samedi 11 juillet 2009

L'eté sera chaud : grand sursaut créatif dans les milieux financiers


Eh bien voilà, c'est reparti : avec la plus grande obscénité, les banquiers, les administrations et les gouvernements se préparent à presser le citron de la populace et de l'État, au profit de ces mêmes faux-monnayeurs qui ont nourri la plus spectaculaire crise économique de cette génération.
C'est la "socialisation des pertes" dans toute sa splendeur, c'est-à-dire dans la plus grande impunité, et sous les projecteurs complaisants de la presse spécialisée.
Notes de lecture désabusées, prévoir quelques Xanax, tablettes de chocolat, barrettes de shit ou bacs de bière, selon votre style.


* California unter Alles *

A court de botox financier, Schwarzennator continue sa descente aux enfers. Prise à la gorge par son déficit, la Californie vient d'émettre des I.O.U. notes (assignats au porteur sous format papier) et oblige les employés de l'État à les accepter en paiement.

Méfiantes, les grandes banques d'investissements (toujours les mêmes criminels en cravate : Goldman Sachs, JP Morgan et consorts) ont déjà annoncé qu'elles n'accepteraient pas le dépôt de ces chèques-répit. Conséquence : un marché parallèle se développe sur eBay et Craigslist, où les spéculateurs offrent, aux détenteurs involontaires et anxieux, un rachat à bas prix.

Ce qui amène le Schwarzennland publier une règlementation décourageante, genre qui oblige les éboueurs et les profs de chimie à passer devant notaire s'ils veulent vendre leurs chèques-ripoux.

"Tu vas le bouffer, oui, mon papier pourri?" ...difficile de dire non quand on a pour employeur un androïde célèbre et bodybuildé.

Mais, toujours sur la brèche avec ses conseils adéquats, Mish Sheldock suggère aux américains d'envoyer les vautours se faire voir. Et de rappeler que les citoyens américains viennent de sauver ces mêmes banquiers de la faillite avec les fonds publics, il y a six mois à peine :
Every one of those blood sucking banks was bailed out by taxpayers (California taxpayers too) and now will not take an IOU from the State of California for the citizens of California. This is disgusting.

If you have an IOU that the big banks will not cash, I recommend closing your accounts and putting them someplace that will. Please tell Wells Fargo, Bank of America, JP Morgan, and Citigroup to go to hell.

[Mish's economic analysis : "Tell Wells Fargo, Bank of America, JP Morgan, and Citigroup to Go to Hell"]
On en pense ce qu'on veut, mais moi, dès que j'ai cinq minutes, je vide mes comptes ex-Fortis, juste pour faire comprendre à Prot, à Reynders et à Leterme qu'on ne joue pas comme on veut avec l'argent des contribuables.


* Tes états d'âme, Eric *

Selon Infinite Unknown, la Californie ne fait que précéder d'autres états, dont le budget vacille dangereusement :
“Our wallet is empty, our bank is closed and our credit is dried up”, stated Gov. Arnold Schwarzenegger saying this month that he would veto any budget bill that included new taxes beyond what he had proposed.

In Hawaii, state employees are bracing for furloughs of three days a month over the next two years, the equivalent of a 14 percent pay cut. In Idaho, lawmakers reduced aid to public schools for the first time in recent memory, forcing pay cuts for teachers.

And in California, where a $24 billion deficit for the coming fiscal year is the nation’s worst, Gov. Arnold Schwarzenegger has proposed releasing thousands of prisoners early and closing more than 200 state parks.

Meanwhile, Maine is adding a tax on candy, Wisconsin on oil companies, and Kentucky on alcohol and cellphone ring tones.
[Infinite Unknown : "Budget Crisis: States Turning to Last Resorts"]

* Irreal Estates of America *


Adieu vaches, cochons, couvées : selon le Financial Times de ce vendredi, l'immobilier américain, qui a chuté à présent de 30% en moyenne, pourrait bien se reprendre 14% dans les gencives avant de se stabiliser :
The good news is that in some US regions, prices have already fallen so sharply – often by more 30 per cent – that property is already very affordable, relative to incomes and on a historical basis.

But the bad news is that houses are not yet cheap enough to prevent more price falls. On the contrary, this particular team of analysts thinks that when the problems of excess house inventory and rising unemployment are added into the model, average US house prices will still fall by another 14 per cent in the next few years – on top of the declines seen so far.

[Financial Times : "Insight: US property market central to economy"]

Quand on sait que la capacité d'emprunt desdits ménages dépend de la valeur de leur maisons, et que les pertes d'emploi aux USA continuent de s'accentuer, on a compris que les américains n'ont pas fini de se serrer la ceinture.

Et quand on sait que la consommation des ménages compte pour 70% de l'économie américaine, on peut aisément se figurer que l'Amérique n'est pas prête de se relever.


* Notre notariat note un net dénivelé *

Comme en écho de cette affligeante nouvelle, c'est justement l'Echo qui nous annonce une nette baisse de l'immobilier en Belgique (6% sur les appartements, qui dit mieux?) et prévoit une tendance baissière pour le reste de l'année :
Au cours du premier semestre 2009, les prix de l'immobilier se sont tassés à Bruxelles et dans le Brabant wallon, selon les chiffres collectés par les notaires de ces deux régions [...]

L'activité du secteur devrait être plus soutenue au second semestre, grâce entre autres à la faiblesse des taux d'intérêt et à la maîtrise de l'inflation.

En outre, les prix ne devraient pas repartir à la hausse, l'offre risquant d'augmenter à la suite des vagues de licenciement qui contraignent les propriétaires à vendre leur bien. "Nombreux sont également ceux qui se soucient avant tout de reconstituer leur épargne" [...]
[L'Echo : "Immobilier: baisse des prix à Bruxelles et dans le Brabant wallon"]

En clair, selon nos amis les notaires, les belges seront fauchés dès septembre et le marché restera stationnaire. Ca commence tout doucement à faire un peu Cosette, par chez nous...


* Quand les banquiers font preuve de créativité *

Mais tout n'est pas perdu : dans leurs bureaux de Wall Street, les ingénieurs de la finance ont été frappés cettes semaine par l'éclair du génie : afin de diminuer les coûts du capital induits par les titres pourris, les banksters se remettent à la titrisation.

Deux très grandes banques d'investissement, BarCap et Goldman Sachs, proposent d'émettre des nouveaux contrats d'assurance, qui seront achetés par des investisseurs extérieurs à la banque et garantiront les titres pourris.

Eh oui, vous avez bien compris : ça a la couleur des titres pourris, l'odeur des titres pourris et en gros, contrairement à l'histoire du Canada Dry, ce sont bel et bien des titres pourris.

L'astuce résidant dans le fait que, les anciens titres étant garantis par les nouveaux, ils peuvent être remis en positif au bilan des banques, qui peuvent diminuer en proportion les fonds réglementaires requis par la loi pour équilibrer leur bilan, et libérer à nouveau leur capital.

C'est grossier et un peu con-con, mais ces messieurs sont très sérieux avec leur grosses ficelles bien minables :
Under Goldman's idea, it would sell an insurance product to a bank with a toxic portfolio, effectively shifting the risk of the underlying assets off the balance sheet. The insurance would require far less capital to be carried against it than the original assets.[...]

Some regulators may be wary of the invention of new pooled asset derivatives, especially if they are perceived as a way to avoid regulatory capital requirements.
Some rival bankers also view the schemes with scepticism. "This is a system of capital arbitrage," said one senior banker at another investment bank. "The need for capital just miraculously disappears."

[Financial Times : "Banks reinvent securitisation to cut capital costs"]
Non contents de raffler le beurre, l'argent du beurre, et le sourire de la crémière, les criminels en cravate sont en train de lui extorquer le numéro de téléphone de sa petite soeur... Mais que fait donc la police? Autrefois, elle mettait des PV à ma Berlingo pourrave garée en double file rue du Progrès, mais maintenant même ça, aargh, c'est privatisé!

Pendant ce temps-là, Bloomberg nous raconte comment Morgan Stanley remixe ses obligations d'entreprise mal fagotées en beaux titres consolidés bien frais :
Morgan Stanley plans to repackage a downgraded collateralized debt obligation backed by leveraged loans into new securities with AAA ratings in the first transaction of its kind, said two people familiar with the sale.

Morgan Stanley is selling $87.1 million of securities that it expects to receive top AAA ratings and $42.9 million of notes graded Baa2, the second-lowest investment grade by Moody’s Investors Service, according to marketing documents obtained by Bloomberg News. The bonds were created from Greywolf CLO I Ltd., a CDO arranged in January 2007 by Goldman Sachs Group Inc. and managed by Greywolf Capital Management LP, an investment firm based in Purchase, New York.
Et, pour la bonne bouche, ce petit commentaire technique sur le label 'AAA' :
A lot of banks and insurers “cannot buy anything but AAA,” said Sylvain Raynes, a principal at R&R Consulting in New York and co-author of “Elements of Structured Finance,” which is due to be published in November by Oxford University Press. “You’re manufacturing AAA out of not AAA, therefore allowing those people who have AAA written on their forehead to buy.”

