de se serrer la ceinture.

Et quand on sait que la consommation des ménages compte pour 70% de l'économie américaine, on peut aisément se figurer que l'Amérique n'est pas prête de se relever.


* Notre notariat note un net dénivelé *

Comme en écho de cette affligeante nouvelle, c'est justement l'Echo qui nous annonce une nette baisse de l'immobilier en Belgique (6% sur les appartements, qui dit mieux?) et prévoit une tendance baissière pour le reste de l'année :
Au cours du premier semestre 2009, les prix de l'immobilier se sont tassés à Bruxelles et dans le Brabant wallon, selon les chiffres collectés par les notaires de ces deux régions [...]

L'activité du secteur devrait être plus soutenue au second semestre, grâce entre autres à la faiblesse des taux d'intérêt et à la maîtrise de l'inflation.

En outre, les prix ne devraient pas repartir à la hausse, l'offre risquant d'augmenter à la suite des vagues de licenciement qui contraignent les propriétaires à vendre leur bien. "Nombreux sont également ceux qui se soucient avant tout de reconstituer leur épargne" [...]
[L'Echo : "Immobilier: baisse des prix à Bruxelles et dans le Brabant wallon"]

En clair, selon nos amis les notaires, les belges seront fauchés dès septembre et le marché restera stationnaire. Ca commence tout doucement à faire un peu Cosette, par chez nous...


* Quand les banquiers font preuve de créativité *

Mais tout n'est pas perdu : dans leurs bureaux de Wall Street, les ingénieurs de la finance ont été frappés cettes semaine par l'éclair du génie : afin de diminuer les coûts du capital induits par les titres pourris, les banksters se remettent à la titrisation.

Deux très grandes banques d'investissement, BarCap et Goldman Sachs, proposent d'émettre des nouveaux contrats d'assurance, qui seront achetés par des investisseurs extérieurs à la banque et garantiront les titres pourris.

Eh oui, vous avez bien compris : ça a la couleur des titres pourris, l'odeur des titres pourris et en gros, contrairement à l'histoire du Canada Dry, ce sont bel et bien des titres pourris.

L'astuce résidant dans le fait que, les anciens titres étant garantis par les nouveaux, ils peuvent être remis en positif au bilan des banques, qui peuvent diminuer en proportion les fonds réglementaires requis par la loi pour équilibrer leur bilan, et libérer à nouveau leur capital.

C'est grossier et un peu con-con, mais ces messieurs sont très sérieux avec leur grosses ficelles bien minables :
Under Goldman's idea, it would sell an insurance product to a bank with a toxic portfolio, effectively shifting the risk of the underlying assets off the balance sheet. The insurance would require far less capital to be carried against it than the original assets.[...]

Some regulators may be wary of the invention of new pooled asset derivatives, especially if they are perceived as a way to avoid regulatory capital requirements.
Some rival bankers also view the schemes with scepticism. "This is a system of capital arbitrage," said one senior banker at another investment bank. "The need for capital just miraculously disappears."

[Financial Times : "Banks reinvent securitisation to cut capital costs"]
Non contents de raffler le beurre, l'argent du beurre, et le sourire de la crémière, les criminels en cravate sont en train de lui extorquer le numéro de téléphone de sa petite soeur... Mais que fait donc la police? Autrefois, elle mettait des PV à ma Berlingo pourrave garée en double file rue du Progrès, mais maintenant même ça, aargh, c'est privatisé!

Pendant ce temps-là, Bloomberg nous raconte comment Morgan Stanley remixe ses obligations d'entreprise mal fagotées en beaux titres consolidés bien frais :
Morgan Stanley plans to repackage a downgraded collateralized debt obligation backed by leveraged loans into new securities with AAA ratings in the first transaction of its kind, said two people familiar with the sale.