[Bloomberg : "Morgan Stanley Plans to Turn Downgraded Loan CDO Into AAA Bonds"]

* L'administration américaine la main dans le sac *


Pendant ce temps-là, Timothy Geithner, le Reynders de Américains, s'auto-érotise devant la presse à propos de ses PPIP's ("Public-Private Investment Programs") : programmes de refinancement public-privé des obligations et des titres pourris, qui vont bientôt être mis en batterie pour le plus grand biens ...des grandes banques d'investissement.

A priori les programmes ne s'appliquent qu'aux mieux côtés des actifs pourris, les actifs initialement labélisés "AAA". Mais, comme le note Mish, les titres pourris ont tous été dopés à coup de contrats sur défaut de crédit ("CDS", ou "Credit Default Swaps"), qui étaient sensé en garantir la solidité, et donc n'importe lequel des titres aujourd'hui en capilotade était côté AAA au départ :
Many of the securities in question would NOT have gotten their AAA rating without the "enhancement" of a CDS issued by the likes of AIG, MBIA, or AMBAC. That is how virtually all of the junior tranches got AAA ratings. So in essence, the only securities covered by the PPIP will be the "top" tranches, representing the first 50% or so in value.

[...] Given that nearly everything was initially rated AAA there is essentially no restriction on the garbage PPIP participants can speculate on.
Et, continue Mish, sous couvert de partenariat, c'est bien sûr ici encore le secteur public qui va passer à la casserole, et plutôt deux fois qu'une : la première fois parce que le PIPP surévaluera les actifs rachetés par l'état aux banques en difficulté, la seconde fois parce que le PIPP surévaluera le risque pris par les banques d'investissements :
More importantly, it is disingenuous at best to suggest the public is in any way shape or form protected when the public is putting up 93% of the funds while private corporations only have to put up 7%.

Furthermore, when speculators only put up 7%, talk of "facilitating price discovery in the asset-backed securities markets" is ludicrous. This entire process is specifically designed to not only prevent price discovery, but to encourage overpaying of assets, thereby bailing out banks and putting the risk on taxpayers.

[Mish's economic analysis : "Geithner Lies Again as PPIP Prepares for Launch"]
On voit ainsi où mène la créativité des banquiers : elle oblige l'état à repasser derrière avec notre argent pour éponger les pots cassés...
[...] ce plan n’a pas réjouit le milieu des affaires, qui pourrait fortement hésiter à participer au programme après le vote au Congrès d’un texte devant annuler les primes de performances versées dans les établissements renfloués sur fonds publics.

Paul Krugman à été le premier à s ‘exprimer sur ce plan, qu’il qualifie de « recyclage du plan Paulson » et juge irréaliste ce plan qui selon lui vise à « utiliser l’argent du contribuable pour gonfler le prix des actifs toxiques ».

[Format Bac Sciences Economiques et Sociales : "Le Plan Geithner"]

* Deutschland auch ist verrücht *


Pas de tout cela en Europe? Détrompez-vous! Le génie de Goldman Sachs percole d'ores et déjà jusqu'en Allemagne :
Deutsche Bank engineered a comparable structure to facilitate the dismantling of risk at failed insurer AIG, although bankers close to that transaction said without government involvement the cost of such a structure would be commercially unfeasible.
[Financial Times : "Banks reinvent securitisation to cut capital costs"]
Et l'Etat germain a d'ores et déjà décidé que au-delà de 10%, c'est le contribuable qui allait se farcir la décote des titres pourris :
Les députés du Bundesrat ont définitivement adopté vendredi la loi autorisant les banques allemandes à créer des sociétés de défaisance en leur sein, ou "bad banks", destinés à évacuer leurs actifs dégradés et à relancer leur activité normale de crédit.

Un premier modèle permettra aux banques de se délester d'environ 230 milliards d'euros de titres toxiques, qui seront "gelés" dans une structure externe jusqu'à leur échéance, d'une durée maximum de 20 ans.

Les banques faisant appel à ce système devront déprécier de 10% leurs actifs à stocker par rapport à leur valeur comptable au 30 juin 2008, c'est-à-dire avant le séisme de la faillite de Lehman Brothers.

Les banques obtiendront en retour des titres de créances émis par la structure de défaisance, lesquels seront adossés à des garanties publiques.

Celles-ci devraient leur assurer une très bonne cote auprès des agences de notation financière, et faciliter ainsi le refinancement des instituts pour leur permettre de relancer le crédit.

[L'Echo (afp) : "Allemagne: la loi sur les 'bad banks' définitivement adoptée"]
On ne s'étonne plus dans nos colonnes de la complaisance lascive avec laquelle les reptiles de l'Echo relayent sans commentaire les initiatives les plus obscènes des autorités financières. J'ai personellement plus tendance à adhérer au commentaire de TalkingMind sur le même site de l'Echo :
"C'est une mauvaise décision qui profitera encore aux banksters... elle est négative à tout point de vue, elle néglige la responsabilité face aux mauvaises décisions et pénalise les contribuables."
Addendum : histoire de contrer par avance tout contre-argument à la "Il faut bien accepter que le gouvernement mette en place une solution", soulignons que les autorités ont aussi la possibilité de constituer une "good bank", ce qui serait nettement plus avantageux pour le contribuable et pour le citoyen, et beaucoupmoins pour les banksters. Or une telle solution n'est même pas débattue dans les parlements des gouvernements concernés.

...Simone, il y a encore du Xanax?

* Pendant ce temps-là, le crédit s'érode toujours... *

Bradford & Bingley, institution financière anglaise nationalisée l'an dernier, bien que contrôlée par l'Etat, a fait défaut sur le dernier remboursement mensuel, montant un-demi milliard de dollars, de sa dette envers le secteur privé : cet événement va déclencher la mise en branle de nombreux contrats sur défaut de crédit ("CDS", ou "Credit Default Swaps").
Institutions who insured investors against a default by Bradford & Bingley, the UK mortgage lender, will have to pay out on the credit default contracts, the international regulator ruled on Thursday, after the government refused to pay the interest on the defunct bank’s debt.

The decision by the International Swaps and Derivatives Association that a credit default had occurred triggered a so-called “credit event” and will see institutions who insured investors against a default by the UK mortgage lender paying out.

[Financial Times : "Banks face Bradford & Bingley CDS pay out"]
Ce n'est pas une surprise, écrit plus loin le Financial Times. Mais cela dénote de ce que les institutions financières peuvent continuer leur chute même après leur nationalisation, qui ne protège visiblement pas les créanciers...

On en revient donc à notre souci plus général à propos des actifs pourris en général, et des Credit default Swaps en particulier [La Crise pour les Nuls : "AIG mal rien que d'y penser"].

Dans la Financial Times, Tony Jackson s'inquiète de ce que les fonds de pension ont recommencé à s'abreuver d'obligations consolideés du secteur privé ("CLOs", "Collaterized Loan Obligations"), alors que celles-cis sont plus que probablement vouées à une baisse de 14% en 2009 :
Logic suggests a lot of companies owned by private equity must be on the point of expiring under the weight of their debt. But the bankruptcy rate, though rising, is still historically low.

It is as if the insanity of the bubble years had never happened. So when will the storm finally break?

Any time now, it seems. Last year, the default rate in European leveraged loans – in effect, private equity debt – was under 5 per cent. So far this year, it is about 8 per cent. But for the full year, according to industry specialists, it could be a record 15 per cent.

[...] I don’t know whether my own pension fund is investing in leveraged loans right now, but I rather hope not.

[Financial Times : "Private equity set to become a weapon of mass destruction"]

* Conclusion *


S'il vous reste une pilule, une bouteille ou une tablette, postez-la moi en commentaire, merci...

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vendredi 3 juillet 2009

AIG mal rien que d'y penser!

Pour la Chonique Agora, [AIG et les CDS pourraient précipiter la chute des marchés] :
"... confirmation d'une sérieuse alerte au mini-krach sur AIG qui s'est effondré de -9% puis -12,8% puis -22% successivement lundi, mardi et mercredi. Outre la difficulté de céder certaines filiales à un bon prix, des rumeurs de lourdes pertes récurrentes dans le secteur maudit des CDS refont surface."
Avec dans le buffet quelques tonnes de CDS tirés à bout portant, le zombie AIG s'était remis sur ses pattes cet hiver grâce à une bonne perf' de sang contribuable (merci, oncle Paulson!) :
"De l'énorme somme injectée ces derniers mois dans le géant américain de l'assurance AIG pour le sauver de la faillite (127 milliards de dollars), une grande partie (50 milliards) a été rétrocédée aux banques qui avaient vendu à l'assureur ses produits toxiques."

[La Crise Pour Les Nuls : "Scandale autour du renflouement de AIG"]
Mais voilà, les CDS font leur chemin, on dirait que l'animal n'encaisse pas bien les chaleurs de l'été.

La fin du thriller pour AIG? Pas si vite, car tonton Bernanke est là, avec son clysthère à dollars frais, qui vient d'en réinjecter pour un petit milliard dans les artères de l'institution la plus pourrie de tout le Capharnaüm bancaire international :
"Credit extended by the Fed in connection with the rescue of insurer American International Group Inc. rose to $83.4 billion from $82.7 billion last week. Last week AIG announced that it agreed to hand over stakes in two overseas units to the New York Fed to reduce its central bank debt by $25 billion."

Source : [Bloomberg : "AIG rescued by Fed"]
On en parle un peu trop de AIG, je trouve... voilà qui fait un peu penser à l'affaire Bear Stearns, au début 2008, pour autant que vous n'ayez pas déjà oublié ce nom de sinistre mémoire... [Un petit rappel ici : Bloomberg]

Mais, paniqué par les pertes d'emploi massives de ce mois de juin et par la plongée continuée du P.I.B. et de l'immobilier U.S., le consommateur moyen pourrait continuer à ne plus consommer. Et alors... bonjour la valse des CDS dans le portefeuille de AIG. Au risque d'insister, on vous le répète :
"tout le risque de la pyramide financière mondiale est concentré en un unique point faible : les garanties CDS accordées par les monolines à grand nombre de banque pour un grand nombre de CDOs"

[La Crise pour les Nuls : "Adieu Ambac... bonjour la crise!"]
Avec un peu de chance, plus besoin d'attendre le krach d'octobre 2009, la seconde saison vient juste de commencer. A défaut, on devra se refaire Nip Tuck ou reprendre Heroes.

Mais, il faut bien le dire, pour nous faire frémir rien ne vaut les rugissements et les yeux révulsés d'AIG qui, soutenu par sa horde de banquiers pourris, massacre nos petites économies à coups de CDOs synthétiques.

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jeudi 25 juin 2009

Question subsidiaire...

A votre avis, comme ça, et sans vérifier sur Internet, au jour d'aujourd'hui (c'est-à-dire le 25 juin 2009), le Dow Jones, depuis octobre 2008, il est remonté de combien de %?

Hein? Depuis Octobre, allez, comme ça au pif...

Dites, comme ça pour voir?

Eh bien,...

Eh bien,...

aha...

(scroll, scroll, scroll)....

hehe...

(scroll, scroll, scroll)....

haha...

(scroll, scroll, scroll)....

Eh bien, le DOW est remonté de zéro pour cent :





Oh! : "on" a fait zéro pour cent.

En huit mois.

Zéro pour cent, et en raclant tous les fonds de casseroles, avec le super booster fiscal mondial, les amphètes des politiques monétaires bizarroïdes, le pied au plancher sur les taux d'intérêt (ils n'iront pas plus bas, sans blague).

Bon. Continuons: depuis Octobre 2007? Combien, le DOW? A votre avis?

Depuis avant la crise, quand tout allait bien, quand l'immobilier allait croître sans fin, hein... "On" a fait combien depuis octobre 2007?

En un an et huit mois ?

Eh bien... moins 43%!

Le graphe :




Moins 43 pour cent en un an, sans le pied sur le frein et puis tout le monde se retrousse les manches et zéro en huit mois.

Hmmm...


Mais la bonne question c'est évidemment : par rapport à aujourd'hui, à ces 8 mois de zéro, on aura fait combien, en octobre 2010?

Hein?

Hein?

A votre avis?



Allez! Vos pronostics sont les bienvenus en commentaires.

Vous jouez avec le DOW. Le plus proche sans être en dessous gagne une bouteille de foie gras, offerte par la CBFA, notre sponsor de prédilection.


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mardi 7 avril 2009

L'Amérique le pied sur le frein

Voici l'image du ralentissement économique Américain, proposée par Brad Stester :



On voit que les flux de capitaux privés entrants (vert) et sortants (jaune) sont tombés avant les exportations (bleu clair) et les importations (bleu foncé).

Sur ce second graphe, on voit que les flux nets de capitaux privés ont spectaculairement augmenté, ce qui reflète simplement le rappatriement aux USA des dollars jusque-là investis par les Américains à l'étranger.




Commentaire : Nous rapportions il y a quelques semaines les analyses du monétariste Scott Summer, qui défend l'hypothèse inverse, selon laquelle la crise économique a précédé et provoqué la crise financière : [La Crise pour les Nuls :"Le Chuck Norris de la Réserve Fédérale"]

Summer défendait la politique de d'expansion monétaire de Greenspan et de Bernanke (Les deux derniers Gouverneurs de la Réserve Fédérale Américaine) : taux d'intérêt plancher pour Greenspan, impression massive pour Bernanke.

Selon Summer, il aurait fallu plus d'expansion monétaire encore. Avec ce graphe de Stetser, cette théorie en prend pour son grade, et les "Autrichiens" (partisans de la rigueur monétaire) peuvent à nouveau se reposer sur leurs lauriers immaculés.

Le problème, c'est que si les Autrichiens ont raison, nous sommes mondialement très très très mal barrés...

L'Amérique capitaliste met le pied sur le frein et se replie sur elle-même, ce qui est bien pire pour l'économie globale que tous les risques de protectionisme, réels ou supposés, agités par le G20 comme un épouvantail.

Pour les braves d'entre vous, le reste de l'article de Stetser vaut franchement le coup : [Follow the Money : "Charting financial de-globalization: private capital flows are falling faster than trade flows"]

lundi 6 avril 2009

La chaise musicale de la déflation

Ambrose Evans-Pritchard n'a pas l'habitude de mâcher ses mots et le tableau qu'il offre de la déflation dans le monde est consternant :
"Prenez garde à la Suisse, elle bascule vers la déflation, dans le sillage du Japon"
[The Telegraph : Ambrose Evans-Pritchard :"Swiss slide into deflation signals the next chapter of this global crisis"]
Résumons : à la suite du Japon, la Suisse connaît en ce moment une inflation négative supérieure à 1%, au point que Philipp Hildebrand, l'un des gouverneurs de la Banque Nationale Suisse, a qualifié la situation d'extrêmement préoccupante.

On parle d'intervenir pour faire artificiellement baisser le cours du franc hélvète, et c'est là que réside le danger systémique évoqué en mars, celui d'une guerre des dévaluations :
[La Crise pour les Nuls : "La Suisse contre-attaque la déflation et le gel du crédit"]

Evans-Pritchard estime que la Chine, la Corée, Singapour et la Suède, pourraient amorcer le ping-pong infernal. Et que l'Angleterre et les USA ont déjà commencé, par effet de bord de leur politique d'assouplissement quantitatif, à contrer la déflation. Mais ces deux-là, à la différence des autres candidats à la dévaluation, ne sont pas confortablement assis sur un excès de réserves financières et une balance commerciale excédentaire...

L'Occident s'est débarassé d'une grande partie de ses pertes en dévaluant ses devises au détriment du yen. Les Japonais ont a présent renvoyé la balle, et la déflation pourrait très bien étouffer la reprise dans l'oeuf...

Commentaire : pendant que le G20 fait la fête et que les bourses caracolent, c'est toujours le bordel dans les coulisses du nouveau désordre mondial.
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samedi 4 avril 2009

Quands les guignols de l'info s'en prennent au G20...


... c'est aussi pour les Nuls, mais c'est beaucoup plus drôle que mes sempiternelles rodomontades. A moins que ça ne soit encore plus triste... (merci à Axel)

vendredi 3 avril 2009

Le plus grand hold-up de l'histoire


Le plus grand hold-up de l'histoire continue sous nos yeux :

- L'amnistie des institutions bancaires vient d'être signée par le G20, puisqu'on peut à partir d'aujourd'hui évaluer les actifs toxiques au prix souhaité par le management.
[pauljorion.com : François Leclerc : "Au pays des miracles comptables"]

- Le redémarrage des résultats des banques US au premier trimestre vient de la percolation des aides fournies à AIG par les fonds publics, et on doit se résoudre à la reprise factice des indices boursiers.

- Les boucs émissaires (Hedge Funds, Parachutes dorés) se font égorger en public, alors que l'élevage des boucs reprend de plus belle : par exemple, le renflouement de Dexia et de Fortis passe désormais par la subvention, en deniers de l'Etat, de FSA et Dexia, leurs véhicules offshore destinés explicitement au détournement fiscal et bourrés d'actifs toxiques.
[La Crise pour les Nuls : "Les ordures de Lippens au bon soin du contribuable"]

- Le plus drôle, c'est la mesure, annoncée tambour battant par Sarkozy, et constitant à "dresser la liste des paradis fiscaux". S'agit-il d'une liste noire ou d'un répertoire professionnel?
[Le Monde : "Des paradis fiscaux sur liste et ailleurs"]
Tout le monde n'est pas dupe, mais c'est difficile d'afficher ses opinions dans la vague actuelle d'enthousiasme béat : [La Crise pour les Nuls : "Quand le G20 joue l'arbitre au monopoly"]

Clairement, le discours de Maystadt du 22 mars faisait la promotion du hold-up et annonçait la mise en oeuvre à laquelle nous assistons aujourd'hui : [La Crise pour les Nuls : Maystadt : "On n'est peut-être pas au bout de ce qu'on doit découvrir chez Fortis ou chez Dexia."]

Le pire c'est que mon gut feeling me dit que le hold-up ne marchera qu'à moitié : on va éviter le choc des problèmes de financement des banques et des Etats, mais le moteur de la croissance pourrait bien tomber en panne : le défaut de transparence va ralentir considérablement les investissements, au point de gripper sérieusement l'économie.