Morgan Stanley is selling $87.1 million of securities that it expects to receive top AAA ratings and $42.9 million of notes graded Baa2, the second-lowest investment grade by Moody’s Investors Service, according to marketing documents obtained by Bloomberg News. The bonds were created from Greywolf CLO I Ltd., a CDO arranged in January 2007 by Goldman Sachs Group Inc. and managed by Greywolf Capital Management LP, an investment firm based in Purchase, New York.
Et, pour la bonne bouche, ce petit commentaire technique sur le label 'AAA' :
A lot of banks and insurers “cannot buy anything but AAA,” said Sylvain Raynes, a principal at R&R Consulting in New York and co-author of “Elements of Structured Finance,” which is due to be published in November by Oxford University Press. “You’re manufacturing AAA out of not AAA, therefore allowing those people who have AAA written on their forehead to buy.”

[Bloomberg : "Morgan Stanley Plans to Turn Downgraded Loan CDO Into AAA Bonds"]

* L'administration américaine la main dans le sac *


Pendant ce temps-là, Timothy Geithner, le Reynders de Américains, s'auto-érotise devant la presse à propos de ses PPIP's ("Public-Private Investment Programs") : programmes de refinancement public-privé des obligations et des titres pourris, qui vont bientôt être mis en batterie pour le plus grand biens ...des grandes banques d'investissement.

A priori les programmes ne s'appliquent qu'aux mieux côtés des actifs pourris, les actifs initialement labélisés "AAA". Mais, comme le note Mish, les titres pourris ont tous été dopés à coup de contrats sur défaut de crédit ("CDS", ou "Credit Default Swaps"), qui étaient sensé en garantir la solidité, et donc n'importe lequel des titres aujourd'hui en capilotade était côté AAA au départ :
Many of the securities in question would NOT have gotten their AAA rating without the "enhancement" of a CDS issued by the likes of AIG, MBIA, or AMBAC. That is how virtually all of the junior tranches got AAA ratings. So in essence, the only securities covered by the PPIP will be the "top" tranches, representing the first 50% or so in value.

[...] Given that nearly everything was initially rated AAA there is essentially no restriction on the garbage PPIP participants can speculate on.
Et, continue Mish, sous couvert de partenariat, c'est bien sûr ici encore le secteur public qui va passer à la casserole, et plutôt deux fois qu'une : la première fois parce que le PIPP surévaluera les actifs rachetés par l'état aux banques en difficulté, la seconde fois parce que le PIPP surévaluera le risque pris par les banques d'investissements :
More importantly, it is disingenuous at best to suggest the public is in any way shape or form protected when the public is putting up 93% of the funds while private corporations only have to put up 7%.

Furthermore, when speculators only put up 7%, talk of "facilitating price discovery in the asset-backed securities markets" is ludicrous. This entire process is specifically designed to not only prevent price discovery, but to encourage overpaying of assets, thereby bailing out banks and putting the risk on taxpayers.

[Mish's economic analysis : "Geithner Lies Again as PPIP Prepares for Launch"]
On voit ainsi où mène la créativité des banquiers : elle oblige l'état à repasser derrière avec notre argent pour éponger les pots cassés...
[...] ce plan n’a pas réjouit le milieu des affaires, qui pourrait fortement hésiter à participer au programme après le vote au Congrès d’un texte devant annuler les primes de performances versées dans les établissements renfloués sur fonds publics.

Paul Krugman à été le premier à s ‘exprimer sur ce plan, qu’il qualifie de « recyclage du plan Paulson » et juge irréaliste ce plan qui selon lui vise à « utiliser l’argent du contribuable pour gonfler le prix des actifs toxiques ».

[Format Bac Sciences Economiques et Sociales : "Le Plan Geithner"]

* Deutschland auch ist verrücht *


Pas de tout cela en Europe? Détrompez-vous! Le génie de Goldman Sachs percole d'ores et déjà jusqu'en Allemagne :
Deutsche Bank engineered a comparable structure to facilitate the dismantling of risk at failed insurer AIG, although bankers close to that transaction said without government involvement the cost of such a structure would be commercially unfeasible.
[Financial Times : "Banks reinvent securitisation to cut capital costs"]
Et l'Etat germain a d'ores et déjà décidé que au-delà de 10%, c'est le contribuable qui allait se farcir la décote des titres pourris :
Les députés du Bundesrat ont définitivement adopté vendredi la loi autorisant les banques allemandes à créer des sociétés de défaisance en leur sein, ou "bad banks", destinés à évacuer leurs actifs dégradés et à relancer leur activité normale de crédit.