(merci à BA et à Coco Lapin)

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jeudi 2 avril 2009

Quand le G20 joue l'arbitre au monopoly


Sur les forums de l'Echo, le pire côtoie souvent le pire, mais cette fois-ci on a trouvé du meilleur : le commentaire du dénommé "TalkingMind" (c'est un pseudo) sur l'annonce du plan de relance du G20:
Même informées, certaines personnes semblent visiblement incapables d'accepter la réalité de la situation[...]

S'il suffisait d'injecter de l'argent que personne n'a pour relancer l'économie et faire progresser le pouvoir d'achat et la qualité de vie de tout le monde, pourquoi diable se limiter à 1000 milliards... injectons 1000 trillions, mieux donnons un chèque d'un million d'euro à tout le monde pour qu'on puisse allez faire ses courses et relancer l'économie.

Prenez un jeu de Monopoly. Mettez un joueur qui fera la banque. Distribuez l'argent de départ aux joueurs sous forme de crédit avec un intérêt à rembourser de 10% par tour de plateau.
Les joueurs sont autorisés à s'endetter sans limite (ce qui revient plus ou moins à la même chose que l'heure actuelle).

Je vous parie qu'à la fin du jeu, TOUS les joueurs seront ruinés et qu'ils auront dû mettre tous les biens accumulés en hypothèque à la banque et le banquier se retrouvera propriétaire de tout le planteau de jeu.

Pourquoi ? Parce que les intérêts que les joueurs ont dû rembourser n'ont jamais été injectés dans le jeu !

Vous avez pigé maintenant ou est-ce sans espoir ?

[L'Echo : "Un tournant pour la reprise économique mondiale (Obama)"]
Franchement, TalkingMind, c'est sans espoir... mais ça ne t'empêche pas d'avoir foutrement raison!

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dimanche 29 mars 2009

Maystadt : "On n'est peut-être pas au bout de ce qu'on doit découvrir chez Fortis ou chez Dexia."

Le président de la Banque Européenne d'Investissement défend la relance par la consommation durable, la justice sociale et l'assainissement des banques par les subsides publics.

Philippe Maystadt s'exprimait ce lundi 23 mars à Braine-le-Comte sur le thème de la crise, devant un pareterre d'élus régionaux du CDH, le parti centriste francophone belge.

A la fois meeting électoral et conférence de vulgarisation sur la crise, ce mélange des genres s'est révélé instructif... Voici donc un résumé de "La crise financière : pourquoi, comment, et après?", entrelardé des graphiques de son auteur, et, bien sûr, de nos commentaires.

** Le pourquoi : la bulle du crédit **

On a commencé par analyser les causes de la crise. Pour Philippe Maystadt, la crise est avant tout le fruit de la bulle du crédit, bulle qui résulte elle-même de trois tendances importantes qui se sont exercées sur le long terme :

1. Le déséquilibre commercial planétaire. L'Occident surconsommateur, vivant à crédit et qui ne produit plus, contratse avec l'Asie (Chine, mais aussi Inde, Singapour, Taïwan) en excédent commercial et titulaire d'un gigantesque surplus de cash : 10 trillions en réserves de change accumulées, majoritairement réinvesties aux etats-Unis sous forme de bons du Trésor.

2
La politique de taux d'intérêts minimum. Cette politique, mise en place par Alan Greenspan, était particulièrement accommodante pour les consommateurs US et a mis de l'huile sur le feu, accentuant l'abondance de moyens de paiements, au point que les taux d'intérêt, compte tenu de l'inflation, on par moment été négatifs... (graphique ci-dessous)

3. La titrisation : les titres créés aux Etats-Unis sur base de créances hypothécaires étaient paques et mal garantis, au point que Maystadt lui-même ait interdit à ses gestionnaires de la BEI d'en acquérir pour plus de 1% du capital de la banque. Pire, ces titres mal garantis ont été investis avec un effet de levier ["leverage"] qui démultiplie leur incidence sur le système en cas de crise.

Résultat
: durant la période 2007, non seulement le crédit a augmenté mais (suivez bien) le rythme de croissance du crédit a aussi augmenté : c''est la croissance exponentielle du crédit [Note de l'éditeur : c'est ce qu'on apelle une "bulle" du crédit].

Les deux graphiques ci-dessous montrent la variation de la CROISSANCE du crédit octroyé aux ménages et aux entreprises. [éd. : tant que la ligne est au-dessus de zéro, on est dans la croissance du crédit, quand la ligne monte, on est dans la croissance exponentielle, ou bulle. La petite ligne grise sur le premier schéma c'est la bulle du crédit octroyé aux ménages européens, c'est-à-dire vous et moi...]

Il y avait de quoi se poser des questions, au point que Maystadt lui-même, selon ses propres dires, aurait averti les responsables du FMI sur les risques de bulles dans le domaine des cartes de crédit dès le début 2007.


** Le comment : la non-surprise, les impacts sectoriels, les finances publiques **

Une fois la bulle de crédit en place, la crise s'explique facilement. C'est la deuxième partie de la conférence, de Maystadt, qui défend que la chute immobilière n'est pas la cause mais bien la conséquence de la crise du crédit. [éd. : On vous le dit depuis juillet 2008 : La Crise pour les Nuls : "Pourquoi, jusqu'où, la crise du crédit?"].

Et de rappeler que la bulle précitée des cartes de crédit aurait bien pu éclater la première.

Donc la crise n'a pas été une surprise, il y avait des signaux depuis un certain temps. Maystadt cite en exemple un écrit de Jacques de la Rosière, ancien Directeur général du FMI, ancien Gouverneur de la Banque de France [éd. et mis en examen dans le cadre de l'affaire du crédit Lyonnais], qui prévoyait en janvier 2007 très exactement, ce qui s'est passé depuis...
"C'est-à-dire qu'à partir du moment où les prix ont cessé d'augmenter il y a eu un retournement, et ça s'est d'abord produit sur le marché immobilier américain, le système s'est écroulé."

"En Europe, on n'est pas parvenu à trouver le consensus. Les Allemands, sous leur présidence de l'UE, ont exigé de soumettre à la supervision de l'Europe des éléments non contrôlés, comme par exemple les Hedges Funds, mais cette mesure a été bloquée par les Anglais."

"On a manqué de prévoyance, on a ridiculisé ceux qui lançaient des signaux d'alarme, tandis que les jeunes traders, à la City de Londres où à la Générale à Paris, étaient évidemment beaucoup plus malins et croyaient que tout pouvait continuer, que les arbres montaient jusqu'au ciel."
Les deux graphiques suivants montrent l'impact de la crise sur les secteurs immobilier et automobile. On peut y comparer les situations américaine, anglaise et européenne.





On constate ensuite les conséquences délétères de la crise sur les finances des membres de l'union Européenne : les obligations d'Etat européennes, qui étaient alignées sur un même cours depuis la création de l'Euro, sont en train de se disperser.

Comme on le voit sur le graphique suivant, l'Allemagne se tient désormais significativement mieux que la Grêce et l'Irlande qui ont abusé de l'argent facile durant la période de vache grasses, et voient à présent décroître leur crédibilité :



Et les conséquences de tout cela sur nos finances et notre budget se font déjà ressentir, puisque, tandis que loyer de l'argent coûte désormais 2% plus cher à l'Irlande et à la Grêce qu'à l'Allemagne, la Belgique emprunte désormais à un taux comparable à celui de l'Espagne :



Enfin, les investissements seront très probablement profondément affectés par la crise parce que le raletissement économique (récession) a été précédé par une crise financière.

Dans un tel cas (courbe noire) les investissements se contractent de manière plus significative (10%?) et durant une plus longue période (9 mois?) [éd. : interprétation à confirmer]




** Les solutions : amnistie bancaire, relance ciblée, durabilité **

Dans la troisième partie de son exposé, Maystadt discute de nos options pour sortir de la crise. [éd. : En fait, il se limite aux politiques de relance, voir plus bas nos commentaires critiques].

1. La relance par la politique monétaire n'est plus à notre portée, les taux d'intérêt étant déjà très bas. Par ailleurs, si l'argent reste dans les banques et que le crédit ne redémarre pas, ce n'est pas parce que les banques ont peur de prêter, mais plutôt parce que les débiteurs potentiels (et en particulier les ménages) ont peur d'emprunter.

La cause de la crise étant le désendettement [éd. : 'deleveraging'], les gens ne voudront pas emprunter, même à des taux plus intéressants. Et Maystadt de citer l'exemple rebattu de la crise Japonaise, avec ses mesures de relance monétaire ineffectives pendant dix ans, pour cause de frilosité des investisseurs.

2. La relance par les exportations, elle, n'est pas envisageable dans le cadre d'une crise mondiale...

3. La relance par le déficit budgétaire est désormais la seule voie possible. C'est la voie Keynésienne, celle des stimuli fiscaux et des investissements d'Etat. Maystadt défend donc la relance de la consommation par les subsides publics.

Mystadt passe alors en revue les conditions de réussite dune telle politique. Il en compte trois :
A. Assainissement de banques par la subsidiation des pertes. [éd. : Ouch!]
B. Plan de relance temporaire, rapide et ciblé.
C. Choix de relance qui s'inscrivent dans la durabilité et la justice sociale.
Ces trois points valent qu'on s'y attarde un peu, ce que Maystadt a d'ailleurs fait. Suivons donc son raisonnement, en commençant par la subsidiation des pertes bancaires.
"Il faut d'abord résourde les problèmes du système bancaire et mettre les banques en condition de prêter", a déclaré le Président de la BEI, en s'empressant de concéder que "ça peut paraître étrange étant donné que la cupidité et l'orgueil de certains banquiers est à compter parmi les causes de cette crise."

"Malheureusement", poursuit Maystadt, "on n'a jamais vu un pays se remettre d'une crise sans avoir des banques en ordre de fonctionnement". Il faut donc se résoudre à les faire aider par le secteur public.
Et plus tard, lors des questions, il s'étendra quelque peu sur la situation en Belgique :
"On n'est peut-être pas au bout de ce qu'on doit découvrir chez Fortis ou chez Dexia."

"Le défi en Belgique consiste à revenir à l'équilibre budgétaire" et c'est pour limiter le coût budgétaire qu'on s'est addossé à BNP-Paribas. L'option du standalone (Fortis seule sans BNP) était "envisageable mais plus risquée".

Etant donné les conséquences du vieillissement de la population, qui met la pression à moyen terme sur les finances publiques, "le gouvernement belge a bien fait de jouer la sécurité budgétaire".
Pour ce qui est du plan de relance proprement dit, les possibilités sont nombreuses et trois critères doivent permettre de sélectionner les interventions les plus adaptées :
  1. "Timely" : les mesures doivent avoir un effet immédiat. Par exemple, la politique de primes dans le cas de rachat d'un véhicule moins polluant, déjà mise en place en Allemagne, aurait, selon Maystadt, permis aux ventes de février 2009 dépasser dans ce pays les ventes de février 2008.
  2. "Targeted" : les mesures doivent être ciblées vers ceux qui en ont les plus besoin dans le contexte de la rise actuelle, comme par exemple l'augmentation des allocations pour les victimes de licenciements économiques.
  3. "Temporary" : la durée des mesures doit être limitée dans le temps, sinon les consommateurs vont continuer à attendre la fin de la crise avant de mettre la main au portefeuille.
Pour clôturer son exposé, Maystadt a souhaité inscrire ces mesures temporaires de relance dans une vision à long terme, axée sur la durabilité et la justice sociale

Ca lui a donné l'occasion d'enseigner à son auditoire un nouveau terme technique : le "taux social d'ajustement temporel", qui permet de comptabiliser l'impact sur les générations futures. Et de citer comme exemples le changement climatique, le viellissement de la population, et les réserves d'énergies fossiles, dont la préservation entre en conflit avec certains objectifs de dépollution.
Des thèmes qu'il place dans le cadre de la croissance, la décroissance n'étant pas selon lui une hypothèse envisageable.

Mais pour Maystadt, la durabilité, ne peut pas être complètement séparée de la justice sociale : si il y a beaucoup de risques de dislocation sociale à tolérer trop d'inégalité au sein d'une même classe d'âge, c'est encore pire entre classes d'âges différentes, car une population trop pauvre ne pensera pas à l'avenir et se préoccupera pas des générations futures.


On l'aura compris, le viellissement est le cheval de bataille de Mr. Maystadt.


En attendant, voici le menu de ce qui nous attend (graphique : table des plans de relance en europe, cliquer l'image pour l'agrandir) on constate que les mesures allemandes seront plus généreuses que les belges, déficit oblige :-(







** En non-réponse à notre question **

Devant 150 personnes, on n'a pas eu la place pour un vrai débat, mais on a plutôt assisté à une belle démonstration de rhétorique politicienne
. Je ne vais pas vous raconter ici comment l'orateur, très rompu aux joutes publiques, a rebondi à son avantage sur toutes les questions qui ne cadraient pas dans son plan de relance, c'était vraiment pénible.

Juste un exemple, affligeant : en non-réponse à notre question "les banquiers ne sont-ils pas responsables des excès de risques pris lors de la titrisation?" Maystadt en a simplement profité pour placer une ou deux propositions intéréssantes pour limiter les conflits d'intérêts dans le monde de la finance, je résume :
  • Il propose de payer le bonus annuel des traders trois ans après, sur base des résultats financiers à moyen terme, plutôt qu'en fin d'année.
  • Dans la même veine, il envisage d'interdire que les cabinets d'audit (Price WaterHouse Cooper, Accenture) soient à la fois et réviseurs et consultants pour les entreprises qu'ils révisent...
  • Les agences de notation (comme Standard & Poor's) sont en conflit d'intérêt car elles sont appelées à évaluer des produits financiers que souvent elles on contribué à concevoir.
  • Par ailleurs, ces mêmes agences devraient être payées par les institutions qui demandent à disposer des cotations, plutôt que par les institutions cotées, comme c'est actuellement le cas...
  • Si le plan d'assainissement des banques européennes devait passer par l'isolation des avoirs toxiques au sein d'une 'Bad Bank', Maystadt propose qu'elle soit financée, comme en Allemagne, par un consortium bancaire, plutôt que, comme aux USA et en Angleterre, directement par l'Etat.
  • En matière de titrisation, on devrait imposer à l'émetteur de conserver une partie du risque sur la créance titrisée.
[éd. On retrouvera ici le parfum de toxic-café, feu le blog de notre lecteur et collaborateur occasionnel Coco Lapin.]

** Ce que Maystadt n'a pas dit **

"Mais", aurions-nous pu dire, "à quoi bon une nouvelle réglementation, alors que les règles existantes sont déjà bafouées au grand jour?"
[La Crise pour les Nuls : "Dix questions aux économistes"]

Et je ne fais pas ici allusion à Madoff ou à Kerviel, mais bien aux banquier les plus respectables. Ceux dont on n'a pas honte de serrer la pince.

Pour
La Crise pour les Nuls, la cause fondamentale de la crise, c'est l'incurie des agents hypothécaires, des gestionnaires de crédit, des gestionnaires de risque, des agences de notations, de la direction des banques, des organismes de contrôle et des investisseurs institutionnels.
[La Crise pour les Nuls : "Pourquoi, jusqu'où, la crise du crédit?"]

La déresponsabilisation en chaîne, au mépris des règles existantes, a déclenché la crise. Le plaidoyer du Président de la BEI pour une nouvelle réglementation est un voeu pieu, une manière d'excuser l'establishment en bornant la responsabilité de la crise aux apories des inutilisables règles de comptabilité bancaire et à l'absence de règlementation en matière de titrisation.

L'absence de règles dans ces matières ne dispense pas les banquiers de veiller à la bonne fin de leurs investissements "en bons pères de famille" (et non pas en Pasteurs Pandy).

De plus, par la dissimulation de ces responsabilités, Maystadt occulte l'inutilité fondamentale qu'il y a à boucher le trou du crédit par un emprunt supplémentaire. Un plan de relance par le budget ne résoudra pas la crise, il la prolongera aprofondissant le trou des finances publiques.
[La Crise pour les Nuls : "Un trou d'emplâtre pour boucher le trou de jambe de bois"]
[Mish's Global Economic Trend Analysis: "Spend Now Pay Later"]


Les économistes dits "Autrichiens", les seuls à faire preuve de bon sens, réclament l'euthanasie des banques actuellement sous perfusion d'argent public, afin de restaurer la confiance.
On se prend à rêver d'un monde meilleur où les banquiers les écouteraient. Mais ces derniers préfèrent faire tourner leur Moneytron, ça, au moins, ça rapporte!

* La boutique Friedman ferme **

La question la plus pertinente, a sans doute été la suivante
, posée par un Brainois qui mérite son titre :
"Vous mettez sur la selette, comme causes fondamentales de la crise, la balance commerciale mondiale, les taux d'intérêt et la titrisation. Ne faut-il pas surtout mettre ne cause l'économie monétariste et l'école de Friedman, qui a justifié tous ces excès en prônant la virtualisation de l'économie?"
C'est une question fondamentale, car le monétarisme était bel et bien la doctrine offcielle du capitalisme pendant toute la période de "bulle" présentée sur les graphes, période durant laquelle Maystadt mettait le monétarisme en oeuvre, au niveau belge et puis européen.
[Pour en savoir plus : La Crise pour les Nuls : Naomi Klein :
La Stratégie du Choc]

On aurait bien aimé savoir comment le Président de la BEI en est venu à embrasser sa nouvelle foi Keynésienne, et les motivations qui l'ont poussé à renier la doxa de Friedman dont il était l'apôtre.

A cette excellente question, telle
un catadioptre en plein jour, la réponse de Maystadt fut lumineusement opaque, :
"Friedman ne nous intéresse pas, ce que nous envisageons actuellement c'est un plan de relance."
...à ce niveau là de mauvaise foi, ce n'est plus du kung-foutre, on peut carrément parler de révisionsisme.

Pire, cette amnésie complète signifie l'amnistie générale des politiciens responsables du système bancaire, amnistie complémentaire de celle des banquiers, opérée par le truchement de la socialisation des pertes, et
dénoncée plus haut.

Charité bien ordonnée, l'édifice de justice sociale élaboré par Maystadt pour la campagne du CDH couvre une vaste aporie sur la responsabilité des politiciens.

On ne punira personne, tout le monde peut dormir tranquille, en tout cas à Knokke et à Rhodes-St-Genèse.