Un premier modèle permettra aux banques de se délester d'environ 230 milliards d'euros de titres toxiques, qui seront "gelés" dans une structure externe jusqu'à leur échéance, d'une durée maximum de 20 ans.

Les banques faisant appel à ce système devront déprécier de 10% leurs actifs à stocker par rapport à leur valeur comptable au 30 juin 2008, c'est-à-dire avant le séisme de la faillite de Lehman Brothers.

Les banques obtiendront en retour des titres de créances émis par la structure de défaisance, lesquels seront adossés à des garanties publiques.

Celles-ci devraient leur assurer une très bonne cote auprès des agences de notation financière, et faciliter ainsi le refinancement des instituts pour leur permettre de relancer le crédit.

[L'Echo (afp) : "Allemagne: la loi sur les 'bad banks' définitivement adoptée"]
On ne s'étonne plus dans nos colonnes de la complaisance lascive avec laquelle les reptiles de l'Echo relayent sans commentaire les initiatives les plus obscènes des autorités financières. J'ai personellement plus tendance à adhérer au commentaire de TalkingMind sur le même site de l'Echo :
"C'est une mauvaise décision qui profitera encore aux banksters... elle est négative à tout point de vue, elle néglige la responsabilité face aux mauvaises décisions et pénalise les contribuables."
Addendum : histoire de contrer par avance tout contre-argument à la "Il faut bien accepter que le gouvernement mette en place une solution", soulignons que les autorités ont aussi la possibilité de constituer une "good bank", ce qui serait nettement plus avantageux pour le contribuable et pour le citoyen, et beaucoupmoins pour les banksters. Or une telle solution n'est même pas débattue dans les parlements des gouvernements concernés.

...Simone, il y a encore du Xanax?

* Pendant ce temps-là, le crédit s'érode toujours... *

Bradford & Bingley, institution financière anglaise nationalisée l'an dernier, bien que contrôlée par l'Etat, a fait défaut sur le dernier remboursement mensuel, montant un-demi milliard de dollars, de sa dette envers le secteur privé : cet événement va déclencher la mise en branle de nombreux contrats sur défaut de crédit ("CDS", ou "Credit Default Swaps").
Institutions who insured investors against a default by Bradford & Bingley, the UK mortgage lender, will have to pay out on the credit default contracts, the international regulator ruled on Thursday, after the government refused to pay the interest on the defunct bank’s debt.

The decision by the International Swaps and Derivatives Association that a credit default had occurred triggered a so-called “credit event” and will see institutions who insured investors against a default by the UK mortgage lender paying out.

[Financial Times : "Banks face Bradford & Bingley CDS pay out"]
Ce n'est pas une surprise, écrit plus loin le Financial Times. Mais cela dénote de ce que les institutions financières peuvent continuer leur chute même après leur nationalisation, qui ne protège visiblement pas les créanciers...

On en revient donc à notre souci plus général à propos des actifs pourris en général, et des Credit default Swaps en particulier [La Crise pour les Nuls : "AIG mal rien que d'y penser"].

Dans la Financial Times, Tony Jackson s'inquiète de ce que les fonds de pension ont recommencé à s'abreuver d'obligations consolideés du secteur privé ("CLOs", "Collaterized Loan Obligations"), alors que celles-cis sont plus que probablement vouées à une baisse de 14% en 2009 :
Logic suggests a lot of companies owned by private equity must be on the point of expiring under the weight of their debt. But the bankruptcy rate, though rising, is still historically low.

It is as if the insanity of the bubble years had never happened. So when will the storm finally break?

Any time now, it seems. Last year, the default rate in European leveraged loans – in effect, private equity debt – was under 5 per cent. So far this year, it is about 8 per cent. But for the full year, according to industry specialists, it could be a record 15 per cent.

[...] I don’t know whether my own pension fund is investing in leveraged loans right now, but I rather hope not.

[Financial Times : "Private equity set to become a weapon of mass destruction"]

* Conclusion *


S'il vous reste une pilule, une bouteille ou une tablette, postez-la moi en commentaire, merci...

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