Pour les autres, il y aura l'austérité budgétaire, la solidarité intergénérationelle, et une nouvelle règlementation bancaire, qui lave plus blanc que blanc.

Cerise sur la pièce montée, Philippe Maystadt nous explique qu'il a vu venir la crise et qu'il n'a rien fait!
(cfr. supra, ses déclaration sur sa "non-surprise")

I
nadmissible? Eh bien en plus, ultime et insoutenable bêtise qui fait déborder le vase par-dessus le marché, il nous demande à nous, électeurs, de continuer à voter pour son parti.

Afin,
sans doute, qu'il puisse continuer à ne rien faire?

J'ignorais que la BEI se fournissait auprès des FARC en Colombie. Visiblement, c'est de la bonne...
.

vendredi 27 mars 2009

Sheldock pointe la déflation des salaires


Contre-tendance, le dernier brûlot de Mike Sheldock pointe la déflation des salaires aux USA et ailleurs :
"Irruption de la déflation des salaires :
  • 9 sociétés d'édition (Times, Daily news...)
  • IBM
  • Hewlett-Packard
  • Microsoft
  • Con-way Freight
  • Shinchang Electrics
La déflation salariale se répand comme une traînée de poudre dans l'industrie de la publication. Les technologies et les transports sont également affectés. Les coupes survenues dans les budgets de la Californie et d'autres états affectent les enseignants. Soyez bien certains que ce ne sont pas là des signes d'inflation."

[source : Mish's economic analysis : "Wage Deflation Sets In", traduction maison]


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mardi 24 mars 2009

Timothy Geithner prend les paris


L'administration Obama, élue pour changer les Etats-Unis, proroge en fait la politique économique mise en place par Paulson sous l'administration Bush. Paul Krugman est au nombre des déçus, qui dénonce l'arnaque géante du nouveau plan de Geithner de gestion des actifs toxiques :
"Les détails du plan de Timothy Geithner ont été révélés par la presse. C’est exactement le type de plan qui avait été largement analysé il y a quelques semaines - et laissait à désirer. La logique des zombies a prévalu.

L’administration Obama fait maintenant sienne l’idée selon laquelle il n’y aurait fondamentalement aucun problème dans le système financier - que ce que à quoi nous sommes confrontés serait l’équivalent d’une panique bancaire pour un établissement tout à fait sain. Pour reprendre la formule de Tim Duy, il n’y aurait pas d’actifs douteux, simplement des actifs « incompris », mal évalués. Et si nous parvenions à faire comprendre aux investisseurs ce que sont réellement ces actifs jugés douteux, c’est à dire pourvus d’une valeur bien supérieure à ce que quiconque est prêt à les payer, tous nos problèmes seraient résolus.

À cette fin, le plan propose de créer des fonds dans lesquels les investisseurs privés apporteraient une petite quantité de leur argent et, en retour, obtiendraient d’importants prêts du contribuable sans engager leur responsabilité personnelle [1] , pour se porter acquéreurs des actifs douteux - pardon, je voulais dire « incompris ». Ce montage est censé conduire à la vérité des prix, dans la mesure où les fonds seront obtenus par un système d’enchères.

Mais il apparaît immédiatement évident, si on réfléchit un peu, que ces fonds vont créer un marché biaisé. De fait, le Trésor s’apprête à créer - volontairement ! - un fonctionnement équivalent à celui des Caisses d’Epargnes texanes durant les années 1980 : des opérations financières menées avec très peu de capitaux, mais avec un large financement garanti par le gouvernement.

Pour les investisseurs privés, il s’agit ni plus ni moins que d’une invitation à parier : « pile je gagne, face les contribuables perdent ». Alors bien sûr, les investisseurs seront prêts à payer un prix élevé pour ces déchets toxiques. Après tout, ces « machins » pourraient valoir quelque chose, et si ce n’est pas le cas, ce sera le problème de quelqu’un d’autre.

Ou, pour l’exprimer différemment, le Trésor a décidé que nous étions confrontés uniquement à un problème de confiance, auquel il se propose de remédier par la création massive d’aléa moral. [2]

Ce plan procurera de grands bénéfices aux banques qui n’ont pas réellement besoin d’aide. Mais il ne contribuera guère à rassurer l’opinion publique au sujet des banques qui sont gravement sous-capitalisées.

Et je crains que, lorsque ce plan échouera, ce qu’il fera presque certainement, l’administration Obama n’ait tiré sa dernière cartouche : elle ne sera pas en mesure de revenir devant le Congrès pour lui proposer un plan qui aurait une chance de succès.

Quel terrible gâchis."

[1] Krugman écrit « non-recourse ». Il s’agit d’un type de prêt où, en cas de défaillance, le créancier n’est garanti qu’à hauteur de la valeur de l’actif collatéral. En l’occurrence, dans ces prêts, le collatéral ce sont les créances douteuses rachetées aux banques. En cas de non remboursement, c’est donc l’Etat qui assumera toutes les pertes.

[2] Ce terme désigne les situations où un acteur économique augmente sa prise de risque, par rapport à celles où il supporterait entièrement les conséquences de ses décisions.

[Source : Paul Krugman : "Despair over financial policy"]
[Traduction et notes : Contre-Info]


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dimanche 22 mars 2009

Dix questions aux économistes


Question 1 : dénoncer l'imperfection des règles bancaires alors que les règles existantes ont été délibérément transgressées, n'est-ce pas là une manière commode d'éviter d'avoir à punir les responsables?

Des exemples nombreux dans le monde entier montrent que les différents acteurs en charge de garantir le contrôle des risques ont failli à leur mission : agences de notation, analystes de risque, cabinets d'audit, contrôleurs.
On est dès lors enclin à penser que le problème ne consiste pas tant dans le manque de règles ou dans le manque de contrôle, mais plutôt dans la non-responsabilité généralisée, sans doute elle-même due à une certitude générale d'impunité.
Dès lors, pourquoi appeler à plus de régulation, si ce n'est pour couvrir l'abondance des manquements aux règles existantes?

Notre avis : [La Crise pour les Nuls : "Toxic-Cafe : le remède contre la crise?"]


Question 2 : que penser des déclarations officielles relatives à l'entrée de l'économie mondiale dans une dépression économique?

Les pronostics officiels des porte-paroles de grandes institutions financières mentionnent à présent la possibilité d'une dépression :
Dominique Strauss-Kahn au FMI, le Cabinet Brown, Paul Volcker au gouvernement Obama, Alan Greenspan en son nom propre, et enfin, tout récemment, la Bank of England. Jusqu'ici, la position généralement partagée était de tabler sur une récession, voire au pire une profonde récession de deux ans. Tout d'un coup, en moins d'un mois, des personnages parmi les plus importants viennent annoncer un pronostic bien pire, pronostics auxquels les gouvernements n'ont pas officiellement réagi.

Notre avis : [La Crise pour les Nuls : "Bientôt à la télé : la très grande dépression de 2009"]
Et aussi : [La Crise pour les Nuls : "My God, it's a Depression!"]


Question 3 : le discours prononcé par Ben Bernanke cette semaine place la reprise en 2010, juste au moment de mettre en route la planche à billets, est-ce un véritable pronostic ou une manière de crédibiliser sa politique d'ajustement quantitatif?

Ben Bernanke, gouverneur de la réserve fédérale américaine, a déclaré, au moment d'annoncer l'impression de mille nouveaux milliards de dollars, que la relance était attendue pour 2010.

Que penser de cette énorme contradiction avec les déclarations négatives des poids lourds mentionnés à la question 2?

Notre avis : [La Crise pour les Nuls : "Le choc du kung-foutre"]


Question 4 : Le démarrage des planches à billets la semaine dernière ne prend-il pas un sens différent si le risque d'inflation est élevé? la déflation est-elle aujourd'hui une hypothèse, un danger, ou déjà une réalité?

Selon la manière dont on les interprète, les chiffres de l'inflation, de la production et de la consommation peuvent refléter les trois hypothèses.

Notre avis : [La Crise pour les Nuls : "Déflation : Les Bears ne se dégonflent pas"]


Question 5 : peut-on assurer la résilience du système au moyen d'une politique monétariste?

L'assouplissement quantitatif ne remplace-t-il pas le risque de déflation par celui d'hyperinflation? Quelle est l'explication qui permet de croire possible la relance par la monnaie alors que les indicateurs industriels continuent de s'écrouler à des niveaux catastrophiques?

Notre avis : [La Crise pour les Nuls : "Un trou d'emplâtre pour boucher le trou de jambe de bois"]


Question 6 : devra-t-on taxer les réserves excédentaires des banques, ou même les nationaliser complètement, pour les forcer à remettre l'argent en circulation?

Les nouvelles politiques d'assouplissement quantitatif ('quantitative easing') mises en place par la Suisse, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis, pourraient échouer à remettre en route la machine du crédit. Dans un tel cas, hypothèses sont envisagées pour relancer le crédit : nationalisation complète des banques, et taxation de leurs réserves lorsqu'elles excèdent le ratio minimum légal requis pour garantir leurs actifs.

L'avis de Scott Summer, un monétariste intelligent : [La Crise pour les Nuls : "Le Chuck Norris de la Réserve Fédérale"]
Notre avis : [La Crise pour les Nuls : "Les USA ouvrent leur parachute de secours, celui de l'Angleterre déjà en torche?"]
Et aussi : [La Crise pour les Nuls : "La Banque d'Angleterre sort le parachute de secours."]


Question 7 : Belgique : les déclarations de MM. Servais et Reynders en septembre étaient-elles leur reflet de leur incompétente bonne foi? Sinon quel était leur objectif, et doit-on les poursuivre?

Pour rappel, les déclaration faite à la RTBF par MM. Jean-Paul Servais, porte-parole de la CBFA (régulateur belge), et Didier Reynders ministre belge des finances, quelques jours avant la saisie de Fortis :
  • Servais : "aucun problème de solvabilité ni de liquidité".:
  • Reynders : "Il y a plus de chances pour que le ciel nous tombe sur la tête que de de voir un jour des problèmes de solvabilité dans une grande banque belge".
Notre avis : [La Crise pour les Nuls : "La crise du crédit éclate au grand jour."]


Question 8 : Belgique : on ne sait rien d'officiel sur les actifs problématiques du SV Scaldis de Fortis et de la filiale monoline FSA de DEXIA. Est-ce normal alors que des doutes légitimes peuvent être émis sur les bénéficiaires des versements consentis par l'Etat Belge pour compenser les pertes liées à ces actifs?

Pour rappel, les raisons principales de la chute de Fortis et Dexia sont floues et tiennent entre autres aux actifs toxiques détenus par leurs filiales. Aujourd'hui, les déficits de ces filiales sont garantis par l'Etat Belge.
Dans le cas de l'assureur américain AIG, on sait que l'essentiel de l'argent injecté par Bush et Obama a servi à rembourser les banques d'investissements qui ont provoqué la chute d'AIG en la gorgeant de produits toxiques.
Cette "prime à l'agresseur" provoque un scandale énorme aux USA et incite à mettre en question le voile pudique jeté par les autorités belges sur les avoirs toxiques présents dans nos banques.

Notre avis : [La Crise pour les Nuls : "Système bancaire belge : les actif toxiques mènent la bal"]


Question 9 : Belgique : le renflouement de la KBC par l'Etat Flamand fait contraste avec le démembrement de Fortis par l'Etat Belge. Voit-on, derrière ces "deux poids, deux mesures", s'esquisser le futur de la Belgique?

Il semble que l'autonomie flamande se soit très concrètement manifestée dans le sauvetage de la KBC, pour lequel le ministre belge des finances, le francophone Reynders, n'a même pas été consulté. Et la solidarité des du gouvernement flamand, dans les cas de Dexia et de Fortis, n'a pas vraiment impressionné les foules.

Faut-il y voir une manifestation du séparatisme ou est-ce une manière raisonnable de gérer les problèmes du pays?

Notre avis : [La Crise pour les Nuls : "Fortis : les ordures de Lippens aux bons soins du contribuable"]


Question 10 : Où placeriez-vous aujourd'hui votre argent en bon père de famille?

(sans commentaire)



Voilà nos dix questions, que vous êtes libres d'utiliser avec votre banquier, votre notaire, votre prêteur sur gage, votre syndicat, votre caisse d'assurances sociales, votre patron et tous vos amis...

En attendant, nos questions sur la crise iront à Philippe Maystadt, à lissue d'une conférence publique et gratuite, à laquelle vous êtes cordialement invités à assister.
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vendredi 20 mars 2009

Un trou d'emplâtre pour boucher le trou de jambe de bois


Tropicalbear vient de sortir son pronostic boursier. Mais on n'y trouvera pas de quoi fouetter un trader: pour Loïc Abadie, il n'est pas possible de dégager une tendance nette pour le court-moyen terme.

Et son avis sur le moyen-long terme, comme de bien entendu, reste franchement négatif : il réitère son scénario déflationniste. Ce n'est pas nous qui allons aller contre...

Un post pour dire qu'on n'a rien à dire c'est un peu redondant. Mais je l'épingle pour ces deux paragraphes qui pourfendent les nouvelles politiques d'impression d'argent frais, récemment mises en place par la Suisse, l'Angleterre et les Etats-Unis :
"Les plans de relance des gouvernements ne sont que de la fuite en avant dans la dette et sont voués à l'échec. Les gouvernements (même avec le "quantitative easing") n'ont pas les moyens de s'opposer à l'implosion d'une bulle de crédit de plus 50 000 milliards de $ (rien qu'aux USA), et ils ne peuvent pas imprimer de la monnaie "à volonté" sans déclencher une panique géante des investisseurs...
Leur marge de manoeuvre réelle est donc bien plus limitée que beaucoup ne l'imaginent, et les politiques de quantitative easing connaîtront donc sans doute le même sort qu'au Japon.

Par contre il ne faut pas tomber dans l'erreur de les sous-estimer, ces plans peuvent parfaitement donner lieu à une pause temporaire dans la dégradaton du contexte économique (un peu comme les chèques Bush, qui avaient provoqué un petit répit au T2 2008), pause qui se paiera évidemment très cher plus tard (il n'y a pas de miracles en économie, et la fuite en avant n'a jamais réglé un quelconque problème durablement)."
["TropicalBear : "File trading mars 2009 (2) : baissiers, soyez prudents !"]

En clair, imprimer de l'argent pour renflouer les banques et l'Etat revient à faire des emprunts supplémentaires pour reporter à plus tard le problème de leurs dettes. Faire un trou pour en boucher un autre, voilà la politique de relance des Banques Centrales!

Un nouvel exercice de procrastination, pas vraiment différent de ce qui se passe depuis vingt ans dans le monde merveilleux de la finance, et dont le meilleur exemple est Bernard Madoff, fournisseur de UBS, BNP et Santander.
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mercredi 18 mars 2009

Les USA ouvrent leur parachute de secours, celui de l'Angleterre déjà en torche?


Nous vous rapportions récemment la nouvelle politique d'assouplissement quantitatif ('quantitative easing') mise en place au Royaume-Uni pour combattre le gel du crédit : impression par l'Etat de très grandes quantités d'argent frais, qu'il utilise pour racheter dans le marché de très grande quantités d'obligations d'Etat à long terme, afin de faire descendre le cours de ces obligations et de forcer les banques à investir dans autre chose.

Pourquoi ils le font et comment ça marche (ou pas) : voir ici notre introduction pédagogique : [La Crise pour les Nuls : "La Banque d'Angleterre sort le parachute de secours."]

Pour l'heure, rappelons que, selon l'opinion de la Banque d'Angleterre elle-même sur sa propre politique c'est une manœuvre risquée, dont les effets sont incertains à long terme.

Eh bien, première nouvelle : les Américains tirent aujourd'hui à deux mains sur le même choke, puisque la Réserve Fédérale vient d'annoncer l'extension de son plan d'assouplissement aux 'Treasuries' (obligations d'Etat) à long terme.

A moins de deux semaines d'écart, la Fed monte sur le même ring que la BofE ...pour un montant de 300 milliards de USD.
[Telegraph.co.uk : "US Federal Reserve plans $1.15 trillion injection"]

Et - oh ben ça alors ! - seconde nouvelle, d'après l'éconoblogger Karl Denninger, les effets pervers se sont déjà fait ressentir en Angleterre : les détenteurs d'obligations ont proposé à la vente sept fois plus de titres que nécessaire. Pour Denninger, pas de doute, la BofE épuise ses forces en vain, et les cours vont immédiatement remonter après la vente, forçant la fuite en avant jusqu'à ce que l'Etat possède 100% de sa propre dette. Et là goodbye la solvabilité de l'Etat.
[Market Ticker : "Caution on quantitative easing"]

Mais - aaargh! - retournement prévisible, pour le Financial Times, cette abondance de vendeurs est plutôt une bonne nouvelle :
"The Bank was overwhelmed with offers to sell the bonds by some of the country's biggest investment groups in an early sign of success over its historic quantitative easing move."
[Financial Times : "Stampede to sell government bonds"]
Alors, comment expliquer une telle divergence d'opinion à propos de cette abondance de revendeurs d'obligations d'Etat? C'est une question de conviction dans tel modèle économique ou tel autre.

Les économistes "autrichiens" comme Mike Sheldock, Karl Denninger, Loïc Abadie et nos lecteurs les plus bavards, sont clairement de l'avis que c'est une mauvaise nouvelle : imprimer de l'argent pour payer ses dettes est, de toute éternité, la voie royale vers la faillite de l'Etat.
Un bon article ici : [Financial Sense : "A golden lining in a perfect storm"]

Plus éloignés du bon sens populaire, les économistes "monétaristes", comme Scott Summer, Milton Friedman et Ben Bernanke, applaudissent : pour eux, il est possible de relancer l'économie réelle par l'assouplissement quantitatif, surtout si une telle politique est assortie d'incitants négatifs à la thésaurisation.
Pour les braves, discussion de ce dernier point sur ce blog même, autour d'une proposition de Scott Summer : [La Crise pour les Nuls : "Enfin une idée originale..."]

Vous remarquerez que pour citer des exemples autrichiens, je ne cite que des bloggeurs, ça vous donne tout de suite une idée sur celui des deux camps qui est actuellement au pouvoir.

A part ça, l'incertitude est fatale en la demeure, puisque les autrichiens crient au loup et vous conseillent d'acheter de l'or, là où les monétaristes sont tout contents que l'état se décide enfin à appuyer sur le bouton "relance".

Et les investisseurs ont rendu leur premier verdict, qui ont renvoyé à la hausse les indices Dow Jones et Standard & Poors sur l'annonce de la décision de la Fed.

Quant à savoir qui a raison... encore une question pour Philippe Maystadt...?

Personnellement je crois que les monétaristes se foutent le doigt dans l'oeil jusqu'au f..n, et que les carottes sont cuites, parce que :
- Le club des monétaristes a déjà mis en faillite le Chili, l'Argentine, les tigres asiatiques, la Pologne de Walesa et la Russie de Yeltsine, et se moque du développement économique comme de l'an quarante. En tout cas c'est là la thèse de "La stratégie du choc", de Naomi Klein.
- Si l'assouplissement quantitatif est vraisemblablement mesure désespérée, sinon pourquoi ne pas l'avoir mis en œuvre plus tôt, avant que le 'credit crunch' ne vienne faire un cratère de 10.000 milliards de dollars dans les finances publiques américaines?
[La Crise pour les Nuls : "Visualiser mille milliards de dollars"]

Mais j'ai du mal à garder la tête froide quand on me parle de cette bande de vrais faucons, et je n'ai pas les compétences techniques pour réfuter les excellents arguments de Scott Summer, qui, en dépit du fait qu'il s'abreuve à la même source, me paraît beaucoup plus civilisé que les assassins de Fortis.

A défaut de connaissances, chacun devra juger selon ses convictions...
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mardi 17 mars 2009

My God, it's a Depression!


A son tour , la banque d'Angleterre annonce la dépression mondiale. Pour les néophytes, rappelons qu'une dépression c'est bien plus grave qu'une récession : ça dure plus de deux ans et ça augmente considérablement le sous-emploi et la pauvreté...

Voici un mois que nous remarquions ce chapelet d'annonces officielles, qui se sont discrètement égrenées fin février. Se sont succédés au compte-gouttes, dans l'ordre :
  • Le FMI, par la voix de son porte-parole Dominique Strauss-Kahn;
  • Mr. Balls, aide de camp du premier ministre anglais, Gordon Brown;
  • Alan Greenspan, ancien gouverneur de la Réserve Fédérale des États-Unis de 1987 à 2006;
  • Georges Soros, le spéculateur multi-milliardaire;
  • Paul Volcker, gouverneur de la Réserve Fédérale des États-Unis de 1979 à 1987, et membre de l'équipe Obama.
[La Crise pour les Nuls : "Bientôt à la télé : la très grande dépression de 2009."]

Et voici à présent que le spectre de la dépression est agité par une banque centrale, et pas n'importe laquelle : la majestueuse Bank of England vient de mettre en garde son bon peuple contre les dangers de la déflation en cours :
"The country is displaying early symptoms of being trapped in a so-called 'debt deflation trap' where families find themselves pushed further and further into the red every month, according to a Bank report published today.

The stark warning will cause serious concerns, since it was this combination of falling prices and soaring debt burdens that plagued the US in the 1930s.

The Bank is using its Quarterly Bulletin to highlight the threat posed to the economy by deflation – where prices fall each year rather than rise. Although inflation is currently in positive territory, it is expected to become negative in the coming months.

[...] The Bank’s report says: 'This configuration of falling asset prices and depressed economic conditions in the face of an adverse demand shock is consistent with recent and prospective macroeconomic developments in the United Kingdom and internationally' "

[The Daily Telegraph : "Britain showing signs of heading towards 1930s-style depression, says Bank"]
Nous avons déjà eu l'occasion de présenter une synthèse des problèmes rencontrés par l'Angleterre dans cette crise [La Crise pour les Nuls : "L'heure du very thé"], et de mettre en lumière la mise en route discrète de la planche à billets outre-Manche, par le truchement de l'assouplissement quantitatif [La Crise pour les Nuls : "La Banque d'Angleterre sort le parachute de secours."]

Pendant ce temps, les voix américaines, dont celle, très remarquée, de Ben Bernanke, gouverneur actuel de la Réserve Fédérale des États-Unis, ont annoncé à tour de bras la reprise pour début 2010. Alors pourquoi ce pessimisme soudain à la Bank of England?

N'oublions pas que c'est toujours le singe le plus proche du précipice qui rompt la loi du silence. :
[La Crise pour les Nuls : "Le choc du kung-foutre"]

...my tailor is bankrupt?

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lundi 16 mars 2009

Vos questions sur la crise iront à Philippe Maystadt

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Les sympathisants du CDH nous proposent de venir assister, dans le public mais en challengers, à une conférence-débat sur la crise, avec Philippe Maystadt ce lundi 23 mars à Braine-Le-Comte (voir le flyer ci-contre).

Si vous avez d'autres chats à fouetter, faites-nous parvenir vos questions dans les commentaires de ce message. Les questions les plus pertinentes seront relayées par nous au nom de la Crise pour les Nuls...

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Visualiser mille milliards de dollars


Après "les causes de la crise"[La Crise pour les Nuls : "Toute la crise en un seul graphique"] , Mint.com revient avec une chouette vulgarisation, sur le thème "Visualiser mille milliards de dollars".

Mille milliards, ça ferait deux fois le New deal et dix fois le plan Marshall...

Ci-contre, l'un des graphique de Mint, les autres valent la peine et se trouvent ici : [Mint.com : visualize one trillion dollars]
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vendredi 13 mars 2009

La Suisse contre-attaque la déflation et le gel du crédit


La Banque Nationale Suisse vient de lancer une vaste opération d'achat de monnaies étrangères, dans le but de déprécier son franc.

On peut se réjouir de cette décision : la monnaie Suisse, utilisée comme valeur-refuge depuis septembre, est très nettement surévaluée. Cette appréciation excessive met à mal la compétitivité des Helvètes, qu'il n'est pas possible aujourd'hui d'améliorer en abaissant encore les taux d'intérêts, qui sont extrêmement bas à 0,75%.

Et l'opération de la Banque Nationale Suisse vient est d'ores et déjà une réussite, puisque le franc affichait ce matin une baisse de 3% face à l'euro.


On peut également s'inquiéter de cette décision, qui pourrait déclencher une guerre monétaire. En première ligne, le Japon, qui pourrait être tenté de faire la même chose avec son Yen, lui aussi victime d'une excessive appréciation.
[Financial Times Alphaville :"Swiss spark talk of ‘currency war’ "]

Plus inquiétant, dans le but de faire baisser ses taux à long terme et de relancer le crédit, la Suisse entame à son tour une politique d'assouplissement quantitatif ('quantitative easing'), comparable à celle en vigueur au Royaume-Uni depuis une semaine et aux U.S.A. depuis septembre.

Il s'agit de faire tourner la planche à billets pour acheter de grandes quantités d'obligations, et d'en faire baisser le cours. De la sorte, les placements sans risques deviennent moins attractifs, et les banques sont moins tentées de garder leur cash dans leurs coffres.

C'est une politique risquée, loin de l'orthodoxie, dont les résultats ne sont pas garantis. Plus d'infos ici : [La Crise pour les Nuls : "La Banque d'Angleterre sort le parachute de secours"]

Enfin et surtout, cette nouvelle marque un tournant dans la crise, puisque c'est la première fois dans cette crise que la déflation est directement visée par l'action une banque centrale et explicitement mentionnée.

Amusante coïncidence ou signe des temps, nous relevions justement hier l'article de Loïc Abadie sur la déflation, où il pronostique qu'elle sera le prochain problème des banques centrales.
[La Crise pour les Nuls : "Déflation : Les Bears ne se dégonflent pas"]

La réalité n'aura pas mis longtemps à illustrer ses prédictions...

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jeudi 12 mars 2009

Déflation : Les Bears ne se dégonflent pas


A contre-courant de l'optimisme des marchés dopés par le rebond en cours, Loïc Abadie nous revient avec un post incendiaire sur la déflation. Pédagogique et avec tous les graphes nécessaires :
[TropicalBear : "La déflation et les politiques monétaires."]

Résumé-express pour ceux qui n'ont pas le temps de cliquer :
  1. Les chiffres de l'inflation signalent l'arrivée de la déflation dans les statistiques officielles.
  2. Ces chiffres manifestent l'échec de la politique de 'quantitative easing' en cours aux U.S.A. (plus d'infos ici sur cette politique : [La Crise pour les Nuls : "La Banque d'Angleterre sort le parachute de secours"] )
  3. Le politiques de réinflation seront soit inexistantes, soit inefficaces, soit amèneront l'hyperinflation.
Pas d'accord avec la Fed, Abadie ne croit pas à la possibilité d'une réinflation contrôlée...
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mercredi 11 mars 2009

Barry Ritholz réclame la faillite des banques U.S., à la régulière


Le commentateur le plus écouté du moment, Barry Ritholz, qui est aussi auteur notre éconoblog U.S. péréféré "The Big Picture" et d'un livre actuellement à l'impression (Bailout Nation) en a marre de voir l'argent du contribuable jeté en pure perte à la tête des banques.


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